Passer au contenu principal
À MON AVIS

Améliorer la résilience des étudiants : un peu de stress peut s’avérer bénéfique

Selon des données probantes, les personnes exposées à certaines formes de stress peuvent avoir un plus grand sentiment de maîtrise et faire mieux face à l’adversité.

par KIM HELLEMANS | 27 NOV 18

La hausse des problèmes de santé mentale chez les étudiants depuis une dizaine d’années a beaucoup retenu l’attention dans la documentation scientifique, mais aussi dans les médias. Depuis mon arrivée à l’Université Carleton en 2008, j’ai moi aussi remarqué dans mes cours une hausse du nombre d’étudiants ayant du mal à composer avec la rigueur de la vie universitaire. Je reçois souvent des demandes d’adaptation – reports d’examens, reprises de travaux ou révisions de notes – pour cause de « stress excessif ». J’ai l’impression que certains étudiants estiment avoir le droit de faire repousser un examen ou de recommencer un travail s’ils ne sont pas au meilleur de leur forme ou s’ils n’ont pas pu étudier dans des conditions optimales. Pourquoi en sommes-nous rendus là?

Je crois que cette situation est, en partie, une conséquence inattendue de la sensibilisation à la santé mentale. Depuis 10 ans environ, notre société a amorcé un dialogue sur la santé mentale dans les médias grand public et les médias sociaux. Certes, j’ai remarqué que la génération actuelle d’étudiants est plus ouverte et mieux informée. Par exemple, dans mes cours de première année sur les neurosciences et la santé mentale, de nombreux étudiants acceptent d’aborder leurs propres problèmes de santé mentale.

Cette ouverture est remarquable et pourrait mettre un terme à la stigmatisation de la maladie mentale au sein de la société. Mais je crains qu’elle ne répande aussi la notion selon laquelle avoir du chagrin ou se sentir stressé est « anormal ».

Je m’explique : les facteurs de stress – physiques ou psychologiques, réels ou imaginaires – ont pour fonction de signaler à l’organisme que sa survie peut être compromise. L’organisme réagit par une poussée hormonale et par la libération de neurotransmetteurs qui préparent la réaction dite « de lutte ou de fuite ». À court terme, l’organisme s’adapte très bien à ces signaux. Par contre, l’activation prolongée de ces systèmes dans le corps et le cerveau (stress chronique) peut rendre la personne malade. En effet, l’exposition à des facteurs de stress ou à des traumatismes aigus extrêmes peut accroître la sensibilité de l’organisme à de nombreuses maladies physiques et mentales, notamment aux troubles dépressifs et anxieux.

Sous cet angle, on pourrait conclure que le stress est mauvais pour la santé. Or, en neurosciences et en psychologie, des données probantes indiquent que certaines formes de stress peuvent, au contraire, avoir des effets bénéfiques. Selon la théorie de l’inoculation du stress, les personnes soumises à un stress contrôlable léger ou modéré peuvent acquérir un sentiment de maîtrise et faire preuve d’une plus grande résilience par la suite.

Lorsque nos étudiants font face à ce type de facteurs de stress (plusieurs examens le même jour, conciliation des exigences de la vie universitaire, etc.), ils ont l’occasion de renforcer leur résilience. Essentiellement, affronter, reconnaître et vaincre ces facteurs de stress, puis réfléchir aux moyens employés (ou non) pour les contrer, restructure le cerveau de telle sorte que lorsque les étudiants sont de nouveau soumis à un stress, leur système nerveux est mieux préparé à mettre en place des moyens de défense, mais aussi à protéger l’organisme des effets du stress sur la vulnérabilité à la maladie.

Aux fins d’analogie, prenons l’exemple de l’haltérophilie : le stress provoqué par l’augmentation du poids des haltères entraîne des déchirures microscopiques aux biceps; une fois guéries grâce aux protéines, ces déchirures contribuent à augmenter la taille musculaire, ce qui permet d’augmenter de nouveau le poids des haltères. Le même principe s’applique au cerveau : les facteurs de stress renforcent les circuits cérébraux, ce qui améliore la résistance du cerveau aux facteurs ultérieurs de stress. Ainsi, en évitant toute forme de stress (p. ex. ne faire les examens que lorsque les conditions sont optimales), les étudiants peuvent se priver de la possibilité d’apprendre à gérer le stress et, par conséquent, des effets bénéfiques de l’inoculation du stress.

