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À mon avis

L’avenir de l’« édugration » au Canada : le cas de la Saskatchewan

En raison du plafond du nombre d’étudiantes étrangères et d’étudiants étrangers imposé récemment par le gouvernement fédéral, la province des Prairies sera désormais en concurrence avec les autres provinces pour puiser dans un bassin potentiel restreint.

par LECIA ELLIS & MICHAEL COTTRELL | 06 JUIN 24

L’internationalisation de l’enseignement supérieur incite des millions d’étudiantes et étudiants à poursuivre leurs études à l’étranger et devrait générer des retombées d’un demi-milliard de dollars américains d’ici 2030. Au cours de la dernière décennie, le Canada a considérablement augmenté sa part de ce secteur très lucratif, enregistrant une hausse de 400 pour cent du nombre de titulaires de permis d’études (Canada International Students Statistics, 2023). En 2020, la clientèle étrangère représentait 24 pour cent de la population des établissements postsecondaires au Canada, contribuant pour plus de 20 milliards de dollars au produit intérieur brut (PIB) du pays. Jusqu’à récemment, les étudiantes étrangères et étudiants étrangers cherchaient à obtenir des diplômes universitaires de qualité, principalement dans les pays anglophones, puis retournaient faire carrière dans leur pays d’origine. Aujourd’hui, un nombre croissant d’étudiantes étrangères et étudiants étrangers viennent étudier au Canada dans le but de travailler au pays et d’obtenir la citoyenneté canadienne après l’obtention de leur diplôme. Le terme « édugration », contraction des mots « éducation » et « immigration », décrit ce phénomène.

Même si elle comporte des avantages évidents, la hausse de la clientèle étrangère dans les établissements postsecondaires canadiens présente certains défis. Par exemple, dans de nombreuses villes canadiennes, la présence d’un grand nombre d’étudiantes étrangères et d’étudiants étrangers aggrave les problèmes de disponibilité et d’abordabilité du logement. On craint que les établissements ne les exploitent en leur facturant des droits de scolarité exorbitants pour des programmes de qualité douteuse. De plus, la transition des étudiantes étrangères et étudiants étrangers vers le marché du travail canadien après l’obtention de leur diplôme est loin de se faire sans heurts puisqu’un grand nombre disent connaître de longues périodes de chômage ou de sous-emploi.

Plus tôt cette année, le gouvernement fédéral a annoncé l’imposition d’un plafond pour les inscriptions d’étudiantes étrangères et d’étudiants étrangers, qui représente une réduction de 35 % par rapport au nombre d’inscriptions enregistré en 2023. Cette mesure vise à permettre une meilleure répartition de la population étudiante étrangère à l’échelle nationale et une meilleure surveillance des programmes d’études destinés principalement à cette population. Si les directions d’établissements postsecondaires du pays suivent la situation avec beaucoup d’intérêt, les conséquences du plafonnement pour le secteur postsecondaire en Saskatchewan sont particulièrement importantes.

La Saskatchewan est la troisième province canadienne qui attire le moins d’étudiantes étrangères et d’étudiants étrangers dans ses établissements postsecondaires, alors qu’elle a sans doute plus besoin de ces inscriptions que la plupart des autres provinces pour maintenir son effectif étudiant, compte tenu de la diminution du nombre de personnes d’âge universitaire au sein de sa population. La Saskatchewan a également du mal à retenir les étudiantes étrangères et étudiants étrangers après l’obtention de leur diplôme, ce qui reflète la tendance d’émigration ou d’« exode des cerveaux » observée depuis longtemps dans la province, avec des conséquences négatives évidentes pour le développement économique local. Mais surtout, le fait que près de 20 % de la population de la Saskatchewan soit autochtone crée une dynamique démographique unique au Canada. L’inégalité des résultats obtenus par les Autochtones lors des études primaires et secondaires signifie que les établissements postsecondaires de la Saskatchewan disposent d’un bassin de candidates et de candidats qualifiés beaucoup plus restreint, et cette même dynamique pose d’importants problèmes pour garantir une main-d’œuvre provinciale dûment qualifiée.

Conséquences du plafond pour la Saskatchewan

Depuis sa création en 1998, le Programme des candidats à l’immigration de la Saskatchewan (PCIS) ne fixe pas de plafond et pourtant, les taux de sélection des étudiantes étrangères et étudiants étrangers dans la province sont parmi les plus bas. Le plafonnement des inscriptions ne garantit pas qu’un plus grand nombre d’étudiantes étrangères et d’étudiants étrangers seront dirigés vers la Saskatchewan, que les attributions de places au titre du PCIS augmenteront ni que l’intégration de la main-d’œuvre étudiante étrangère sera améliorée. Alors, quelles sont les entités qui inciteront la population étudiante étrangère à venir s’installer en Saskatchewan ?

Il convient de noter que le nombre total de titulaires potentiels de permis d’études en Saskatchewan (15 054) n’a augmenté que de 10 % par rapport à l’année dernière. Néanmoins, il semble logique de supposer que, quels que soient les détails, la Saskatchewan sera désormais en concurrence avec les autres provinces pour attirer un bassin potentiel restreint d’étudiantes étrangères et d’étudiants étrangers. Dans cet environnement compétitif, les établissements postsecondaires de la province devront redoubler d’efforts et se plier aux nouveaux impératifs de l’« édugration ». Selon les résultats préliminaires de nos propres recherches, ces efforts doivent inclure un renforcement de l’aide pédagogique, matérielle et financière à la population étudiante étrangère; de plus nombreuses possibilités de stages, d’apprentissage par l’expérience et de placements professionnels dans le cadre des programmes d’études afin que ces étudiantes et étudiants puissent vivre l’« expérience professionnelle canadienne » si importante pour les employeurs; une collaboration plus étroite avec les villes et la province pour garantir la prestation de services adéquats, notamment en matière de logement; une collaboration beaucoup plus étroite avec les gouvernements, les diplômées et diplômés, les organismes professionnels et les employeurs, à la fois pour faciliter la transition des étudiantes étrangères et étudiants étrangers vers la main-d’œuvre locale après l’obtention de leur diplôme et pour permettre un parcours moins compliqué vers la citoyenneté pour celles et ceux qui souhaitent rester dans la province.

Si de telles promesses sont faites et tenues, la Saskatchewan pourra tirer parti de l’internationalisation et maximiser les contributions économiques et sociales de cette main-d’œuvre diplômée qualifiée. Il est également important de noter que bon nombre de ces efforts peuvent améliorer de manière significative la qualité des programmes d’études et la préparation à la vie professionnelle des étudiantes et étudiants autochtones et autres, en veillant à ce que les avantages de l’internationalisation soient largement répartis.

Cette chronique est coordonnée par la communauté de pratique sur l’internationalisation des services aux étudiants de l’Association des services aux étudiants des universités et des collèges du Canada (ASEUCC). Si vous avez des questions ou des commentaires, veuillez écrire à [email protected].

 

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