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À mon avis

Le rôle véritable de l’internationalisation

Au XXIe siècle, le talent relève autant de la diplomatie, du commerce et de la prospérité que de l’éducation et de la découverte.

par LORNA JEAN EDMONDS | 11 JUILLET 12

Vu la publication imminente du très attendu rapport du Comité consultatif sur la stratégie internationale en matière d’éducation, l’attention est une fois de plus tournée vers la raison d’être et le fonctionnement de l’internationalisation de l’enseignement supérieur au Canada. Pour assurer la réussite du Canada dans ce domaine, le Comité (présidé par Amit Chakma, recteur de l’Université Western) et les établissements d’éducation postsecondaire doivent se pencher sur des questions fondamentales, comme les façons de recueillir l’appui de la population. Ils devront soupeser longuement leurs décisions, car celles-ci orienteront le cours des choses pendant nombre d’années et détermineront le rôle que les établissements d’enseignement supérieur du Canada seront appelés à jouer dans la mobilisation du talent et de l’innovation dans le monde. Leurs décisions viendront modifier le milieu de l’innovation au Canada et, de ce fait, la croissance et la stabilité de l’économie, car le talent est en voie de devenir une des ressources naturelles les plus prisées au monde.

Un débat national sur la question est plus que nécessaire. Jusqu’à maintenant, les activités d’internationalisation au Canada ont malheureusement été motivées par des considérations budgétaires plutôt que par une vision ou des principes, partant de l’idée, et de l’expérience, que les frais de scolarité payés par les étudiants étrangers sont une source de revenus pour les gouvernements et les établissements d’enseignement. En fait, les gouvernements ont diminué leurs investissements en enseignement supérieur tout en freinant la hausse des frais de scolarité. Le recrutement d’étudiants étrangers apparaît donc comme une solution rapide et facile. Voilà où nous en sommes actuellement.

Cette façon de voir les choses est toutefois complètement à l’opposé de la reconnaissance croissante à l’échelle mondiale du rôle essentiel que joue l’internationalisation pour les universités et les collèges et, de façon plus générale, pour la société. Elle est également contraire aux stratégies et aux actions de bon nombre de nos partenaires étrangers potentiels. Certains grands pays, qui comptaient auparavant parmi les plus pauvres, sont désormais des puissances de l’économie mondiale du savoir. Il suffit de penser au Brésil, à l’Inde, à la Chine et à l’Afrique du Sud. À l’instar de beaucoup d’établissements et d’organismes chefs de file en Europe et aux États-Unis, ils n’ont pas réduit leur interprétation de l’impératif économique de l’internationalisation de l’enseignement supérieur aux seuls frais de scolarité payés par les étudiants étrangers, considérant plutôt l’internationalisation comme un facteur de création de richesse et de stabilité pour leur.

Ces pays ont également opté pour une approche directe. Ils investissent dans l’éducation, la recherche et le transfert des connaissances afin de renforcer la capacité d’excellence de leurs établissements. Ils tirent pleinement avantage des cybertechnologies d’apprentissage et d’autres modèles d’enseignement novateurs afin de répondre aux besoins en main-d’œuvre des secteurs public et privé. En plus de se livrer à du recrutement stratégique d’étudiants, ils créent des réseaux nationaux et internationaux grâce aux échanges entre étudiants et professeurs en mettant en œuvre une série d’activités internationales ciblées, comme les suivantes :

  • ils encouragent fortement leurs étudiants et leurs professeurs à effectuer des séjours à l’étranger, promeuvent les stages de recherche et de perfectionnement professionnel et les échanges de professeurs, et se dotent de programmes de recrutement de professeurs formés à l’étranger, comme ceux de la Fondation Humboldt (Allemagne), du Conseil chinois des bourses d’études et, tout récemment, Sciences sans frontières (Brésil);
  • ils créent des programmes d’études uniques, comme le modèle de réseautage mondial Monash-Warwick, des concours, comme l’Innovation and Entrepreneurship Global Student Challenge de l’École Polytechnique de Hong Kong et les Global Impact Competitions de l’Université Singularity, ainsi que des bourses d’études et des programmes d’études conjoints ou intercalaires accessibles aux meilleurs étudiants de partout dans le monde;
  • ils créent des associations et des réseaux internationaux d’influence qui permettent de mobiliser le talent et favorisent la recherche et le transfert des connaissances à l’échelle mondiale, l’échange d’information et l’avancement des politiques vouées à l’augmentation des investissements et à la mesure des retombées;
  • en plus de ces associations et réseaux, ils utilisent les cybertechnologies et les médias sociaux comme de puissants outils pour renforcer leur notoriété, joindre leur public cible et améliorer l’accès à de l’information pertinente afin d’appuyer le recrutement et le maintien en poste de ressources de talent.

