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À MON AVIS

Le Centre de recherches pour le développement international accorde une grande importance à l’avenir des jeunes chercheurs

Une réponse à la lettre d’opinion « Le Canada ne doit pas abandonner ses jeunes chercheurs en santé mondiale ».

par JEAN LEBEL | 17 JAN 18

J’ai lu avec intérêt les points que soulève Valéry Ridde (dans son article du 4 janvier 2018) concernant le financement de la recherche en santé mondiale. Sachez que l’avenir des jeunes chercheurs dans ce domaine revêt une grande importance pour le Centre de recherches pour le développement international (CRDI) qui, en partie, tire sa force de ses récipiendaires canadiens de bourses et de subventions œuvrant à créer des systèmes de santé solides, équitables et bien gérés.

C’est pour cela que nous continuons à octroyer des bourses et des subventions de recherche à des chercheurs canadiens en santé mondiale : 18 d’entre eux effectuent actuellement des recherches dont la valeur atteint 7 millions de dollars, tandis que 14 doctorants ont bénéficié de bourses pour leurs travaux dans ce domaine entre 2015 et 2017. Des subventions de l’ordre de 21,5 millions de dollars appuient aussi 30 chercheurs canadiens qui effectuent de la recherche dans les domaines de la médecine, de la nutrition, de la vaccination et d’autres domaines reliés à la santé.

Nous ne possédons aucune politique qui nous empêche de subventionner des postdoctorants et des jeunes chercheurs. Nous avons d’ailleurs accordé un financement de 10 millions de dollars au programme de Bourses canadiennes du jubilé de diamant de la reine Elizabeth II destinées aux chercheurs doctoraux, postdoctoraux et en début de carrière. Ces bourses sont octroyées tant au Canada que dans des pays à revenu faible et intermédiaire. Parmi les 130 boursiers canadiens, 18 se pencheront sur des thèmes liés à la santé mondiale.

Il n’empêche que nous partageons la préoccupation de M. Ridde concernant l’avenir incertain des jeunes chercheurs canadiens qui œuvrent en santé mondiale. Ayant à se mesurer à des chercheurs plus chevronnés dans chaque concours, ils n’obtiennent pas souvent le rôle de chercheur principal. La précarité chez les chercheurs en début de carrière relève surtout d’un besoin de concertation nationale qui pourrait aider à consolider les bases de la recherche en santé mondiale au Canada.

La programmation en santé du CRDI a toujours intégré le renforcement des capacités des étudiants dans ses critères de subventions. Par exemple, dans le cadre du programme Innovation pour la santé des mères et des enfants d’Afrique — financé par le CRDI, les Instituts de recherche en santé du Canada et Affaires mondiales Canada — 60 étudiants participent aux travaux de recherches et le tiers d’entre eux sont inscrits à des universités canadiennes.

Le mandat principal du CRDI est d’investir dans le savoir et l’innovation en vue d’impulser des changements positifs à vaste échelle dans les pays en développement. Pour ce faire, la recherche que nous finançons doit être ancrée dans le contexte local et ne pas être dirigée de l’extérieur. Il va donc de soi que la majorité de nos ressources soient dirigées aux chercheurs affiliés à des établissements situés dans les pays en développement, qui sont très souvent pleinement en mesure de gérer ces fonds de recherche ou qui pourraient l’être s’ils bénéficiaient d’un appui ciblé. Ce sont ces chefs de file d’aujourd’hui et de demain qui trouveront et appliqueront les améliorations durables, et qui feront avancer leurs pays. Ces principes nous guident non seulement en matière de santé mondiale mais aussi dans les autres domaines dans lesquels nous intervenons, tels la sécurité alimentaire, l’emploi chez les femmes et les jeunes, ainsi que la technologie et l’innovation.

Les critères d’éligibilité de nos subventions de recherche sont clairement énoncés et toute proposition qui répond à un appel à propositions est revue par un comité international de sélection composé par des pairs. Les propositions spontanées sont aussi revues selon un processus rigoureux et bien documenté.

Le livre Une vie saine pour les femmes et les enfants vulnérables repose sur 15 années de recherche sur les systèmes de santé et 165 projets de recherche. Nous avons décrit environ 25 projets dans le livre et, voulant faire preuve d’esprit de synthèse, nous avons dû nous limiter à citer les institutions où se trouvaient les chercheurs principaux.

Nous serions heureux de participer à un dialogue qui aiderait à surmonter le manque de concertation dans le domaine de la santé mondiale au Canada et d’aborder les critères de recrutement et de promotion des chercheurs dans les universités. Nous connaissons par ailleurs des pratiques adoptées par certaines universités dans des pays en développement, telles que la reconnaissance de l’engagement communautaire comme critère de promotion, ce qui pourrait servir d’exemple pour alimenter les discussions.

Jean Lebel est président du Centre de recherches pour le développement international.

COMMENTAIRES
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  1. Ridde Valéry / 19 January 2018 at 15:47

    Il faut saluer la volonté du CRDI à engager un dialogue sur le financement des jeunes chercheurs canadiens, en espérant qu’il en prenne le leadership de cette concertation nationale suggérée, sinon personne ne le fera.
    Il me semble cependant que la réponse proposée dans ce texte ne répond pas à l’alarme que je souhaitais tirer. Mon texte n’abordait pas la participation de canadiens à des financements du CRDI mais leur capacité, surtout pour les jeunes chercheurs, d’en être les chercheurs principaux, afin de leur permettre de construire leur carrière.
    Les bourses de la Reine ne bénéficient qu’aux travaux dans les pays du Commonwealth, qui sont loin d’être les pays les plus pauvres. Nous connaissons tous les enjeux politiques de ce programme. Si les jeunes chercheurs et postdoctorants canadiens peuvent recevoir des bourses distribuées par les programmes gérés par les universités canadiennes, ces jeunes chercheurs n’ont pas le droit d’être chercheurs principaux de ces programmes qui sont dirigés par des chercheurs séniors !
    Je ne reviendrai pas sur la sélection opérée dans le livre et le choix délibéré de ne pas citer la contribution des chercheurs canadiens.

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