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L’après-tsunami

Des chercheurs canadiens spécialistes de la santé communautaire, de l’ingénierie, des traumatismes de guerre et d’autres domaines, avec ou sans liens dans la région, offrent leur expertise en guise d’aide à long terme.

par Frances Backhouse
Mars 2005

Dans les jours qui ont suivi le tsunami du 26 décembre, le monde entier s’est mobilisé pour porter secours aux survivants et tenter de répondre à leurs besoins immédiats. Puis est venue la planification de l’aide à long terme. Peu après le désastre, Arthur Carty, conseiller national des sciences auprès du premier ministre, a demandé à l’AUCC de lui fournir une liste d’experts en tsunamis et en questions connexes. Selon Paul Dufour, conseiller principal des affaires internationales pour M. Carty, cette liste permettta au gouvemement d’exploiter les compétences universitaires, car il y a beaucoup de talent au Canada.

Bon nombre de chercheurs émi­nents se trouvent déjà en Asie ou s’y rendront bientôt pour apporter leur soutien. Lorsque Martin Bunch a appris la catastrophe, il a pensé immédiatement à Pallavan Nagar, un bidonville de pê­cheurs dans la baie du Bengale, en Inde. Professeur en études environnementales à l’Université York, M. Bunch dirige un projet de recherche visant à aider les col­lectivités pauvres et clandestines de Pal­lavan Nagar et d’Anju Kudasai à remédier aux ennuis de santé découlant de problèmes environnementaux et sociaux, tels l’absence de conduites d’eau et d’égout et de systèmes d’élimination des déchets. C’était avant qu’il apprenne les dégâts du tsunami : 12 personnes tuées, 50 familles sans abri et de nombreux bateaux et filets de pêche détruits à Pallavan Nagar. Anju Kudasai, situé plus à l’intérieur, ne déplorait aucune perte humaine, mais la rivière Cooum, pleine d’eaux usées, était sortie de son lit, détruisant les maisons et propageant des agents pathogènes.

Depuis mai 2004, l’équipe de M. Bunch forme dans ces bidonvilles des groupes d’entraide et y soutient des mesures d’améliorations communau­taires comme l’installation de toilettes et la collecte des déchets solides. Puisque les conditions de vie de ces collectivités sont maintenant pires, M. Bunch veut y retourner pour exploiter le renforce­ment des capacités mis en oeuvre par son équipe et aider les survivants à s’adapter à la situation.

Jennifer Hyndman, professeure en géographie à la Simon Fraser University, s’est également attachée à cette région. Depuis 1998, elle étudie la vie des popu­lations que la guerre civile a déplacées dans le nord et l’est du Sri Lanka. Le nombre effarant de morts et d’endroits détruits lui a fait comprendre ce que la catastrophe signifie pour ce pays qui tente toujours de se relever après deux décennies de conflits. Le nombre de victimes du tsunami représente presque la moitié de celui de la guerre, et un mil­lion de personnes, dont beaucoup sont relocalisées ainsi pour la deuxième fois, se sont retrouvées sans abri.

Mme Hyndman a dû reconsidérer, mais non annuler, le voyage d’un mois qu’elle comptait faire au Sri Lanka en février pour continuer d’étudier les liens entre l’aide au développement international et la sécurité. Son expé­rience humanitaire en Somalie et au Kenya aidera à affronter les réalités de l’après-tsunami. Dans l’immédiat, elle se préoccupe uniquement des sinistrés. Et elle espère que ses connaissances sur le déplacement des peuples en temps de guerre lui permettront d’aider les victimes du tsunami.

La première délégation technique de Canadiens en Asie comptait trois ingé­nieurs, arrivés en Thailande à la fin de janvier. Les ingénieurs de structure Murat Saatcioglu, de l’Université d’Ottawa, et Ahmed Ghobarah, de la McMaster University, ainsi que Ioan Nistor, profes­seur en génie hydraulique et des régions côtières à l’Université d’Ottawa, ont étudié les effets du tsunami sur les côtes et les infrastructures (bâtiments, ponts, etc.) pendant leur voyage de recon­naissance d’une semaine. Les données recueillies leur permettront d’élaborer des méthodes de réfection et de reconstruc­tion ainsi que des mesures d’atténuation des dégâts en cas de nouveau tsunami.

Philip Cook, directeur général de l’Institut international pour les droits et le développement de l’enfant de la Uni­versity of Victoria, aide les enfants des pays touchés par le tsunami à faire face au deuil, au désespoir et à l’incertitude. Son travail auprès de jeunes traumatisés par la guerre en Tchétchénie et d’orphelins du sida en Afrique du Sud lui a appris que les enfants vivent le malheur dif­féremment des adultes et que les efforts de réadaptation psychosociale sont plus efficaces lorsque intégrés aux activités habituelles, comme l’école. Il a donc cons­titué une équipe chargée d’apprendre ces méthodes thérapeutiques aux enseignants de l’Inde et de l’Indonésie.

« L’intérêt du monde diminuera bientôt, a-t-il affirmé. Nous veillerons à ce que les populations dans le besoin continuent de recevoir de l’aide. »

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