Ils tirent pleinement parti des collaborations stratégiques avec d’autres universités ainsi qu’avec des entreprises, des ONG, des associations mondiales et leurs anciens étudiants qui sont aujourd’hui à la tête de ces organismes. Ils ont dû créer de nouveaux modèles de partenariats pour permettre aux professeurs et aux étudiants de mener des activités de collaboration dans des régions clés du monde et dans d’importants domaines de recherche, de politique publique et de valorisation. La leçon qui ressort de ces initiatives est claire : au XXIe siècle, le talent relève autant de la diplomatie, du commerce et de la prospérité que de l’éducation et de la découverte. Pour s’assurer une place parmi les pays les plus influents, le Canada doit absolument se doter d’une approche similaire en matière d’internationalisation. Appuyées par une stratégie gouvernementale, les universités canadiennes devraient jouer le rôle suivant sur la scène internationale :

  • créer des associations et des réseaux internationaux qui permettent de mobiliser le talent et favorisent la recherche et le transfert des connaissances à l’échelle mondiale, l’échange d’information et l’avancement des politiques vouées à l’augmentation des investissements et à la mesure des retombées;
  • produire du talent issu de toutes les disciplines et de partout dans le monde pour servir, gérer, gouverner et innover dans les secteurs public et privé;
  • effectuer de la recherche pouvant mener à des découvertes et à une compréhension accrue de problèmes complexes;
  • contribuer aux innovations culturelles, sociales, organisationnelles et scientifiques grâce à la transmission du savoir et à la valorisation;
  • favoriser les relations internationales.

Au bout du compte, le Canada devrait avoir pour stratégie d’aider les établissements d’éducation postsecondaire à former du talent grâce aux activités et aux processus qu’ils mettent en place pour appuyer leur internationalisation au sein de la nouvelle économie mondiale du savoir. Les stratégies d’internationalisation des établissements devraient être construites de la même façon que les stratégies locales, mais être orientées vers le monde. Le Canada possède d’ailleurs d’excellents programmes en mesure d’appuyer le recrutement continu de professeurs de niveau mondial, comme le Programme de formation orientée vers la nouveauté, la collaboration et l’expérience en recherche du Conseil de recherches en sciences naturelles et en génie, le Prix du partenariat du Conseil de recherches en sciences humaines , les Bourses d’études Trillium de l’Ontario, MITACS Globalink et les Grands défis Canada. Le rôle du gouvernement fédéral est de fournir des mesures d’encouragement aux universités et aux collèges afin qu’ils puissent miser sur ces initiatives, tout en mettant sur pied des programmes plus ciblés, entre autres pour envoyer des étudiants canadiens à l’étranger et les aider à choisir les bons partenaires dans les secteurs prioritaires pour le Canada.

Au-delà du marketing traditionnel, le Canada doit se doter d’une stratégie soutenue et intégrée, qui permettrait aux établissements d’enseignement d’accéder au talent, aux réseaux et aux autres pays dans des domaines prioritaires, afin de montrer au reste du monde les importants avantages des universités et des collèges du Canada par rapport à ceux d’autres pays. Les meilleurs étudiants, professeurs et établissements étrangers voudront alors collaborer avec les établissements d’ici. C’est l’objectif que doit avoir toute stratégie d’internationalisation menée par le gouvernement canadien pour permettre aux établissements d’enseignement du pays de concurrencer les meilleurs sur la scène internationale et de servir les intérêts des étudiants locaux et étrangers et, ultimement, de tous les Canadiens.

Lorna Jean Edmonds est conseillère principale auprès de la vice-rectrice à la recherche à l’Université d’Ottawa.

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