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À mon avis

L’avenir des stagiaires en recherche au Canada une fois la pandémie terminée

Les stagiaires en recherche sont le moteur de la découverte scientifique et pourtant, ils sont très nombreux à se retrouver dans une situation financière précaire.

par FARAH QAISER, SAM GARNETT, SHAWN MCGUIRK, KIMBERLY GIRLING, TINA GRUOSSO, FRANK TELFER, MOLLY SUNG, TEJ HEER & SIVANI BASKARAN | 02 JUIN 20

Dans une situation de crise sanitaire comme la pandémie de COVID-19, le caractère important et urgent de la recherche scientifique ne fait aucun doute. Les mesures d’intervention du gouvernement fédéral le démontrent clairement : plusieurs nouveaux investissements et programmes propulsent les sciences à l’avant-scène de la gestion de la pandémie. Au moment de rédiger le présent article d’opinion, ces mesures comprenaient une stratégie d’investissement de 1,1 milliard de dollars pour renforcer les activités de recherche liées à la COVID-19, la création d’un Groupe de travail sur l’immunité face à la COVID-19, de nouveaux mécanismes pour renforcer la collaboration dans le milieu scientifique et diverses mesures de soutien offertes au milieu de la recherche par les organismes subventionnaires fédéraux.

Il était essentiel d’investir pour surmonter la pandémie de COVID-19. N’empêche que ses répercussions sur le milieu canadien de la recherche en particulier sur les stagiaires en recherche – pour la plupart des étudiants aux cycles supérieurs et des chercheurs postdoctoraux qui ne reçoivent qu’une modeste allocation – se feront sentir bien après sa disparition. Les stagiaires en recherche sont le moteur de la découverte scientifique au Canada et pourtant, bon nombre d’entre eux se retrouveront en situation financière précaire, même s’ils ont la chance de recevoir des bourses et des subventions supplémentaires.

Aide temporaire

En cette période de pandémie de COVID-19, des initiatives de soutien aux chercheurs fournissent une aide temporaire à de nombreux stagiaires en recherche, à savoir aux titulaires de bourses ou de bourses de recherche fédérales, et certains titulaires de subventions de recherche fédérales font de la recherche dans des domaines prioritaires liés à la COVID-19 ou cherchent un emploi à temps partiel ou à temps plein. Malheureusement, ce financement ne vise pas tous les talents émergents. Les allocations aux stagiaires en recherche proviennent de diverses sources. Or, il se peut que le soutien offert par les laboratoires dont la situation financière était déjà précaire avant la pandémie diminue. La COVID-19 entraînera aussi des répercussions à court et à long terme qu’un financement seul ne pourra pas régler. Dès lors, une question s’impose : que faire pour protéger la prochaine génération de scientifiques et l’avenir des sciences au Canada?

Pour y répondre, le Toronto Science Policy Network (TSPN), un groupe d’étudiants de l’Université de Toronto qui s’intéresse aux politiques et aux sciences, vient de réaliser un sondage pour évaluer l’incidence de la COVID-19 sur les étudiants aux cycles supérieurs du Canada. Ce sondage, auquel plus de 1 200 personnes ont répondu, examinait divers aspects : adaptation au travail à domicile, sentiment d’être appuyé en ces circonstances uniques, répercussions de la COVID-19 sur la santé, le bien-être, les travaux de recherche, le financement et les exigences en matière d’enseignement ou de cours. Il comprenait également des questions au sujet des étudiants étrangers, que seuls quelques programmes d’aide fédéraux ont visés jusqu’à maintenant.

Le sondage du TSPN interroge les stagiaires sur leurs sources de financement actuelles et leurs éventuelles inquiétudes concernant leurs finances personnelles et leur stabilité financière à court et à long terme, une question qui était déjà source de préoccupation avant la pandémie. Dans le cadre du sondage de 2019 de Dialogue Sciences et Politiques, une organisation à but non lucratif dirigée par des stagiaires en recherche à Montréal, 47 pour cent des personnes interrogées ont cité le nombre limité de subventions comme principal obstacle au sein de l’écosystème des subventions fédérales, et ceux (66 pour cent) qui ont reçu du financement des organismes subventionnaires ont indiqué avoir besoin de trouver du financement supplémentaire pour subvenir à leurs besoins pendant leurs études supérieures. Il importe aussi de souligner que les difficultés mentionnées par les stagiaires variaient considérablement selon la citoyenneté, le sexe et les facteurs socioéconomiques, un manque de soutien amplifiant les enjeux systémiques propres à certains groupes.

