Passer au contenu principal
À mon avis

Faisons de la lutte contre le racisme un objectif à atteindre

Les dirigeants universitaires ont besoin de soutien pour offrir l’éducation contre le racisme.

par KRISTA PEARSON | 08 JAN 15

Compte tenu des nombreuses priorités auxquelles ils font face, les administrateurs universitaires ont tendance à accorder peu d’attention au racisme systémique et omniprésent au sein de leurs établissements, et à ne réagir qu’en cas d’actes manifestement racistes. À l’heure où la composition démographique du Canada évolue, les dirigeants d’établissements postsecondaires doivent faire de la lutte contre le racisme une priorité absolue.

La lutte contre le racisme passe par l’éducation et doit aussi se faire pour des raisons économiques. Au Canada, trente-neuf pour cent de la population est constituée de personnes nées à l’étranger ou de parents nés à l’étranger, et 11 pour cent de cette même population canadienne emploie le plus souvent à la maison une langue autre que le français ou l’anglais (Statistique Canada, 2011). Ces pourcentages sont encore plus élevés dans les provinces où l’immigration est supérieure à la moyenne nationale. Par ailleurs, on prévoit qu’en 2031, 42 pour cent des nouveaux immigrants vivront en Ontario (Statistique Canada, 2013).

Les universités doivent préparer les étudiants aux besoins changeants du marché du travail, car les employeurs exigeront de plus en plus que les diplômés postsecondaires sachent évoluer au sein d’un milieu diversifié. Hélas, les universités canadiennes ne sont pas forcément préparées à relever ce défi. La plupart de leurs dirigeants appartiennent en effet à la culture blanche dominante et ont donc du mal à mettre en place sur leurs campus des mesures contre le racisme. Pour y parvenir, il est impératif que les personnes qui ont bénéficié de privilèges indus réfléchissent à l’expérience vécue par celles qui sont issues des cultures non dominantes.

Dans le cadre de ma récente étude consacrée aux points de vue des administrateurs de haut rang sur le racisme au sein du système d’éducation postsecondaire canadien (« Social justice and equity: Exploring the perspective of senior administrators of racism and whiteness in postsecondary education »), les dirigeants universitaires ont admis qu’il leur incombe d’exercer une influence sur le climat organisationnel ainsi que sur les attitudes à l’égard du racisme. Ils ont toutefois également admis que leur capacité à offrir une éducation exempte de racisme est limitée, tout en reconnaissant que l’éradication de ce problème est un objectif ambitieux qui dépasse leur expertise.

Le racisme au sein des établissements a un coût. Tout étudiant souhaite en effet fréquenter une université qui a la réputation de refléter ses valeurs et ses attentes sur le plan social. Les universités doivent donc faire de la lutte contre le racisme une priorité; dans le cas contraire, leur réputation sera entachée, et leurs efforts en matière de recrutement d’étudiants en souffriront à long terme. Le défi est particulièrement important pour les établissements situés hors des grands centres urbains, qui possèdent moins d’expérience auprès de clientèles culturellement diversifiées.

Compte tenu du fort taux de croissance de la population autochtone au Canada et du racisme largement répandu à son égard, les dirigeants universitaires pourraient dans un premier temps s’employer à lutter contre les attitudes et les comportements racistes envers les Autochtones canadiens. La question que nous devons nous poser est la suivante : en faisons-nous suffisamment pour que les choses changent? Est-ce qu’au moins nous parlons du racisme? Dans le cas contraire, comment pouvons-nous nous attendre à ce que les choses évoluent? Si rien n’est fait contre le racisme, nos établissements auront du mal à suivre l’évolution de la société canadienne sur le plan culturel.

En 2010, Harriet Eisenkraft avait souligné ici même, dans les colonnes d’Affaires universitaires, la réalité du racisme au sein du milieu universitaire ainsi que la nécessité pour les établissements de contrer ce fléau. La lutte contre le racisme est une chose complexe. Les responsables de l’éducation contre le racisme recommandent le recours à une démarche organisationnelle volontariste et axée sur l’action, couplée à une compréhension du fait que l’éradication du racisme est un processus à long terme qui ne saurait reposer sur une solution unique.

Les dirigeants universitaires peuvent appuyer les initiatives antiracistes en fixant des attentes en matière de comportements, en dénonçant ouvertement les structures et les comportements racistes ainsi qu’en invitant les intervenants à remettre en question les normes des établissements. Tous ces efforts doivent reposer sur un engagement au profit de la justice sociale et de l’équité. Facile à dire, mais l’application de ces principes représente tout un défi.

Il existe au sein des établissements d’enseignement canadiens divers rapports, comités, politiques et déclarations axés sur l’équité, la diversité et l’inclusion. Il existe également des initiatives municipales, provinciales et fédérales en la matière. Hélas, ce sont des mesures isolées; les gouvernements ne proposent ni financement ni mesures incitatives pour favoriser l’éradication du racisme au Canada. C’est pourtant précisément ce dont notre système d’éducation a besoin.

Conscientes de la nécessité de changer les choses et du manque d’initiatives gouvernementales, certaines universités situées dans les grands centres urbains se dotent désormais de nouveaux postes administratifs dont les titulaires sont chargés d’agir au profit de la diversité et de la lutte contre le racisme. L’Université Ryerson, par exemple, s’est récemment dotée d’un vice-provost adjoint responsable de l’équité, de la diversité et de l’inclusion, à la suite du rapport de 2010 de son groupe de travail contre le racisme. L’Université de Toronto, compte pour sa part un vice-recteur aux ressources humaines et à l’équité, tandis que l’Université de la Colombie-Britannique a un vice-recteur adjoint à l’équité et à l’inclusion. Cependant, sur quel soutien les universités de petite taille, dépourvues de ressources spécialement affectées à ces missions, peuvent-elles compter?

Il est désormais impératif, pour des raisons économiques, de lutter contre le racisme. C’est la chose à faire. À nous d’agir sans tarder afin que la lutte contre le racisme soit intégrée aux stratégies des établissements postsecondaires et des gouvernements.

Krista Pearson est registraire et directrice, Internationalisation, au Sault College of Applied Arts & Technology.

COMMENTAIRES
Laisser un commentaire
Affaires universitaires modère tous les commentaires reçus en fonction des lignes directrices. Les commentaires approuvés sont généralement affichés un jour ouvrable après leur réception. Certains commentaires particulièrement intéressants pourraient aussi être publiés dans la version papier du magazine ou ailleurs.

Your email address will not be published. Required fields are marked *