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À mon avis

Le recrutement et la rétention de talent sont essentiels pour la relance après la pandémie

La reprise économique et sociale passe notamment par une hausse substantielle des budgets des trois organismes subventionnaires.

par ABRAHAM FUKS, JOHN BERGERON & NAHUM SONENBERG | 15 AVRIL 21

Lors de sa première conférence de presse, le président américain Joe Biden s’est engagé à tripler le pourcentage du produit intérieur brut consacré à la recherche fondamentale et aux investissements dans la science. À la fin du mois de mars, le Congrès américain a présenté à la Chambre des représentants une loi bipartisane visant à doubler le budget de la Fondation nationale des sciences, qui passerait de 8,5 à 18,3 milliards de dollars en 2026. La loi propose la création d’une direction des solutions en science et en ingénierie. Le nombre de bourses de recherche prestigieuses aux cycles supérieurs passerait ainsi de 2 000 à 3 000 par an. Pour justifier l’investissement, un membre de la Chambre des représentants a déclaré : « La recherche de solutions aux problèmes scientifiques et sociétaux inspire les chercheurs et les étudiants. Par cette loi, nous voulons inspirer. »

Les Canadiens sont bien conscients du rôle que joueront les vaccins pour la sortie de crise et la relance économique, qui doit également être stimulée par le prochain budget fédéral. Ils sont cependant moins au fait des contributions importantes des scientifiques et des entrepreneurs canadiens aux travaux de recherche qui ont permis de concevoir les vaccins à ARN messager et à adénovirus ainsi que les liposomes nécessaires au transport du vaccin à l’intérieur du corps humain. Ces innovations scientifiques canadiennes résultent de nombreuses décennies d’investissements dans les organismes subventionnaires du Canada et de leur soutien à la recherche fondamentale et à l’activité savante. Le rendement de ce capital investi est assez extraordinaire compte tenu du faible coût de la recherche (des millions sur plusieurs décennies) comparativement aux immenses économies (plusieurs milliards) qui seront réalisées en écourtant la pandémie d’un an ou plus et en mettant fin à la Prestation canadienne d’urgence et aux autres paiements de soutien. La fin de la pandémie ouvrira la porte à la reprise économique et l’administration des vaccins engendrera bien sûr une réduction spectaculaire de la mortalité et de la morbidité.

Le Canada peut amorcer une reprise économique solide en investissant dans le capital humain et dans les dossiers prioritaires pour la société. C’est ce que révèle une entrevue récente avec Mark Carney, dans laquelle l’ancien gouverneur de la Banque du Canada et de la Banque d’Angleterre souligne les engagements pris à l’égard des changements climatiques et de la santé des Canadiens. Les investissements gouvernementaux peuvent inciter le secteur privé à contribuer au maintien et à l’amélioration de la qualité de vie que tous les Canadiens chérissent. De tels investissements du secteur public et des innovations du secteur privé restaureront une économie florissante et dynamiseront le Canada.

Les politiques misant sur le capital humain peuvent écarter des crises qui surviendraient inévitablement en l’absence de planification adéquate, comme les pandémies, les changements climatiques et le devoir de traiter, juguler et prévenir le cancer, le diabète, les maladies neurodégénératives et les troubles mentaux. Nous devons motiver, former et appuyer les scientifiques qui déchiffrent les causes et les mécanismes de ces maladies, et qui donnent ainsi naissance aux innovations technologiques permettant de nouveaux traitements et méthodes de prévention.

Les investissements de base et continus dans la recherche fondamentale ont permis la découverte de vaccins contre la polio dans le passé et contre la COVID-19 aujourd’hui. Ces vaccins sont issus des travaux de talentueux chercheurs canadiens soutenus par les Instituts de recherche en santé du Canada (IRSC), le Conseil de recherches en sciences humaines et le Conseil de recherches en sciences naturelles et en génie, qui ont mené à la mise au point de nouvelles techniques de culture de tissus (polio) et à des découvertes sur les vaccins à ARN messager et à adénovirus (COVID-19).

Toutefois, l’avenir qui est à la portée du Canada ne pourra se concrétiser si le gouvernement maintient ses dépenses actuelles dans la science, qui sont de loin les plus basses du G7. Au fil des années, le budget des IRSC a chuté et est passé d’environ 10 pour cent à deux pour cent à peine du budget des National Institutes of Health aux États-Unis.

Depuis 2013, le taux d’attribution de subventions aux IRSC n’a pas augmenté; il stagne autour de 15 pour cent. Le budget récemment alloué aux subventions de fonctionnement des IRSC n’adoucira pas la triste réalité de ce financement non compétitif, même pour les quelques chercheurs qui reçoivent des fonds. Les tout derniers résultats sont identiques à ceux de 2013.

Malheureusement, les IRSC ont éliminé le seul programme dont les subventions étaient compétitives à l’échelle internationale. Le Canada s’expose donc au risque que ses découvertes servent maintenant à mettre au point des technologies novatrices à l’étranger. De plus, les scientifiques de talent et jeunes chercheurs formés au Canada seront tentés de partir travailler dans des laboratoires plus attrayants et mieux financés au sud de la frontière ou en Asie.

Le Canada ne peut pas se permettre d’abandonner le talent dont il a besoin pour réaliser des avancées technologiques révolutionnaires qui appuieront et orienteront la reprise économique et sociale. L’importance de la science dans la relance économique est largement reconnue. L’histoire récente le démontre avec évidence.

Une hausse substantielle et ambitieuse des budgets des trois organismes subventionnaires, accompagnée de politiques gouvernementales qui stimulent l’entrepreneuriat et l’innovation, est essentielle pour recruter et retenir la nouvelle génération de scientifiques – hommes et femmes – nécessaires pour relever les défis associés à la reprise à la suite de la pandémie. Les changements transformateurs réalisés au lendemain d’une crise s’avèrent les plus efficaces. Le temps est venu d’agir avec courage pour le bien du Canada!

Abraham Fuks est professeur de médecine et ancien doyen de la Faculté de médecine de l’Université McGill. John Bergeron est professeur émérite Robert Reford, ancien titulaire de la chaire d’anatomie et de biologie cellulaire, et professeur de médecine à l’Université McGill. Nahum Sonenberg est titulaire de la chaire Gilman Cheney en biochimie à l’Université McGill.

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