Obstacles à la productivité en matière de recherche

Au cours des prochaines années, il sera probablement encore plus difficile pour les stagiaires, particulièrement touchés par les dérèglements causés par la COVID-19, d’obtenir ces subventions attribuées par concours. Outre l’apprentissage à distance qui soulève son lot de défis, les données révèlent que les femmes et les membres de groupes marginalisés, par exemple la communauté LGBTQ, sont ceux dont les travaux sont les plus entravés par la pandémie. Selon un sondage mené récemment auprès de plus de 5 000 chercheurs en début de carrière et d’étudiants inscrits au doctorat au Royaume-Uni, la majorité des participants s’inquiètent de leurs finances et des effets négatifs de la pandémie sur leurs activités de collecte de données, d’analyse et sur leurs projets d’avenir, mais ils se disent généralement satisfaits du soutien offert par leurs établissements, superviseurs et gestionnaires. Le sondage du TSPN vise à faire la lumière sur ces préoccupations qui pourraient miner la capacité d’une cohorte entière de stagiaires à poursuivre ou à terminer ses études supérieures et nuire à ses perspectives d’avancement, notamment dans le milieu universitaire.

Qui plus est, les stagiaires sont particulièrement sensibles au fardeau émotionnel et mental associé à l’isolement imposé et à la distanciation physique. Il existe peu de données propres au Canada, mais beaucoup de sondages menés à l’échelle internationale, aux États-Unis, au Royaume-Uni et ailleurs dans le monde indiquent que les stagiaires sont beaucoup plus susceptibles que les autres d’avoir des problèmes de santé mentale tels que l’anxiété et la dépression. Des mesures de soutien sont en place, mais dans bien des cas, les cliniques universitaires et les services de santé mentale ont considérablement réduit leurs activités en raison de la COVID-19. Le sondage du TSPN tente également d’évaluer l’incidence de la COVID-19 sur la santé mentale des stagiaires en les interrogeant sur la satisfaction de leurs besoins avant la pandémie et sur ce qui a changé au cours des derniers mois.

Planification de la prochaine année universitaire

Le sondage du TSPN s’intéresse aussi à la planification de la prochaine année universitaire et, dans le cas de ceux qui terminent leurs études, à l’éventuelle incidence de la pandémie sur les prochaines étapes inscrites au plan de carrière. Il s’agit d’une question importante, à l’heure où les établissements postsecondaires définissent les modalités de réouverture en septembre 2020; bon nombre ayant déjà annoncé un semestre d’automne principalement axé sur l’enseignement virtuel. Un sujet n’a cependant pas été effleuré : le retour aux études supérieures des stagiaires qui travaillent en personne dans les laboratoires de recherche. Pour combler cette lacune, Dialogue Sciences et Politiques a lancé un court sondage complémentaire, afin de recueillir les impressions des stagiaires concernant la reprise de leurs activités de recherche.

Le TSPN et Dialogue Sciences et Politiques diffuseront bientôt les résultats de ces deux sondages et tenteront d’orienter la prise de décisions à l’échelle des établissements et du gouvernement fédéral au lendemain de la pandémie de la COVID-19. Les résultats obtenus permettront également de mieux comprendre les difficultés auxquelles les stagiaires du Canada font face et de définir les meilleurs mécanismes de soutien pendant et après la pandémie. Nous vivons une situation sans précédent. En agissant immédiatement, nous saurons appuyer adéquatement les stagiaires qui sont au cœur du milieu de la recherche au Canada.

Farah Qaiser (présidente, cofondatrice), Frank Telfer (gestionnaire des communications externes), Molly Sung (cofondatrice) et Sivani Baskaran (vice-présidente, cofondatrice) sont membres du Toronto Science Policy Network. Sam Garnett (coprésidente), Shawn McGuirk (ancien président) et Tina Gruosso (ancienne présidente) sont membres de Dialogue sciences et politiques. Kimberly Girling (directrice générale intérimaire) et Tej Heer (associé de recherche principal) travaillent à Evidence for Democracy.

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