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À MON AVIS

Études postsecondaires : en faisons-nous assez pour les jeunes autochtones?

L’accès aux études postsecondaires des peuples autochtones demeure un sujet d’intérêt au pays et plusieurs études à ce sujet ont été publiées.

par LÉA BRAGOLI-BARZAN ET TANYA CHICHEKIAN | 10 JUILLET 19

Cet article a été publié à l’origine sur le site Web La Conversation. Lisez le texte original

L’accès aux études supérieures est essentiel au développement d’une nation. Pour les autochtones, elle est aussi « la clé de la réconciliation », a dit le recteur de l’Université de la Vancouver Island, et membre d’Universités Canada. « C’est pourquoi les universités canadiennes sont déterminées à combler les lacunes du système et à aider davantage d’Autochtones », a-t-il écrit en commentant le récent financement du Programme de soutien aux étudiants de niveau postsecondaire d’Affaires autochtones et du Nord Canada.

L’accès aux études postsecondaires des peuples autochtones demeure donc un sujet d’intérêt au pays et plusieurs études à ce sujet ont été publiées. Des initiatives, dont celle-ci, mise sur pied à l’Université du Québec à Chicoutimi, ou d’autres du gouvernement canadien, qui impliquent des programmes de transition, de sensibilisation culturelle, etc., visent l’amélioration de l’expérience académique de cette population. Mais les étudiants autochtones démontrent toujours des difficultés scolaires.

Moins de la moitié des jeunes autochtones obtiennent leur diplôme d’études postsecondaires au pays. C’est en deçà de la moyenne canadienne, qui est autour de 65 pour cent, selon les derniers chiffres de Statistiques Canada datant de 2018.

Une finissante d’origine autochtone reçoit son diplôme à l’Université Queen’s. Photo courtoisie de l’Université Queen’s.

Cela dit, la proportion d’individus issus des peuples autochtones possédant un diplôme d’études collégiales est à la hausse, ayant passé de 18,7 pour cent en 2006 à 23 pour cent en 2016, selon Statistiques Canada. De plus, des progrès ont été faits afin de favoriser leur accès aux études postsecondaires. Ils s’inscrivent davantage.

Toutefois, au-delà de l’inscription, comment faire pour que ces étudiants demeurent aux études et obtiennent leur diplôme? C’est ce que cette étude a tenté d’explorer en s’intéressant aux motivations des étudiants autochtones dans la poursuite de leurs études postsecondaires.

Trois tendances et une absente

Nous avons voulu en apprendre davantage sur l’éventail des outils existants pour les étudiants autochtones au sein des cégeps afin de développer des stratégies visant à les soutenir dans leur parcours.

Dans cette optique, nous avons mené des entrevues auprès de professionnels de l’éducation (spécialistes de l’apprentissage, agents de soutien à l’écriture, aides pédagogiques individuelles, coordonnateurs de centres de ressources autochtones ou conseiller psychosocial).

Ces derniers étaient employés dans des institutions collégiales ayant des ressources spécifiques pour les étudiants autochtones. Ils interagissaient régulièrement avec ces étudiants et leurs tâches et responsabilités visaient directement à les soutenir dans leur réussite scolaire.

Les réponses aux diverses questions d’entrevues ont permis de démontrer trois grandes tendances et une grande absence. Selon notre recherche, les étudiants autochtones sont motivés à poursuivre leurs études postsecondaires, car ils désirent être récompensés, ne veulent pas décevoir et reçoivent le soutien de leurs parents. La satisfaction et le plaisir vécus dans les études, en tant que motivation, semblent toutefois absents chez ces étudiants.

Le désir d’être récompensé

Les étudiants veulent ressortir gagnant de leur expérience académique et être récompensés (un exemple de motivation extrinsèque). Ils sont alors motivés par certaines finalités associées à leurs études.

En effet, certains décident de poursuivre au niveau postsecondaire, en raison du financement qu’ils reçoivent en retour. D’autres désirent gagner de l’argent pour répondre à certains de leurs besoins matériels futurs, fuir l’adversité familiale, devenir un modèle pour la jeunesse ou, tout simplement avoir accès à certains cours, lesquels ne s’offrent pas dans leur communauté.

Ne pas se décevoir et ne pas décevoir sa communauté

Une agente psychosociale d’origine autochtone nous a parlé de la pression sociale, de la part des communautés, ressentie par ces jeunes. « C’est fort la pression sociale. On ne veut pas décevoir. Donc ça devient aussi une force pour continuer, même si ça ne correspond pas toujours exactement à leurs intérêts et à leurs compétences. »

On comprend alors que certains de ces étudiants pourraient poursuivre leurs études par culpabilité, anxiété ou afin de préserver leur estime de soi, donc pour des motivations extrinsèques. En d’autres mots, étudier au postsecondaire pour le simple plaisir ou pour la satisfaction que peuvent procurer ses études, ce n’est pas majoritairement ce qui motive ces étudiants.

Il s’agit plutôt de ne pas décevoir les membres de sa communauté.

De plus, rendre fière sa communauté et ses parents ou encore partager son savoir par responsabilité envers sa communauté sont aussi de fortes motivations. « On nous apprend, que nous faisons partie de la communauté, que nous avons une responsabilité envers la communauté et que celle-ci a une responsabilité envers nous », nous a dit cette même professionnelle.

Le soutien des parents

Le soutien des parents, ainsi que la valeur qu’ils accordent à l’éducation de leurs enfants, motivent les étudiants autochtones à poursuivre leur scolarité. En soutenant leur enfant pendant leur parcours scolaire, ces parents transmettent cette valeur. L’étudiant en vient alors, à son tour, à valoriser son éducation.

« On leur parlait de persévérance scolaire et les ados m’ont encore dit : “ce sont nos parents aussi, ils me disent à chaque fois que je rentre de l’école, as-tu fait tes devoirs aujourd’hui? Juste le fait de te poser la question” … Le fait qu’elle demande à sa fille, à chaque soir, systématiquement, si elle a fait ses devoirs, est interprété comme un soutien de ne pas lâcher », nous mentionne l’agente psychosociale d’origine autochtone.

Finalement, à quelques reprises, le désir de réussite – et donc l’obtention d’un diplôme – est lié à un objectif important et précis (devenir policier, assurer un avenir à ses enfants, etc.).

Plusieurs raisons motivent donc les étudiants autochtones à poursuivre leur scolarité au niveau postsecondaire. On pourrait toutefois se demander si elles sont suffisantes pour que le taux de diplomation de ces étudiants continue d’augmenter à long terme.

Et le plaisir dans les études?

Qu’en est-il de décider de poursuivre ses études postsecondaires par plaisir et pour la satisfaction qu’on peut en obtenir? C’est ce qu’on appelle la motivation intrinsèque.
Les études en contexte éducatif démontrent que ce type de motivation prédit une meilleure rétention scolaire au postsecondaire, ainsi qu’une meilleure performance académique chez les étudiants. Ce type de motivation n’a pas été identifié dans les recherches existantes. Existe-il auprès des étudiants autochtones? Comment se manifeste-t-il?

Dans de subséquentes initiatives afin de favoriser l’accès et la rétention des jeunes autochtones aux études postsecondaires, il serait important de mettre l’accent sur l’expérience de plaisir et de satisfaction vécue. En effet, il s’agit d’une avenue qui mériterait d’être explorée dans le but de favoriser un engagement continu de cette population dans leurs études.La Conversation

Léa Bragoli-Barzan est canditate au doctorat en psychologie à l’Université du Québec à Montréal et Tanya Chichekian est professeure adjointe au Département de pédagogie de l’Université de Sherbrooke.

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