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À mon avis

La liberté universitaire, une fin en soi

Divergence de point de vue en matière de liberté universitaire.

par MARK MERCER | 20 OCT 11

De l’avis de Peter MacKinnon, la liberté universitaire ne constitue pas une fin en soi (« Définir et défendre la liberté universitaire »). Elle sert une cause, celle de « faire progresser la recherche universitaire au profit de la recherche de la vérité ».

Ainsi, selon M. MacKinnon, professeur de droit et recteur de l’Université de la Saskatchewan, la liberté universitaire ne devrait pas servir à protéger les professeurs dont les écrits ou les paroles n’ont pas pour but de faire progresser la recherche universitaire. Les syndicats de professeurs devraient le reconnaître et se retirer lorsque les administrateurs s’attaquent au cas de professeurs irresponsables. Il est préférable qu’ils se tiennent à l’écart pour que les administrateurs puissent protéger les valeurs universitaires et préserver l’indépendance et l’autogouvernance de leur établissement.

M. MacKinnon a cependant tort de penser que la liberté universitaire n’a aucune valeur en soi. Elle en a une, au même titre que la liberté d’expression. La liberté universitaire, et la liberté d’expression sur les campus en général, est une valeur intrinsèque du mode de vie du chercheur. La liberté de dire ce que bon nous semble, comme bon nous semble, est un privilège que nous devons chérir et protéger comme une fin en soi, puisqu’il fait partie intégrante de notre identité d’universitaires.

L’essai Why Academic Freedom, de Ronald Dworkin, illustre parfaitement le point de vue selon lequel la liberté universitaire n’est ni nécessaire, ni même utile à la recherche universitaire, mais qu’il s’agit plutôt d’une valeur intrinsèque à la vie et aux idéaux de l’universitaire. Dans son ouvrage, M. Dworkin explique que les universitaires, les scientifiques et les intellectuels accordent de l’importance au savoir, mais également à la compréhension et à l’apprentissage, et ne se soumettent donc à aucune pression dans le cadre de leurs recherches, autre que celle de la preuve et de l’argument. Ils se regroupent dans les universités pour faire partie d’une communauté de pairs. Par respect pour leurs collègues, ils accordent à tous les membres de leur communauté la liberté d’expression et la liberté hors de toute pression institutionnelle, sociale ou politique qui les obligerait à penser d’une façon plutôt que d’une autre.

Pour l’universitaire, l’important n’est pas d’avoir des convictions, mais de les avoir pour les bonnes raisons. Ces bonnes raisons constituent cependant un sujet de recherche en soi; elles ne peuvent être imposées par une autorité, ni par un doyen ou un vice-recteur à l’enseignement, ni même par la discipline ou la communauté d’universitaires.

La justification du financement public des universités – en tant que communautés d’universitaires – repose sans doute sur le fait qu’elles doivent produire des connaissances et se pencher sur des phénomènes utiles à la société. Ce n’est toutefois pas l’unique justification. Le fait que les universités, à titre de communautés d’universitaires, se définissent par une culture d’indépendance qui constitue un moyen de défense contre la conformité culturelle a également son importance. Il arrive à l’occasion que les jeunes qui fréquentent l’université goûtent à l’indépendance et à l’anticonformisme et inculquent ce goût à d’autres après l’obtention de leur diplôme.

Selon une critique courante de la pleine liberté universitaire et de la pleine liberté d’expression sur les campus, l’activité savante et l’enseignement doivent être protégés des charlatans, et protection rime avec contrôle. À moins que les administrateurs ne disposent de moyens pour bâillonner ceux qui nient l’existence de l’Holocauste, qui se disent détenteurs de la vérité sur les attentats du 11 septembre ou qui mettent en doute les changements climatiques, la recherche sera pervertie et les étudiants décrocheront leur diplôme sous le signe de l’ignorance et du cynisme.

Cette critique de la liberté universitaire, partagée par presque tous les administrateurs (et, dans une assez large mesure, par les professeurs), témoigne d’un grave problème au sein des universités à l’heure actuelle. La réponse est évidente : la preuve et l’argument sont les seules protections dont la recherche et l’enseignement ont besoin. Comme M. MacKinnon et d’autres administrateurs réclament des moyens de faire pression sur les professeurs irresponsables pour les ramener dans le droit chemin, nous ne remplissons peut-être pas nos responsabilités, à titre de défenseurs de la liberté d’expression sur les campus, en n’exerçant pas suffisamment notre sens critique envers nos pairs. Le problème vient-il du fait que les universitaires d’aujourd’hui sont trop « gentils » et cherchent davantage à respecter le point de vue de leurs collègues qu’à les respecter en tant qu’universitaires?

Bien entendu, même si les problèmes que les administrateurs attribuent à la pleine liberté universitaire sont en réalité mineurs, voire inexistants, nous devrions tout de même, en tant que professeurs, faire tout en notre pouvoir pour raviver le sens critique sur les campus. Non seulement parce que cette action sera bénéfique à la recherche et à l’enseignement, mais surtout parce que c’est une source de plaisir pour les universitaires qui se consacrent à la vie de l’esprit de croiser le fer intellectuellement lorsque l’occasion se présente.

Mark Mercer enseigne au département de philosophie de la Saint Mary’s University.

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