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À mon avis

Le Canada a besoin du sport universitaire

Le sport universitaire contribue à renforcer les liens entre les universités et les collectivités locales tout en formant des citoyens sains et instruits.

par RICHARD PRICE | 16 AVRIL 14

Dans un article d’opinion récemment publié par Affaires universitaires, Todd Pettigrew soutient que le sport universitaire devrait disparaître. Aussi bien en tant qu’ancien athlète universitaire qu’à titre de professeur engagé dans le sport universitaire, j’aimerais exposer quelques-unes des raisons pour lesquelles je suis en désaccord avec la position de M. Pettigrew.

Premièrement, l’argument de M. Pettigrew selon lequel le sport universitaire coûte trop cher n’est qu’accessoire et masque sa conviction réelle, à savoir que le sport universitaire n’a aucune raison d’être. D’une part, le coût de quoi que ce soit est bien relatif : bien faire les choses, quelles qu’elles soient, exige que l’on y consacre le financement nécessaire.

D’autre part, chacun sait bien que le sport universitaire au Canada est largement sous-financé. Rien n’en témoigne mieux que le cas des quelque 4 000 étudiants canadiens qui, en 2012-2013, se sont expatriés aux États-Unis faute de pouvoir bénéficier au Canada d’un financement à la hauteur de leur talent, de leurs ambitions sportives et de leurs aspirations sur le plan des études.

Si la suppression du sport universitaire à laquelle appelle M. Pettigrew se concrétisait, les premières victimes en seraient les quelque 11 000 athlètes universitaires restés au pays qui bénéficient actuellement des programmes de Sport interuniversitaire canadien (SIC). Certains athlètes universitaires de talent ont aujourd’hui la possibilité de poursuivre la pratique de leur discipline au sein de clubs ou de ligues professionnelles, qu’il s’agisse du hockey masculin au Canada, du baseball aux États-Unis, et même de la plupart des sports hors des systèmes universitaires de ces deux pays. Pourtant, les étudiants qui ont le choix entre les milieux sportifs professionnel et universitaire sont plus nombreux que jamais à opter pour la poursuite de leurs études tout en s’adonnant au sport universitaire, voyant là la meilleure façon de devenir des citoyens sains et accomplis. Un grand nombre d’entre eux comptent parmi les plus brillants éléments universitaires et sont des étudiants très appréciés en classe comme au sein de leur établissement et de la collectivité. Pour les autres, le désir de progresser dans la pratique du sport universitaire constitue souvent une incitation à exceller dans leurs études. Tout membre du milieu sportif a en tête des exemples d’étudiants qui, sans la pratique d’un sport universitaire, auraient abandonné leurs études; grâce au sport, beaucoup ont persisté, obtenu leur diplôme et les avantages qui s’y rattachent.
M. Pettigrew ne mentionne pas non plus dans son article d’opinion le grand nombre de dirigeants communautaires et universitaires, de chefs d’entreprise et de leaders de tous ordres qui ont su grandement tirer profit de la pratique sportive pendant leurs études universitaires. Les anciens athlètes universitaires sont aujourd’hui omniprésents dans notre société, y compris au sein des conseils d’administration des entreprises et des gouvernements. En effet, de très nombreux députés ont été des adeptes du sport universitaire; c’est même le cas de l’actuel gouverneur général! Nombre de ces anciens athlètes s’emploient désormais à rendre à la collectivité un peu de ce qu’ils ont reçu en devenant entraîneurs dans le cadre de structures communautaires ou scolaires, dans le but de transmettre leur enthousiasme et leur connaissance du sport acquise pendant leurs études universitaires.

Par ailleurs, en se préoccupant des récents scandales associés au sport universitaire, M. Pettigrew oublie de faire état de tout ce qu’apporte celui-ci. Il importe de s’interroger : les écarts de conduite qu’on a pu observer sont-ils imputables à la structure même du sport universitaire, ou simplement à certains de ceux qui le pratiquent? Sans excuser les comportements inacceptables auxquels on a pu assister, il faut reconnaître que le Canada est loin d’être aux prises avec le problème structurel qui touche les États-Unis, où les scandales au sein des universités engendrent des milliards de dollars en contrats. Pourtant, le cas des universités américaines a été porteur d’une leçon salutaire pour les recteurs des universités canadiennes, qui se sont récemment engagés à lutter contre les écarts comportementaux associés au sport universitaire tout en insistant sur la contribution de celui-ci à la poursuite de l’excellence.

