Passer au contenu principal
RESPONSABILITÉS POTENTIELLES

Professionnaliser le perfectionnement professionnel

Comment le Consortium des administrateurs du perfectionnement professionnel des étudiant(e)s canadien(ne)s des cycles supérieurs a été créé.

par JONATHAN TURNER | 11 OCT 17

Mot du rédacteur en chef : Bienvenue à Responsabilités potentielles, une nouvelle série d’articles visant à offrir aux étudiants aux cycles supérieurs et au niveau postdoctoral des conseils pratiques en matière de perfectionnement professionnel. Parmi les thèmes abordés, citons entre autres les stratégies pour réussir ses études supérieures, le perfectionnement professionnel, l’intégrité universitaire, le réseautage et les compétences en leadership.

Bien qu’il ait pris énormément d’ampleur depuis cinq ans, le domaine du perfectionnement professionnel pour les étudiants aux cycles supérieurs et au niveau postdoctoral ne date pas d’hier. Dès 1996 par exemple, l’Hôpital pour enfants de Toronto s’est doté d’un centre de formation en recherche, le Research Training Centre, axé sur le perfectionnement professionnel des stagiaires. Au cours de la dernière décennie, la plupart des universités et des hôpitaux d’enseignement du Canada ont mis sur pied des programmes de perfectionnement professionnel parascolaires dans la foulée du document de travail et du rapport respectivement publiés en 2008 et 2012 par l’Association canadienne pour les études supérieures (ACES). Bon nombre des services offerts dans le cadre de ces nouveaux programmes parascolaires l’étaient toutefois déjà depuis les années 1980 ou 1990 (p. ex. l’Université de Toronto offre le programme Teaching in Higher Education 500 depuis 1994).

En 2014, Jackie Amsden, qui travaillait à l’époque à l’Université Simon Fraser, a entrepris d’élaborer et de diffuser une série de pratiques exemplaires en collaboration avec d’autres gestionnaires du perfectionnement professionnel, à savoir Jacqui Brinkman, de l’Université de la Colombie-Britannique, Tara Christie, de l’Université de Calgary, et moi-même, de l’Université de Toronto. Les conférences téléphoniques non officielles organisées par ces quatre établissements dès mai 2014 se sont vite transformées en un véritable dialogue national entre plus de 30 établissements. Nous nous sommes tous officiellement réunis pour la première fois en 2015, à Calgary, lors du congrès de l’ACES. C’est ainsi qu’a été mis sur pied le Consortium des administrateurs du perfectionnement professionnel des étudiant(e)s canadien(ne)s des cycles supérieurs (CAPPECCS), dont la croissance a quelque peu fait écho au Graduate Career Consortium (GCC), créé aux États-Unis en 1987.

Le domaine du perfectionnement professionnel des étudiants aux cycles supérieurs s’est développé et a atteint un niveau de professionnalisme tel qu’il existe maintenant deux groupes distincts. Quelques étudiants aux cycles supérieurs dans diverses universités canadiennes étudient également les programmes de perfectionnement professionnel et écrivent à ce propos, enrichissant ainsi la somme croissante d’études publiées par les gestionnaires de ces programmes (voir entre autres le numéro spécial de la Revue canadienne d’enseignement supérieur paru en 2014 qui y est consacré).

Au cours des deux dernières années, nombre de contributions importantes ont fait progresser aussi bien les connaissances théoriques sur le perfectionnement professionnel des étudiants aux cycles supérieurs que notre manière d’y réfléchir et de nous exprimer sur la question. Deux de ces contributions sont dignes de mention.

Citons d’abord l’excellent article de Rachael Cayley intitulé « Unpacking Professional Development for Graduate Students » publié en 2016 sur son blogue, qui distingue clairement professionnalisation et perfectionnement professionnel. Pour Mme Cayley, le perfectionnement professionnel concerne les individus, alors que la professionnalisation concerne une discipline. Prenons le cas d’un fonctionnaire qui suivrait des cours de langue pour pouvoir travailler dans les deux langues officielles dans 5 ou 10 ans : voilà un exemple de perfectionnement professionnel. En revanche, on parlera de la « professionnalisation » de la gestion du perfectionnement professionnel, ou encore de la « professionnalisation » des candidats au doctorat en études anglaises qui suivent les séminaires professionnels offerts par leur département.

Les organisateurs de séminaires professionnels et les agents de placement, plus présents en sciences humaines que dans tout autre domaine, concentraient leurs efforts sur l’acquisition de compétences en matière d’enseignement, de recherche et de service qui permettraient aux candidats au doctorat de réussir leurs études supérieures. Or, de nos jours, les professeurs qui organisent ces séminaires adoptent une vision à plus long terme et discutent du transfert des compétences des étudiants aux cycles supérieurs à l’enseignement, ou encore du transfert des compétences universitaires à un large éventail de carrières.

