Passer au contenu principal
RESPONSABILITÉS POTENTIELLES

Réussir son projet doctoral

Une programmation complémentaire obligatoire pour les doctorants à Polytechnique Montréal fait ses preuves.

par ÉLISE SAINT-JACQUES | 20 JUIN 18

De plus en plus, les établissements d’enseignement supérieur au Canada, et à travers le monde, prennent des mesures pour améliorer l’adéquation entre la formation doctorale et les besoins du marché de l’emploi. Les facultés et les écoles d’études supérieures du Québec se sont dotées récemment d’un référentiel commun de compétences qui reconnaît que l’acquisition de compétences professionnelles complémentaires à celles des métiers de la recherche fait désormais partie des critères de réussite du doctorat.

La formation doctorale, pour et par la recherche, doit être adaptée afin de préparer nos diplômés à des carrières orientées tant vers le milieu universitaire qu’en dehors de celui-ci. Nombre d’observateurs ont formulé des recommandations aux universités pour que celles-ci instaurent des mesures visant l’acquisition de compétences complémentaires à celles développées dans le cadre du projet de recherche doctoral.

Dans la foulée de ces recommandations, Polytechnique Montréal a instauré en 2012 une programmation complémentaire originale reposant sur trois éléments : l’identification des compétences communes et essentielles à la réussite du projet doctoral, un couplage étroit des contenus avec les problématiques de recherche des étudiants et l’intégration au curriculum dès la première année.

Outre la disponibilité et la mobilisation des ressources nécessaires à l’offre de tels programmes, l’entrave majeure à leur mise en œuvre demeure la perception de l’apparente compétition entre les activités de formation dites « complémentaires » et les activités de recherche de l’étudiant. En abordant au même moment l’acquisition de compétences scientifiques, personnelles et professionnelles, notre programmation répond non seulement à la nouvelle norme québécoise, mais évite cette perception de compétition.

Parmi les compétences requises chez nos diplômés, nous avons identifié celles qui sont à la fois complémentaires à celles développées dans le cadre du projet de recherche et transférables, c’est-à-dire désirables dans la pratique de la grande majorité des métiers de la recherche. Les compétences, dites complémentaires, répondant à ces critères sont toutefois sollicitées ou développées à des moments différents au cours du doctorat. Par exemple, alors que le premier tiers de la formation est généralement consacré à la mise sur pied du projet de recherche et à la préparation pour l’examen de synthèse, les besoins associés à la transition vers la carrière se font davantage sentir au cours des 2e et 3e tiers du parcours.

La programmation offerte par Polytechnique est ainsi déployée en trois étapes (Vers l’examen de synthèse, Vers la diffusion et la publication et Vers la soutenance et l’emploi), chacune correspondant à environ quatre trimestres du parcours doctoral.

Les quatre ateliers de la première étape sont obligatoires et doivent être réussis avant la fin du quatrième trimestre d’inscription à un programme de doctorat (le premier atelier intitulé Réussir au doctorat est d’ailleurs intégré à l’horaire au premier trimestre). S’outiller, prévoir et planifier dès le début permet en outre de reconnaître et d’éviter certains écueils associés tant aux aspects scientifiques ou matériels du projet de recherche, qu’aux aspects personnels et humains.

Chaque atelier équivaut à un crédit, soit 15 heures en classe et 30 heures de travail personnel. Les contenus sont étroitement couplés aux projets académique et personnel des doctorants. Ces ateliers visent à les aider à développer un projet doctoral de qualité : définir l’hypothèse, la question ou les objectifs de la recherche, les critères de réussite et de complétion, en cerner l’originalité et l’impact, tracer les échéanciers, identifier les ressources nécessaires, etc.

En somme, ils soutiennent l’étudiant au cours des étapes initiales et déterminantes de la conduite d’un projet de recherche au futur indéterminé. L’étudiant sera également formé aux outils de recherche bibliographique et sera appelé à travailler dans un environnement stimulant et créatif, notamment par des exercices et travaux effectués au sein d’équipes multidisciplinaires. Enfin, il sera amené à réfléchir aux moyens pour orienter son parcours doctoral en fonction de la carrière envisagée après la thèse.

À la suite des quatre ateliers obligatoires, les doctorants peuvent participer aux ateliers des étapes suivantes sur une base volontaire. Ceux-ci leur permettent d’approfondir leurs compétences dans des secteurs généraux (communication, rédaction) ou spécialisés (entrepreneuriat, propriété intellectuelle, enseignement, etc.) choisis par l’étudiant selon ses besoins et projets professionnels.

Le succès d’un programme obligatoire repose sur le fait qu’il vise à répondre à un besoin commun : la réussite du doctorat. L’appréciation témoignée par les étudiants depuis ces six premières années confirme le fait que cette programmation contribue réellement à leur réussite.

Les ateliers procurent un lieu et un espace privilégiés pour poser des bases solides au projet de recherche. La soixantaine d’heures passées en atelier permet également de tisser des liens avec des étudiants-chercheurs d’autres secteurs ou disciplines. Étant donné que la clientèle internationale représente 50 pour cent de nos doctorants, cette prise de contact prévient par le fait même l’isolement auquel plusieurs font face.

Les étudiants entament ainsi leur doctorat avec un bagage, une formation et des objectifs qui leur sont propres, et bien sûr d’une infinie diversité. Le programme est apprécié par la grande majorité des étudiants; notre défi est d’assurer que celui-ci conserve la flexibilité nécessaire pour s’adapter à la réalité et aux besoins de chacun, tout en maintenant les objectifs académiques communs de la formation. Alors que le développement de nouveaux ateliers se poursuit, l’évaluation continue, notamment par des questionnaires remplis par les doctorants à chaque atelier, et nous permet d’adapter la programmation actuelle et future aux besoins réels exprimés par ceux-ci.

À PROPOS ÉLISE SAINT-JACQUES
Élise Saint-Jacques est coordonnatrice du Centre de développement des compétences aux études supérieures de Polytechnique Montréal.
COMMENTAIRES
Laisser un commentaire
Affaires universitaires modère tous les commentaires reçus en fonction des lignes directrices. Les commentaires approuvés sont généralement affichés un jour ouvrable après leur réception. Certains commentaires particulièrement intéressants pourraient aussi être publiés dans la version papier du magazine, ou ailleurs.

Your email address will not be published. Required fields are marked *

« »