À titre de professeurs, que pouvons-nous faire? Je crois que nous pouvons employer diverses stratégies lors de la préparation de nos cours et dans nos interactions avec les étudiants pour accroître leur capacité de résilience :

  1. Dans le cadre du premier cours, en particulier pour les étudiants de première année, prévoyez une brève discussion sur les défis de la vie universitaire et sur les effets positifs du stress. Expliquez aux étudiants qu’il est normal de se sentir stressé, voire dépassé à l’occasion, que le stress est une source importante de motivation pour l’organisme et qu’un stress modéré peut améliorer le rendement dans certains cas.
  2. Si votre cours comporte des travaux ou des examens périodiques, envisagez de recourir à un modèle d’évaluation du genre « les x meilleures notes sur un nombre y de travaux ou d’examens ». Par exemple, mes élèves de première année en neurosciences doivent lire 10 articles de la revue Scientific American au cours du semestre et, selon l’article choisi, répondre à une ou deux questions. Chaque travail vaut deux points et l’ensemble des travaux représente 15 pour cent de la note finale. Toutefois, j’explique aux étudiants que je ne retiens que les huit meilleures notes de ces 10 travaux. Ils peuvent donc se permettre deux « échecs » (ou travaux non remis) sans graves conséquences.
  3. Le soutien social est un autre facteur clé de résilience chez les adultes en santé. Encouragez la création de groupes d’études entre pairs (structurés ou non) dans le cadre de vos cours. Il existe peut-être déjà sur le campus des ressources gérées par les étudiants qui fonctionnent selon un cadre de soutien par les pairs.
  4. Cela pourra vous sembler élémentaire, mais essayez de concevoir des évaluations qui présentent le bon degré de difficulté. Si vos évaluations sont trop faciles, les étudiants apprendront vite à ne pas faire d’efforts supplémentaires à votre cours (et à d’autres peut-être). Si vos évaluations sont trop difficiles, vous risquez de favoriser la « résignation acquise » chez les étudiants, c’est-à-dire la conviction que les efforts fournis, aussi soutenus soient-ils, ne serviront absolument à rien. Un examen qui présente le bon degré de difficulté donnera aux étudiants un sentiment de réussite, surtout s’ils ont travaillé fort. Trouver le bon degré de difficulté n’est pas évident, en particulier pour les nouveaux chargés de cours ou ceux qui enseignent une matière pour la première fois. Au besoin, demandez l’aide du personnel de perfectionnement en enseignement.
  5. Plusieurs facteurs liés au mode de vie (alimentation, activité physique, sommeil et repos) jouent aussi un rôle essentiel dans la résilience et la santé mentale en général. Rappelez à vos étudiants l’importance d’adopter de saines habitudes de vie, soit en abordant la question avec eux en dehors des cours, soit en intégrant un court texte dans votre plan de cours ou encore en insérant la question de manière créative dans vos exposés. Pour ma part, j’inclus à l’occasion dans mes cours la rubrique « Connaissances pratiques avec Kim », d’environ cinq minutes, durant laquelle je donne aux étudiants des conseils de vie, par exemple « comment avoir un cerveau en santé ». Mieux encore, servez d’exemple à vos étudiants et faites-leur part de vos propres habitudes de vie.
  6. Informez-vous de tous les services de soutien offerts sur le campus. Si vous repérez un étudiant qui éprouve de réelles difficultés, n’oubliez pas que plusieurs personnes ou organismes à l’université sont beaucoup mieux outillés que les professeurs pour évaluer les étudiants et, au besoin, poser un diagnostic.
  7. Pour conclure, je déconseille à quiconque d’accorder à répétition des prolongements d’échéances et des réévaluations ou des reports d’examens. Ces mesures peuvent donner aux professeurs l’impression d’aider les étudiants, mais elles leur enseignent, au contraire, qu’ils peuvent éviter les facteurs de stress et que la réussite ne s’obtient que dans des conditions idéales. La résilience ne s’acquiert jamais dans des conditions idéales, et pour citer Theodore Roosevelt : « Aucune chose dans ce monde ne vaut la peine si elle n’a pas été acquise dans l’effort, la douleur ou l’adversité… Je n’ai jamais envié les gens qui menaient une vie facile. Par contre, j’en ai envié beaucoup qui menaient une vie pénible, mais qui la menaient bien. » [traduction libre]

Ce ne sont là que quelques conseils. Je suis convaincue qu’il existe d’autres stratégies. Si vous en connaissez, n’hésitez pas à m’en faire part.

Kim Hellemans est chargée de cours de niveau III et conseillère à l’enseignement auprès du provost au Département de neuroscience de l’Université Carleton.

COMMENTAIRES
Laisser un commentaire
Affaires universitaires modère tous les commentaires reçus en fonction des lignes directrices. Les commentaires approuvés sont généralement affichés un jour ouvrable après leur réception. Certains commentaires particulièrement intéressants pourraient aussi être publiés dans la version papier du magazine, ou ailleurs.

Your email address will not be published. Required fields are marked *

« »