Passer au contenu principal
À MON AVIS

La dépression au postdoctorat : comment aider?

Si un collègue a de la fièvre, on lui dit d’aller se reposer. Pourquoi ne pas traiter la maladie mentale avec autant de compréhension?

par SABRINA ZEDDIES | 14 SEP 17

Aujourd’hui, j’aimerais revenir sur l’histoire que David a racontée dans son dernier article (en anglais seulement). L’une de ses connaissances a fait une dépression, est devenue dépendante à la méthamphétamine en cristaux et s’est retrouvée sans-abri. Aurait-on pu empêcher cette descente aux enfers? Il n’y a pas de réponse évidente à cette question. Personne n’est à blâmer. Néanmoins, j’espère qu’après avoir lu les recommandations ci-dessous, vous vous sentirez mieux outillé pour aider (même si ce n’est qu’un peu).

Débarrassez-vous de vos préjugés

La maladie mentale est encore taboue. Le concept nous met mal à l’aise, et nous ne savons vraiment pas comment nous y prendre avec les gens qui en souffrent. Je fais partie de ceux qu’on appelle les « fous », les « dérangés ». À mon retour au travail, j’ai bien remarqué que certains de mes collègues de longue date (et bons amis) ne savaient plus comment se comporter en ma présence. Un confrère en particulier m’observait en permanence comme si, à tout moment, il s’attendait à ce que je m’effondre. La vie universitaire peut s’avérer particulièrement stressante. Depuis quelques années, les taux de dépression et d’épuisement professionnel sont alarmants. Il est temps d’apprendre à gérer la maladie mentale avec professionnalisme. Si un collègue a de la fièvre, on lui dit d’aller se reposer. Pourquoi ne pas traiter la maladie mentale avec autant de compréhension? Avec des soins appropriés et du repos, la personne pourra s’en remettre (ou du moins, apprendre des méthodes pour bien vivre avec la maladie). D’une façon ou d’une autre, la plupart d’entre nous pourront reprendre le travail et leur ancien poste (s’ils le souhaitent).

Intervenez

Qui nous connaît le mieux? Notre famille, nos amis… et nos collègues. Nos confrères au doctorat et au postdoctorat, ainsi que les techniciens et les étudiants. Ces personnes pourraient bien être les premières à remarquer un changement dans notre attitude. Nous avons tous un superviseur, mais nous le voyons moins fréquemment que nos collègues et tentons de nous montrer sous notre meilleur jour en sa présence. Les superviseurs ne devraient pas être les seuls responsables de l’aide à apporter. Nous devrions tous veiller au bien-être d’autrui. Si un collègue change d’attitude, parlez-lui, dites-lui que vous l’avez remarqué. Si le changement est majeur, dites-lui que vous êtes inquiet pour lui. Orientez-le vers un professionnel, que ce soit un conseiller ou un médecin. Ensuite, si la personne ne se prend pas en main et que vous pensez qu’il faut intervenir, parlez-en à votre superviseur. À maintes reprises, mes collègues ont signalé à mon supérieur que je devenais cynique et que je me refermais sur moi-même. Ils m’ont aussi dit que j’avais changé, que je ne semblais pas bien. J’ai fini par prendre rendez-vous avec un psychologue. Sans l’intervention de mes collègues, j’aurais sombré encore plus loin dans l’épuisement professionnel. Je n’ose même pas imaginer ce qui serait arrivé.

Cela pourrait vous arriver, pensez-y

Les victimes d’épuisement professionnel sont les dernières à le remarquer. Personnellement, je n’avais certainement jamais pensé que cela pourrait m’arriver. Après tout, l’affection mentale n’est pas palpable, contrairement à un bras cassé. Mais à bien y réfléchir, on PEUT pourtant s’en rendre compte. Chaque matin, on se regarde dans le miroir et, lorsqu’on est épuisé, on n’est plus qu’une triste ombre de soi-même. Cette nouvelle personne passe ses soirées seule sur son canapé à avaler des aliments de qualité discutable. Sa solitude fait peine à voir. À quel moment a-t-elle décidé qu’il était normal d’aller pleurer dans les toilettes du département au moins deux fois par semaine? Pourquoi sa famille, ses amis et ses collègues lui disent-ils tous la même chose : « Tu as changé. Tu ne vas pas bien. Tu as besoin d’aide. » Dans mon cas, certaines personnes sont même allées jusqu’à suggérer que je pourrais me faire du mal ou en causer à mes patients, à mes collègues, à mes amis et à ma famille – et elles avaient raison.

Mon expérience et mes discussions avec d’autres victimes d’épuisement professionnel m’ont appris que la plupart s’en sortent après avoir obtenu l’aide adéquate. Certains en ressortent même plus forts et plus confiants. Je fais partie de ceux-là. Toutefois, vous seul pouvez faire le premier pas. Alors, faites attention à vous et à ceux qui s’inquiètent autour de vous. Si les choses ne semblent pas tourner rond, demandez de l’aide. Parlez à un médecin, à un psychologue ou à un conseiller. Vous pouvez aussi simplement demander conseil à un collègue qui est déjà passé par là, ou même m’écrire un petit mot. Surtout, n’essayez pas de vous en sortir seul. Demandez de l’aide!

Sabrina Zeddies est boursière postdoctorale au Centre hospitalier universitaire à Utrecht, aux Pays-Bas. Elle travaille à la pharmacie de l’hôpital en tant que responsable du contrôle de la qualité et directrice des projets de médicaments de thérapie innovante.

COMMENTAIRES
Laisser un commentaire
Affaires universitaires modère tous les commentaires reçus en fonction des lignes directrices. Les commentaires approuvés sont généralement affichés un jour ouvrable après leur réception. Certains commentaires particulièrement intéressants pourraient aussi être publiés dans la version papier du magazine, ou ailleurs.

Your email address will not be published. Required fields are marked *

« »
--ph--