La pratique du perfectionnement professionnel et son vocabulaire sont issus du secteur privé et de la fonction publique. Cela explique, selon Mme Cayley, la complexité des débats stratégiques qui accompagnent la moindre décision d’intégrer le perfectionnement professionnel au sein des universités. Faut-il revoir les programmes de base? Le perfectionnement professionnel doit-il être offert par les employeurs? Ces questions se posent également en ce qui a trait aux gestionnaires du perfectionnement professionnel, à l’heure où leur travail se professionnalise : quel rôle devraient jouer le CAPPECCS et le GCC relativement au perfectionnement professionnel de leurs membres, et qui devrait déterminer si des titres de compétences sont nécessaires à l’exercice d’une telle tâche?

L’autre importante contribution à la théorie et à la pratique du perfectionnement professionnel provient d’une étude en deux phases entreprise par l’ACES, en collaboration avec le CAPPECCS et avec l’appui des organismes subventionnaires fédéraux. La première phase de cette étude, intitulée « Programmes de perfectionnement professionnel des étudiants des cycles supérieurs : vers une stratégie nationale », consiste à analyser et à cataloguer le plus grand nombre possible de programmes de perfectionnement professionnel existants, dans l’optique de mettre à jour les données du rapport de 2012 et de cerner l’état de la situation au pays.

L’importance de la première phase de l’étude tient au fait que le principal problème des programmes de perfectionnement professionnel réside dans l’absence de communication claire à leur sujet, aussi bien au sein des universités qu’entre elles. Souvent, les étudiants aux cycles supérieurs ignorent qu’il existe sur leur campus de tels programmes, et lorsque ces derniers sont proposés par des organisations également au service des étudiants au premier cycle, les étudiants estiment qu’ils n’en retireront rien. C’est là une situation regrettable, aussi bien pour les étudiants aux cycles supérieurs que pour les chercheurs postdoctoraux et les gestionnaires de programmes.

Si les étudiants et les chercheurs postdoctoraux ignorent l’existence de ces programmes, c’est entre autres parce que les professeurs de leur département en ignorent eux-mêmes l’existence. Nombre d’excellents professeurs et départements comblent les lacunes perçues en créant leurs propres programmes, qui reposent souvent sur des séminaires professionnels adaptés. Toutefois, les programmes qui apportent le plus aux participants sont habituellement fondés sur un partenariat entre les professeurs et un personnel administratif au fait des ressources disponibles et des pratiques exemplaires à l’échelle locale, nationale et mondiale.

La seconde phase de l’étude de l’ACES vise à discuter de manière approfondie du perfectionnement professionnel des étudiants aux cycles supérieurs, plus particulièrement de la façon d’évaluer l’efficacité des programmes et l’apprentissage des participants. Le rapport préliminaire de la seconde phase de l’étude sera à l’ordre du jour de la réunion de l’ACES et du CAPPECCS, prévue à Québec le 8 novembre 2017. Le débat n’est donc pas clos.

À l’avenir, le CAPPECCS entend :

  1. prendre part au débat national sur le perfectionnement professionnel, entre autres par la création de la présente série d’articles intitulée Responsabilités potentielles;
  2. favoriser la mise en commun des ressources et des pratiques exemplaires;
  3. collaborer à la prestation de programmes interétablissements;
  4. contribuer à l’élaboration d’un programme de financement de ressources accessibles à l’échelle nationale.

Toutes les personnes intéressées à prendre part au débat sont invitées à se joindre à nous à Québec, en novembre, dans le cadre de la réunion de l’ACES et du CAPPECCS. Beaucoup d’entre nous participent également au congrès du GCC, et l’Université de Toronto sera le premier établissement canadien à l’accueillir en juin 2020.

À PROPOS JONATHAN TURNER
Jonathan Turner

Jonathan Turner est formateur en gestion de carrière à l’Université de Toronto et vice-président du Consortium des administrateurs du perfectionnement professionnel des étudiant(e)s canadien(ne)s des cycles supérieurs. Il est titulaire depuis 2012 d’un doctorat en histoire de la science et de la technologie de l’Université de Toronto.

COMMENTAIRES
Laisser un commentaire
Affaires universitaires modère tous les commentaires reçus en fonction des lignes directrices. Les commentaires approuvés sont généralement affichés un jour ouvrable après leur réception. Certains commentaires particulièrement intéressants pourraient aussi être publiés dans la version papier du magazine, ou ailleurs.

Your email address will not be published. Required fields are marked *

--ph--