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Prof ou pas?

Bâtir son identité professionnelle grâce à une association étudiante

Réflexion sur l’apport inattendu d’un parcours doctoral.

par EMILIE-JADE POLIQUIN | 19 MAI 22

En 2014, j’ai soutenu une thèse en études anciennes. En 2021, je suis devenue conseillère en relations gouvernementales.

Pour aller du point A au point B, je n’ai certes pas suivi une ligne droite.

A posteriori, je vois qu’il existe bel et bien un lien entre mon doctorat et mon travail actuel. J’étudiais alors comment certains auteurs de l’Antiquité gréco-romaine avaient mis en mots la connaissance scientifique de leur époque. Aujourd’hui, j’ai notamment comme tâche d’accompagner des chercheuses et des chercheurs dans la mise en valeur de leurs savoirs et de leur expertise auprès des décideurs publics. De Rome à Québec, j’ai suivi le fil de la vulgarisation et de la diffusion de la science.

Or, si je suis là où je suis actuellement, ç’a peu à voir avec le titre de mon diplôme.

L’expérience qui a marqué le cours de ma vie professionnelle est sans contredit mon engagement dans une association étudiante.

Après de nombreuses années d’implication dans mon association locale et une participation au conseil d’administration, en 2012, j’ai été élue vice-présidente aux études et à la recherche de l’Association des étudiantes et étudiants de [l’Université] Laval inscrits aux études supérieures (AELIES), une association qui regroupe bon an mal an 15 000 membres, ce qui fait d’elle la plus importance association étudiante de cycles supérieurs du Québec.

Pendant ce mandat d’un an, j’ai dû mettre ma thèse sur pause, mais mes apprentissages n’ont pas ralenti pour autant, loin de là!

De par mes fonctions, j’ai siégé à une bonne dizaine de comités, conseils et commissions ayant trait à la recherche, à la pédagogie, ainsi qu’à l’encadrement aux cycles supérieurs. J’étais ainsi aux premières loges de la mise en commun des meilleures pratiques et de la recherche de solutions innovantes.

J’ai appris et manœuvré les rouages, complexes et bien codifiés, de la gouvernance universitaire.

J’ai ouvert mes horizons en rencontrant des gens de partout sur le campus et en discutant avec des membres autant de la communauté étudiante que du corps professoral pour mieux comprendre les enjeux que connaissent leurs disciplines.

En participant à plusieurs événements nationaux organisés par des instances telles que les Fonds de recherche du Québec ou l’Association canadienne des études supérieures, j’ai affiné ma compréhension du milieu de l’éducation postsecondaire, de l’écosystème de la recherche et de l’innovation ainsi que de ses modes de financement.

Au-delà de mes tâches individuelles, j’ai surtout vécu une expérience collective sans commune mesure. En côtoyant mes collègues et en leur prêtant main-forte, j’ai pu acquérir des compétences pratiques inestimables.

J’ai pu participer à l’élaboration d’un budget de plusieurs centaines de milliers de dollars, faire partie de mes premiers comités d’embauche, organiser plusieurs événements d’envergure, dont des assemblées générales attirant plusieurs centaines de personnes.

Ensemble, nous avons déposé un mémoire au Sommet sur l’éducation. Nous avons rencontré l’ensemble des décanats pour mieux promouvoir la place des étudiantes et étudiants aux cycles supérieurs dans cette université. Nous avons travaillé à l’amélioration des conditions d’encadrement, en poursuivant par exemple le développement et la mise en œuvre du plan de collaboration.

Nous avons même ouvert un café!

Nos expériences respectives très disparates et nos personnalités parfois diamétralement opposées se complétaient bien.

Ensemble, nous avons ri. Nous avons pleuré. Nous avons été débordants d’énergie et complètement épuisés. Nous avons surtout appris.

Je ne peux pas parler pour les autres, mais, dans mon cas, cette expérience a certainement été un point tournant dans la définition de mon identité professionnelle. J’avais à l’époque l’intime conviction qu’elle ferait de moi une meilleure professeure. Mes choix de vie ont finalement été différents, mais son impact n’en a pas été moindre.

Si j’ai réussi à décrocher une entrevue pour un premier poste quelques années plus tard;

si j’ai su démontrer ma connaissance fine des enjeux universitaires et mon regard transdisciplinaire;

si j’ai pu convaincre le comité de sélection de ma capacité d’adaptation;

si je me suis présentée devant lui, nerveuse, mais confiante,

je suis persuadée que c’est grâce à cette année-là.

Et elle n’aurait pas été possible si je n’avais pas choisi de m’inscrire au doctorat.

Pour moi, l’expérience des études supérieures doit donc se vivre bien au-delà de la salle de classe ou du laboratoire. Malgré toutes les contraintes que le doctorat peut engendrer (de temps, de stress, d’isolement, d’argent, etc.), ce peut être aussi un espace de liberté qui permet de mieux se connaître et de mieux comprendre la trajectoire que l’on veut suivre par la suite.

Car, comme tous les voyageurs le savent, pour aller du point A au point B, la ligne droite est rarement le chemin le plus intéressant.

À PROPOS EMILIE-JADE POLIQUIN
Emilie-Jade Poliquin
Emilie-Jade Poliquin est conseillère en relations gouvernementales et affaires publiques à la Direction générale de l'Institut national de la recherche scientifique.
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