La vraie question à se poser est la suivante : quels sont les avantages du sport dans le cadre des études postsecondaires? Pourquoi le sport de compétition est-il pratiqué au sein des établissements secondaires? Pourquoi 55 universités canadiennes affirment-elles aujourd’hui que le sport a sa place au sein du milieu universitaire?

Sur le plan financier, le raisonnement simpliste de M. Pettigrew ne tient pas. Il semble en effet oublier les revenus que génèrent certains programmes sportifs. Preuve en est que certains départements d’éducation physique fonctionnent aujourd’hui en toute autonomie, sans faire appel aux ressources de leur établissement pour financer les salaires de leurs professeurs; les programmes sont aussi essentiellement financés à même certaines ressources, comme les frais de scolarité. Des études ont par ailleurs montré que les anciens athlètes universitaires donnent davantage à leur alma mater que ne le fait la moyenne des anciens (jusqu’à trois fois plus dans le cas d’une des plus grandes universités canadiennes). En outre, ces anciens athlètes ne se contentent pas de consentir des dons au profit des programmes sportifs; ils contribuent également au financement de programmes d’études, de bourses d’études et d’autres formes d’aide financière. Leur contribution est d’ailleurs de plus en plus vitale à l’heure où le financement gouvernemental ne cesse de diminuer.

La présence d’athlètes d’élite au sein des universités contribue à maints égards à intensifier la recherche et l’apprentissage qui s’y effectuent. Elle permet entre autres aux étudiants d’avoir accès à des stages axés sur l’entraînement sportif, la médecine sportive, la gestion des événements, le marketing et la psychologie sportive. Les personnes qui pratiquent le sport de compétition possèdent généralement trois qualités fort prisées des employeurs : le sens de l’organisation, l’esprit d’équipe et l’aptitude au leadership. Si elle était retenue, la proposition de M. Pettigrew conduirait à moins d’engagement de la part des universités dans leurs collectivités locales, où les équipes sportives et leurs athlètes participent à un large éventail d’activités de sensibilisation, de bienfaisance, d’entraînement et de mentorat. Le sport universitaire permet souvent aux étudiants de vivre des expériences à l’international et d’asseoir la réputation de leur établissement. Par exemple, lors des Jeux olympiques de Londres, en 2012, tous les nageurs universitaires canadiens présents provenaient d’établissements membres de SIC : difficile pour ces établissements de trouver meilleur moyen d’accroître leur notoriété aux yeux du monde!

La présence d’athlètes sur les campus pousse depuis longtemps les professeurs et les étudiants aux cycles supérieurs à mener de la recherche connexe au sport universitaire comme, par exemple, l’étude du mécanisme cérébral qui assure la coordination des mains et des yeux effectuée grâce à la participation d’athlètes. Des professeurs d’écoles de médecine canadiennes sont parfois invités à intégrer la délégation nationale dans le cadre de compétitions internationales, comme les Jeux olympiques. Des universités et des instituts sportifs s’allient pour faire de la recherche sur la résistance aux chocs, sur l’endurance humaine et sur les technologies axées sur la performance.

Pourquoi les universités canadiennes ne seraient-elles pas à l’avant-garde des connaissances et des pratiques liées à un moteur aussi puissant qu’est le sport pour notre société, mais également pour de nombreuses personnes, et ce, tout au long de leur vie?

Pour les nombreux étudiants qui affirment dans le cadre d’enquêtes universitaires se sentir étrangers à la collectivité, la pratique du sport de compétition est un moyen d’acquérir un sentiment d’appartenance. Le sport stimule les facultés cognitives et comporte bien d’autres vertus pour la santé. Les athlètes universitaires constituent souvent pour autrui une source d’inspiration bienvenue, incitant par leur exemple à la pratique du sport à une époque où le Canada est, selon certains, aux prises avec une épidémie d’obésité et de problèmes de santé connexes.

En somme, M. Pettigrew plaide pour une société en moins bonne santé et moins instruite qu’elle ne l’est actuellement. La concrétisation de sa vision mènerait à un désengagement des universités au sein des collectivités, en plus de priver d’un plaisir légitime les quelque 11 000 athlètes universitaires canadiens aux talents multiples qui s’emploient chaque jour à se surpasser – sans parler de tous leurs supporteurs.

Richard Price est professeur de sciences politiques à la University of British Columbia et conseiller principal auprès du recteur de cet établissement. Il a pratiqué le basketball universitaire pendant ses études à la University of Alberta.

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