Passer au contenu principal
Prof ou pas?

Quelques pièges à éviter en période de rédaction

Une fois acquises, de saines habitudes de rédaction porteront fruit bien au-delà de la thèse.

par EMILIE-JADE POLIQUIN | 10 NOV 21

Puisque j’ai toujours aimé écrire, je n’ai jamais eu de difficultés à réaliser mes travaux écrits. Me lancer dans un doctorat ne me semblait donc pas un exercice plus périlleux que les autres.

Malgré tout, je suis tombée dans bien des pièges qui ont mis à l’épreuve mon autonomie et ma discipline, que je croyais pourtant être mes forces.

Avec le recul, et surtout maintenant que j’occupe un emploi où la rédaction fait souvent partie de mon quotidien, je me rends bien compte que ma manière d’aborder la rédaction aux cycles supérieurs comportait de nombreuses failles.

Comme il n’est jamais trop tôt pour bien faire ou trop tard pour s’améliorer, voici quelques pièges que tu devrais éviter pour rédiger le plus efficacement possible ta thèse.


Suggestion : Commence à rédiger…. le plus tôt possible!

Je t’entends déjà me répondre que tu n’as pas encore fini de lire tous les articles sur ton bureau ou que tu as encore besoin d’un peu de temps pour peaufiner ta compréhension d’un concept essentiel. Dans quelques mois, tu seras prêt. Tu en es sûr.

Tu ne serais pas le premier à tomber dans ce piège. La rédaction est souvent perçue comme un exercice que l’on fait en toute fin de course, quand tout est fini et bien réfléchi.

Cette idée à plusieurs effets pervers.

Tout d’abord, est-il vraiment possible que tout soit fini et réfléchi? Il est bien difficile d’atteindre la ligne d’arrivée quand on la repousse sans cesse plus loin vers l’avant. Et Dieu sait à quel point, j’ai personnellement reporté la ligne d’arrivée de mes travaux, autant par passion que par perfectionnisme.

Peu importe tes efforts, il y aura TOUJOURS de nouveaux articles à lire sur ton bureau et ta compréhension de certains concepts ne sera JAMAIS aussi maîtrisée que tu ne le souhaiterais. Mais c’est aussi ça, la beauté de la recherche scientifique. Elle pourra t’occuper ta vie entière sans se répéter.

Il est aussi bien normal que tu ne veuilles pas avoir à réécrire ta thèse trois fois. Il est donc très facile de prétexter que ton plan n’est pas encore assez défini pour que cela vaille la peine de commencer. C’est peut-être vrai, mais ne sous-estime pas le pouvoir de la rédaction pour clarifier tes idées.

En effet, c’est quand vient le temps de mettre le tout sur papier qu’on arrive à voir avec plus de précision où sont nos angles morts et les failles de nos raisonnements.

Dans mon cas, c’est en rédigeant que j’ai pu le mieux voir le fil conducteur de mes idées. Et avoir un fil conducteur fort, pertinent et réfléchi est selon moi un des éléments essentiels d’une bonne thèse.

Suggestion : Garde en tête quelles sont tes priorités et apprends à faire des choix!

Tu débordes d’enthousiasme face à ton sujet de thèse. Je le sais bien et j’en suis bien heureuse. Mais cette passion a très souvent un prix… d’autant plus que comme à nous tous, on t’a sûrement dit de retourner toutes les pierres et de ne rien laisser de côté.

Si tous les doctorants suivaient ce conseil à la lettre, toutes les thèses auraient plus de mille pages et/ou ne seraient jamais déposées. Il faut donc relativiser un peu cette recommandation.

Rédiger une thèse, c’est apprendre à faire des choix et surtout à les justifier. Et si tu as bien repéré ton fil conducteur, tu seras encore plus facilement capable de le faire.

Garde aussi en tête que tes travaux ne sont pas une fin en soi, mais bien un maillon dans la longue chaîne du savoir. Or, cette chaîne n’est pas linéaire. Ces ramifications sont quasi infinies. Tu découvriras sûrement plusieurs points de jonction tout au long de ton parcours aux cycles supérieurs. Aussi intéressants soient-ils, tu ne pourras pas tous les explorer.

Je te recommande de t’approprier, dès maintenant cette réplique en vue de ta soutenance :

« Merci monsieur/madame X pour votre question vraiment pertinente. J’avais en effet envisagé d’explorer cette avenue, mais pour la raison Y, j’ai choisi pour cette fois de me concentrer sur Z. Mais ce serait une option très intéressante pour mes travaux futurs, au postdoctorat ou ailleurs. »

C’est toujours pratique!

Suggestion : Sois indulgent envers toi-même!

Répète après moi ce mantra :

« Une bonne thèse est une thèse finie.

Une excellente thèse est une thèse publiée.

La thèse parfaite n’existe pas. »

Pire que la page blanche, c’est souvent le syndrome de l’imposteur ou la peur d’écrire quelque chose qui n’est pas assez bien qui nous bloque en période de rédaction.

Si tu sais quoi écrire, n’attends pas d’avoir réussi à composer dans ta tête la phrase parfaite pour rédiger ou pour avancer dans ton plan. Laisse aller le flot des idées. Vois où cela te mène.

Et n’oublie pas que tu peux tout à fait viser l’excellence, sans viser la perfection.

Suggestion : Crée-toi une routine de rédaction et surtout mets tous les efforts possibles pour la suivre!

C’est vrai. Les meilleures idées viennent rarement devant un écran. La phrase parfaite se compose toute seule quand tu es sous la douche. L’idée maîtresse de ton prochain paragraphe surgit avant de fermer les yeux, tard dans la nuit… yeux qui, évidemment, ne voudront plus se fermer par la suite.

Ce n’est pas une raison pour vivre la vie d’étudiant en pleine rédaction 24 heures sur 24. Le doctorat, dans une certaine mesure j’entends, est un emploi comme un autre. Et aucun employeur ne devrait t’obliger à te lever à 2 h du matin pour noter l’introduction de son prochain rapport annuel.

Apprends à connaître ton rythme : es-tu plus efficace tôt le matin avant de commencer tout le reste ou, au contraire, en fin de journée, quand tu as tout ce que tu as fait bien en tête.

Des organismes, comme Thèsez-Vous, organisent une foule d’activité pour t’aider à tenir la cadence. N’hésite surtout pas à y participer.


Acquérir de saines habitudes de rédaction te servira sûrement toute ta vie. Mais au-delà de la rédaction elle-même, tu apprends en ce moment à composer avec le stress, des échéanciers serrés, des projets multiples à réaliser en parallèle… autant de compétences bien concrètes que tu pourras mettre en valeur lors de tes futurs entretiens d’embauche.

Bonne rédaction!

À PROPOS EMILIE-JADE POLIQUIN
Emilie-Jade Poliquin
Emilie-Jade Poliquin est conseillère en relations gouvernementales et affaires publiques à la Direction générale de l'Institut national de la recherche scientifique.
COMMENTAIRES
Laisser un commentaire
Affaires universitaires modère tous les commentaires reçus en fonction des lignes directrices. Les commentaires approuvés sont généralement affichés un jour ouvrable après leur réception. Certains commentaires particulièrement intéressants pourraient aussi être publiés dans la version papier du magazine ou ailleurs.

Your email address will not be published. Required fields are marked *