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À mon avis

Les coopératives sont des entreprises intelligentes

Alors pourquoi si peu d’étudiants en administration le savent?

par PATRICIA BRADSHAW | 09 JAN 13

Le 11 octobre 2012, j’ai pris la parole devant 2 800 participants, provenant de 91 pays, réunis pour le Sommet international des coopératives, à Québec. Au nom de l’Université Saint Mary’s d’Halifax et de la Sobey School of Business, dont je suis la doyenne, j’ai pris l’engagement d’intégrer le mouvement coopératif au sein de la formation postsecondaire.

Les Nations unies ont déclaré l’année 2012 « Année internationale des coopératives » afin de souligner leur apport majeur à l’économie mondiale. L’Alliance coopérative internationale soutient que les coopératives constituent le gagne-pain de la moitié de la population mondiale; elles comptent un milliard de membres, et procurent plus de 100 millions d’emplois – 20 pour cent de plus que les entreprises multinationales. Les coopératives du groupe « Global 300 », les plus importantes, ont des revenus équivalents à la dixième économie mondiale.

Selon l’Association des coopératives du Canada, 17 millions de Canadiens sont membres d’une coopérative, 150 000 travaillent pour une coopérative, et 100 000 font du bénévolat au sein des conseils et des comités. En outre, les coopératives possèdent des actifs estimés à 275 milliards de dollars. Des études effectuées par le ministère du Développement économique du Québec montrent que le taux de survie des entreprises coopératives est de 25 pour cent supérieur à celui des entreprises appartenant à des investisseurs.

Une récente recherche internationale révèle que, non seulement les coopératives du groupe « Global 300 » ont évité la crise économique, mais elles ont connu une croissance.

Pourtant, les coopératives sont à peine connues du milieu universitaire et encore moins des écoles de commerce. Seule une poignée de manuels d’introduction aux affaires mentionnent ce modèle d’affaires. Peu de recherche et peu de cours de comptabilité, de marketing, d’entrepreneuriat, d’économie, de finance et de gestion des ressources humaines abordent le modèle coopératif.

La Sobey School of Business a remédié à cette lacune il y a une dizaine d’années en créant le programme de maîtrise en gestion – coopératives et caisses de crédit (MMCCU). Le programme sur trois ans, principalement offert en ligne, a accueilli à ce jour une centaine d’étudiants originaires de neuf pays, dont la plupart sont des gestionnaires de coopératives commandités par leurs employeurs.

Le programme de MMCCU est né d’un partenariat entre une université d’avant-garde et un consortium formé de plus d’une soixantaine de coopératives et d’éducateurs provenant de sept pays.

Il est considéré comme l’un des programmes les plus novateurs du genre, avec des professeurs provenant du Canada et de l’étranger (des États-Unis, du Royaume uni et de Nouvelle-Zélande) ainsi qu’une population étudiante diversifiée, et il est conçu à partir de la recherche et de pratiques commerciales coopératives internationales. À l’automne 2013, un programme de diplôme offert sur une période 16 à 20 mois sera annexé au programme de maîtrise qui entretient des relations avec des universités des États-Unis, du Royaume-Uni, de l’Espagne, de la Suède, de la Finlande et de l’Italie, et collabore avec des centres d’études sur les coopératives de partout au Canada (dont ceux de l’Université de Victoria, de l’Université de la Saskatchewan, de l’Université York et de l’Université de Sherbrooke).

Tous les cours et modules du programme de MMCCU ont été conçus « à partir de zéro ». Par exemple, les cours de comptabilité abordent la question : « Si les entreprises régulières sont responsables de maximiser la valeur des actions, comment les coopératives, en plus de prendre soin des ressources financières, devraient-elles répondre aux besoins des membres? » Les cours de marketing posent la question : « Quel est l’avantage de la coopérative et comment mettre en marché cet avantage? ». Nous offrons une expérience transformatrice dont s’imprègnent les étudiants qui, par la suite, peuvent disséminer la philosophie coopérative.

En octobre dernier, l’Université Saint Mary’s a organisé « Imaginons 2012 : Congrès international sur l’économie coopérative » , qui a attiré 650 participants à Québec pour rendre hommage à la défunte lauréate du Prix Nobel d’économie, Elinor Ostrom, et pour entendre des penseurs de renommée mondiale comme Richard Wilkinson, David Erdal, Stefano Zamagni et Vera Zamagni. Immédiatement après le Congrès, l’Université s’est jointe au groupe Desjardins et à l’Alliance coopérative internationale pour le Sommet international des coopératives.

À la fin du sommet, l’Université Saint Mary’s et les représentants d’universités canadiennes et étrangères se sont engagés à collaborer pour promouvoir les études et l’enseignement des coopératives. À la séance de clôture du Sommet, j’ai énoncé les 10 engagements suivants au nom du milieu universitaire :

  1. Faire preuve de leadership auprès de la haute direction des universités : parler aux recteurs et aux doyens de la nécessité de faire progresser la formation dans le domaine des coopératives.
  2. Faire enchâsser la formation coopérative au sein des programmes d’études et faire en sorte que les cours dans ce domaine ne soient pas isolés ou offerts seulement dans le cadre de programmes spécialisés.
  3. Poursuivre la recherche sur les coopératives et contribuer à sa dissémination dans les revues savantes.
  4. Travailler à l’élaboration d’un nouveau discours et d’une pensée critique sur les coopératives et trouver de nouvelles manières de communiquer avec les gestionnaires et les travailleurs sur le terrain.
  5. Collaborer avec d’autres universités et établir un réseau afin de faire progresser la formation dans le domaine des coopératives à l’échelle internationale.
  6. Offrir aux étudiants des possibilités d’apprentissage par l’expérience à l’instar des coops dirigées par les étudiants qu’on retrouve au Québec dans des librairies ou les services alimentaires, par exemple.
  7. Accroître les possibilités de formation créditée et non créditée.
  8. Faire en sorte que les critères d’embauche et de promotion dans les universités ne défavorisent pas les professeurs intéressés par les modèles alternatifs comme les coopératives.
  9. Faire pression auprès des gouvernements pour obtenir des investissements pour la formation dans le domaine des coopératives.
  10. Envisager la possibilité d’établir des examens pour tester les connaissances en matière de principes coopératifs, et contribuer à instaurer un esprit d’avant-garde dans les universités.

Patricia Bradshaw est doyenne de la Sobey School of Business de l’Université Saint Mary’s.

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