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À MON AVIS

Ce que les principes de Jean Vanier peuvent enseigner aux professionnels des affaires étudiantes

Ses réflexions peuvent nous aider à rendre l’expérience étudiante universellement plus juste et équitable.

par JOE HENRY | 05 JUIN 19

Tandis que le monde entier rend hommage au philosophe, théologien et humaniste Jean Vanier et pleure son départ, ses enseignements demeurent plus que jamais porteurs de sens. Depuis la fin de mon adolescence, j’ai épluché les textes de M. Vanier et tenté d’intégrer ses idées à mon parcours de professionnel des affaires étudiantes dans le milieu de l’enseignement supérieur. Son décès peut inciter le milieu de l’enseignement supérieur à réfléchir concrètement aux messages qu’il a véhiculés et, surtout, à trouver le moyen de les intégrer à la mission des établissements, aux fonctions et programmes, et aux façons d’interagir avec les étudiants.

En perpétuelle évolution, le domaine des affaires étudiantes en Amérique du Nord compte de nombreux théoriciens qui orientent l’exercice de nos fonctions. Chacun de ces penseurs contribue à former une base de connaissances cohérente et explicite à partir de laquelle nous établissons nos activités quotidiennes et élaborons les programmes qui s’y rattachent dans divers départements.

Photo du site officiel de Jean Vanier.

Maintenant plus que jamais, les idées de Jean Vanier peuvent trouver un écho dans la réalité de nos étudiants et dans la culture que tissent les spécialistes des affaires étudiantes sur le campus pour appuyer les étudiants dans leur démarche d’apprentissage. Plus précisément, je crois que tous les campus, qu’ils soient petits ou grands, laïques ou confessionnels, peuvent se servir des cinq principes de l’humanité de Jean Vanier pour créer ou remanier les services et le soutien offerts aux étudiants. Je m’explique.

Principe 1 : Chaque personne humaine est sacrée, peu importe sa culture, sa race et sa religion, peu importe ses capacités et ses handicaps, peu importe ses forces et ses faiblesses. En tant que spécialistes des affaires étudiantes, nous savons que la vie de nos étudiants comporte plusieurs dimensions identitaires. Comme l’enseignement supérieur devient de plus en plus accessible, notamment aux groupes marginalisés, nous devons aller à la rencontre des étudiants afin de leur offrir le soutien, les encouragements et les services qui favoriseront leur réussite. M. Vanier estimait que chacun avait besoin d’aide pour réaliser son plein potentiel. Je crois que le travail des responsables des affaires étudiantes à tous les échelons devrait porter sur l’abolition des obstacles et la modification des perceptions quant aux personnes qui devraient fréquenter l’établissement ou non. C’est une occasion de croissance pour nos étudiants, qui améliore l’expérience de tous sur le campus.

Principe 2 : Notre monde et notre vie personnelle évoluent constamment. L’enseignement renvoie toujours à l’évolution. Mes façons de voir au début de ma carrière ne correspondent pas nécessairement à mes façons de voir d’aujourd’hui. Le monde qui m’entoure, la culture sur le campus et les personnes avec lesquelles j’interagis quotidiennement modulent mes perceptions au fil du temps. Je pense entre autres aux conversations difficiles que nous tenons sur les campus au sujet de l’identité ou des politiques. Les idées de M. Vanier sont d’autant plus importantes qu’elles nous incitent à aborder les choses autrement et à demeurer en état d’apprentissage. Les professionnels des affaires étudiantes doivent maintenir un dialogue respectueux, de manière à ce que tous les étudiants se sentent écoutés, même si leurs idées ne sont pas populaires. L’évolution est essentielle à notre mission et à la croissance personnelle.

Principe 3 : La maturité ne s’acquiert que par le travail avec autrui. Jean Vanier a travaillé toute sa vie avec les autres. Ses interactions quotidiennes avec les handicapés des communautés de L’Arche l’ont guidé et amené à grandir. Dans le même ordre d’idée, il incombe aux intervenants du milieu de l’enseignement supérieur de renforcer les collectivités étudiantes pour favoriser les échanges constructifs. Qu’il s’agisse d’occasions d’apprentissage par l’expérience ou d’interactions quotidiennes en petits groupes dans le cadre de la vie en résidence, nous devons veiller à offrir des expériences qui permettront aux étudiants de grandir, de s’épanouir et d’apprendre les uns des autres.

Principe 4 : Il faut inciter la personne humaine à faire des choix. Bon nombre d’étudiants souhaitent nous voir leur indiquer la bonne réponse ou la voie à suivre sans penser aux répercussions de ces choix ou décisions. Parfois les étudiants font des choix sans penser aux conséquences pour autrui. M. Vanier estimait que les gens devaient être responsables de leur vie et de celle des autres. Ce principe s’applique particulièrement lorsque nous devons traiter avec des étudiants dans des situations de non-respect du code de conduite ou de justice réparatrice. Il ne suffit pas de sanctionner. Pour qu’ils entament leur processus d’apprentissage, nous devons aider les étudiants à comprendre l’incidence de leurs choix sur les autres.

Principe 5 : Pour faire des choix, il faut réfléchir ainsi que chercher la vérité et le sens. Des cinq principes, c’est celui qui renvoie au cœur et à l’âme de l’enseignement supérieur. Il ne s’agit pas simplement d’obtenir un diplôme ou de dénicher un emploi bien rémunéré. Nous devons absolument amener les étudiants à examiner en quoi leurs choix les aident à trouver le chemin et le but de leur existence. Je pense au travail déterminant des conseillers pédagogiques, des aumôniers ou des conseillers en orientation qui invitent les étudiants à se poser des questions (au lieu de seulement leur fournir des réponses) pour voir au-delà des conséquences immédiates de leurs choix et se fixer un objectif de vie.

Ce ne sont que quelques exemples de la façon dont les idées de Jean Vanier peuvent s’appliquer aux campus. Son travail peut se perpétuer de multiples façons dans de nombreux contextes, métiers et organismes, ce qui témoigne de son importance dans toutes les sphères de la société. Son décès nous motive à faire le point sur notre gestion des affaires étudiantes afin que nous puissions aider les étudiants à trouver un sens et à rendre l’expérience étudiante universellement plus juste et équitable.

Joe Henry est doyen des affaires étudiantes au Collège universitaire King’s de l’Université Western.

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