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À MON AVIS

Investir dans les jeunes chercheurs par souci d’équité

Il est pratiquement impossible pour des chercheurs talentueux en début de carrière, et surtout pour des chercheuses, d’obtenir un financement stable pour leur laboratoire.

par JOHN BERGERON | 12 OCT 17

Les personnes récemment nommées aux postes de gouverneur général du Canada, de conseiller scientifique en chef, de président et directeur scientifique de la Fondation Gairdner (qui remet les plus prestigieux prix canadiens en sciences de la vie) ainsi que de ministre fédéral des Sciences ont démontré la variété du talent canadien en STGM (science, technologies, génie et mathématiques). En plus d’être extrêmement douées, il se trouve que toutes ces personnes sont des femmes.

Ce genre d’exception et d’excellence peut maintenant être transposé au laboratoire où la prochaine génération de chercheurs livrera concurrence sur la scène internationale en matière de découverte. Les annonces des prix Nobel faites la semaine dernière donnent à réfléchir si on considère que le Canada n’a reçu le Nobel de médecine qu’une fois, et c’était en 1923. C’est de loin le pire bilan de tous les pays membres du G7 dont la rencontre aura lieu au Canada le printemps prochain.

Mondialement, les femmes sont actuellement les plus nombreuses boursières et, dans plusieurs pays, elles sont les plus nombreuses à se voir décerner un doctorat, du moins dans les sciences de la vie. Voilà où se trouve le talent. Toutefois, qu’il s’agisse d’hommes ou de femmes, le Canada a « empoisonné » par mégarde le recrutement de jeune talent. Le rapport de l’examen du soutien à la science fondamentale, connu sous le nom de rapport Naylor, met en lumière la presque impossibilité pour les jeunes chercheurs de talent (surtout les chercheuses) d’obtenir un financement stable pour leur laboratoire.

Même si toutes les recommandations du rapport étaient mises en œuvre, le Canada ne pourrait jamais se mesurer aux États-Unis. Le budget du Programme ouvert de subventions de fonctionnement des Instituts de recherche en santé du Canada (IRSC) devrait, par exemple, être multiplié au moins par cinq pour être proportionnellement comparable à celui de nos voisins du Sud.

Il y a en outre la question séparée du financement des salaires et de l’infrastructure qui permet de recruter de jeunes scientifiques par l’entremise du programme des Chaires de recherche du Canada. Même en insistant sur l’équité tant désirée, on n’y arrive pas. Dans les faits, moins de la moitié des nouveaux titulaires d’une chaire de recherche du Canda parviennent à obtenir des subventions de fonctionnement des IRSC.

Malgré le fait qu’on clame le contraire, la science canadienne est en désarroi. Les IRSC sont essentiellement insolvables; l’organisme a dû annuler des concours à deux reprises et utiliser l’argent pour des engagements déjà pris. Le rapport Naylor représente donc l’effort minimal nécessaire pour demeurer au même niveau, et même en mettant en œuvre ses recommandations, les niveaux de financement demeureront incroyablement bas. Par conséquent, les nouveaux titulaires d’une chaire de recherche du Canada ne pourront obtenir le financement nécessaire pour faire fonctionner leurs laboratoires. La situation est encore pire et mène les jeunes chercheurs à un constat d’échec cyclique lorsqu’ils se trouvent dans leur environnement où même les laboratoires des chercheurs chevronnés ne disposent pas de leur propre financement.

Les nations du G7 autres que le Canada ont pris cette réalité en considération. L’Europe occidentale a déjà mis sur pied un institut de recherche réservé aux jeunes chercheurs de talent dont les travaux sont axés sur la découverte dans le domaine des sciences de la vie et qui, après un simple contrat renouvelable de cinq ans, occupent maintenant les universités et les instituts de recherche de toute l’Europe. Même le Royaume-Uni, malgré sa récolte extraordinaire de prix Nobel, a aussi établi ce modèle par l’entremise du tout récent institut Crick de Londres.

Même en mettant en œuvre les recommandations du rapport Naylor, et même avec l’assurance d’une attribution équitable des chaires de recherche du Canada, la compétitivité du Canada en matière de recherche axée sur la découverte ne pourrait s’améliorer qu’en suivant le modèle de l’Europe continentale et du Royaume-Uni qui se sont dotés d’instituts consacrés à la recherche axée sur la découverte où est concentré le talent des chercheurs en début de carrière. Cette solution a fait ses preuves. Un processus de sélection rigoureux pour les jeunes chercheurs les plus prometteurs dans un institut voué à la recherche axée sur la découverte, inspiré des modèles précédents, pourrait être le seul espoir de voir le talent et l’équité reconnus à leur juste valeur, sans compter les considérables retombées de la recherche axée sur la découverte.

John Bergeron est titulaire émérite de la Chaire Robert Reford dans le département de médecine à l’Université McGill.

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