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À mon avis

Devenir professeur d’université au Québec

Une insertion professionnelle laborieuse

par NATHALIE DYKE | 04 DÉC 06

Alors que le début des années 2000 marquait enfin une reprise de l’embauche de nouveaux professeurs dans pratiquement toutes les universités au Québec et au Canada après une décennie de compressions budgétaires, les deux dernières années ont malheureusement freiné l’élan du renouvellement du corps professoral tant attendu. Cette année, pour la première fois de l’histoire du Québec, toutes les universités déclareront un important déficit budgétaire et plusieurs d’entre elles ont décidé de suspendre les embauches. Cette situation, décriée autant par l’administration universitaire que par le corps professoral, compromet non seulement le développement de nos établissements d’enseignement supérieur, mais aussi l’insertion professionnelle des recrues embauchées depuis 2000 et dont la réalité n’est pas suffisamment connue.

Une enquête sur le profil des recrues et leur insertion professionnelle, réalisée en 2006 par la Fédération québécoise des professeures et professeurs d’université (FQPPU) avec la collaboration de la Conférence des recteurs et des principaux des universités du Québec (CREPUQ), révèle que 29 pour cent des nouveaux professeurs en début de carrière ont quitté le milieu universitaire au cours des cinq premières années suivant leur embauche. Quoique les motifs de départ ne soient pas connus, plusieurs points de tension ont été exprimés par les nouveaux professeurs qui ont participé à cette enquête. Les données quantitatives de l’étude proviennent de l’Enquête annuelle sur le personnel enseignant de la CREPUQ. Des groupes de discussion ont aussi été organisés, réunissant une soixantaine de recrues de huit univer- sités différentes en région ainsi qu’à Montréal et à Québec.

Parmi les principaux points de tension communs éprouvés par les nouveaux professeurs, la question du financement de la recherche est ressortie de façon dominante. Alors que les professeurs en début de carrière doivent s’établir dans le milieu de la recherche et que le mode d’évaluation repose en grande partie sur cette dimension du travail professoral, les recrues considèrent que le manque chronique de ressources et le combat à mener pour obtenir des fonds de recherche déclenchent un processus d’érosion dès l’entrée dans la profession. Plusieurs souhaiteraient avoir accès à de substantiels fonds de démarrage de l’université afin de pouvoir se consacrer à la recherche. Dans le contexte actuel, l’articulation des différentes tâches de recherche, d’enseignement et de services à la collectivité est perçue fort ardue par la majorité des participants à l’étude qui n’arrivent pas à atteindre un équilibre.

Selon les personnes interviewés, le défi en début de carrière consiste non seulement à se faire reconnaître comme chercheur, mais aussi à assumer de nouvelles charges administratives pour lesquelles peu de préparation a été offerte, et à préparer de nouveaux cours donnés à des classes de plus en plus populeuses. La pression de l’évaluation à venir pour obtenir la permanence d’emploi se fait aussi sentir sans que les critères d’évaluation ne soient toujours explicitement formulés. Ce qui demande un effort de décodage de la culture organisationnelle du département d’embauche. Tandis que certains réussissent à développer un sentiment de satisfaction au travail, plusieurs ont exprimé en groupes de discussion leur sentiment d’éparpillement et de surcharge de travail.

Par ailleurs, l’étude a aussi permis de mieux connaître le profil des recrues. On apprend ainsi que l’entrée dans la profession se fait tardivement, soit à l’âge de 38,5 ans (comparativement à 37,5 ans en 1993), et qu’un nombre plus important de femmes (39 pour cent) font partie des embauches comparativement à la moyenne actuelle de femmes dans le corps professoral au Québec (28 pour cent). Il s’agit là d’une bonne nouvelle; reste à savoir si elles y resteront compte tenu de la difficile conciliation travail-famille, notamment pour les personnes en début de carrière qui ont de jeunes enfants. À cet égard, quoique les femmes qui ont participé à l’étude aient mentionné que ce problème les touchait plus directement que les hommes, ces derniers déplorent le fait que le sujet reste tabou dans plusieurs départements.

Que faire? Sans un réinvestissement majeur, stable et récurrent dans l’enseignement supérieur, il sera difficile au cours des prochaines années de soutenir et de revaloriser le travail professoral, et surtout d’attirer et de bien préparer les candidats à cette carrière, alors que seulement 30 pour cent des titulaires de doctorat choisissent de devenir professeurs d’université. En réalité, outre le financement, les conditions actuelles de travail sont au cœur du renouvellement du corps professoral. Aux États-Unis, depuis plus de dix ans, plusieurs universités ont décidé de revoir la préparation à la carrière professorale pour favoriser une meilleure insertion des nouveaux professeurs. De son côté, la FQPPU a décidé d’organiser un colloque international sur le sujet les 22 et 23 mars 2007 à Montréal afin de présenter d’autres résultats de recherche et de débattre des actions à entreprendre pour sortir de ce marasme. Souhaitons que cet événement puisse attirer autant les adminis- trateurs universitaires que les professeurs de toutes les régions du Canada. L’enjeu est trop important pour laisser cette problématique sans solution.

Nathalie Dyke, Ph.D., est journaliste et chercheuse indépendante. Elle est l’auteure de l’étude Le renouvellement du corps professoral dans les universités au Québec. Profil et expérience d’insertion des recrues en début de carrière, FQPPU, 2006.

Les articles d’opinion ne reflètent pas nécessairement le point de vue d’Affaires universitaires ni de l’Association des universités et collèges du Canada. Vous avez une opinion sur un sujet qui touche le milieu universitaire? Faites-nous la parvenir à

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COMMENTAIRES
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  1. Yassine Messaoud / 8 April 2014 at 11:45

    Bonjour,

    Merci pour l’article. Je suis effectivement en recherche d’emploi alors que je suis titulaire d’un PhD et de deux postdocs.

    Sincèrement.

    Yassine.