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À mon avis

Une analyse révèle que le concours de subventions à la découverte désavantage les petites universités

Une analyse révèle que le concours de subventions à la découverte désavantage les petites universités.

par DOUGLAS MORRIS ET AL | 08 JUIN 16

Dans la lettre de mandat de la ministre des Sciences, Kirsty Duncan, le premier ministre Trudeau lui demande, entre autres, d’« étudier des options pour renforcer la reconnaissance et le soutien de la recherche fondamentale en appui des découvertes ». Nous nous réjouissons de cette déclaration qui reconnaît l’importance de la recherche fondamentale et des découvertes pour le Canada et les Canadiens, ainsi que du sous-entendu selon lequel le gouvernement doit, grâce à ses organismes subventionnaires, réinvestir dans la recherche sans débouchés pratiques. Toutefois, en l’absence de changements, nous craignons que ce réinvestissement ne soit pas assez efficace pour maximiser la capacité de recherche du Canada, générer des idées diversifiées, recruter les chercheurs les plus prometteurs et servir toutes les régions et populations du Canada.

En effet, une récente analyse de l’octroi des subventions à la découverte du Conseil de recherches en sciences naturelles et en génie (CRSNG) du Canada a invariablement révélé que les grandes universités avaient plus de chances d’obtenir une subvention que leurs homologues de petite ou de moyenne taille et que la valeur monétaire moyenne de leurs subventions était aussi plus élevée. Le financement accordé dépend de la catégorie de financement dans laquelle le demandeur se trouve : sur 16, seules les 10 premières donnent normalement droit à une subvention. Ainsi, si les universités de petite ou de moyenne taille obtiennent de moins bons résultats que les autres, cela doit signifier que leurs demandes sont généralement placées dans des catégories « inférieures » à celles des grandes universités. Toutes proportions gardées, les données recueillies ont confirmé cette hypothèse.

Nous pouvons prédire l’avenir des subventions à la découverte en calculant l’attrition des subventions allouées à des chercheurs établis et le recrutement de nouveaux chercheurs à financer. Les recrutements sont inférieurs au nombre de subventions « perdues » par les chercheurs établis, ce qui crée un déséquilibre de mauvais augure pour l’avenir de la science au Canada. Si cette tendance se poursuit, le nombre de subventions à la découverte diminuera dans les établissements de toutes tailles, mais les conséquences seront plus lourdes pour les petits.

Les critiques affirmeront que la proportion et la valeur des subventions à la découverte ont toujours été plus basses dans les petits établissements que dans les grands, et que cet écart est attribuable à des priorités divergentes, à la culture et à l’infrastructure de recherche, aux programmes d’études supérieures, à leur longue histoire et à un corps professoral concurrentiel. Dans les universités de petite ou de moyenne taille, les charges d’enseignement sont souvent plus nombreuses et les occasions de formation, plus limitées. La masse critique nécessaire à la création d’équipes de recherche intégrées peut quant à elle être absente. Chacun de ces aspects joue probablement un rôle dans l’insuccès de ces établissements à obtenir des subventions à la découverte. Malgré tout, nous avons deux bonnes raisons de croire que l’écart observé est véritablement anormal.

Premièrement, toutes les demandes sont évaluées selon trois indicateurs de même valeur : l’excellence du chercheur, le mérite de la proposition et la contribution à la formation de personnel hautement qualifié (PHQ). Le résultat combiné détermine la catégorie de financement de chaque demande. Presque tous les nouveaux candidats ont un dossier semblable en matière de PHQ, car la plupart n’ont auparavant pas eu l’occasion de superviser et de former des étudiants aux cycles supérieurs. Par conséquent, pour ces demandeurs, l’évaluation de la formation de PHQ porte normalement « sur la formation prévue » (Manuel d’évaluation par les pairs 2015-2016 du programme de subventions à la découverte du CRNSG, page 25). Nous pouvons donc nous attendre à ce qu’ils soient tous au même niveau sur ce point, ce qui devrait aider à réduire l’écart des subventions entre les universités de petite taille et celles de grande taille.

Une comparaison entre les écoles de moyenne taille et celle de grande taille confirme notre intuition. Statistiquement, il n’y a pas de différence significative entre leurs chances d’obtenir un financement, ce qui n’est pas le cas des petites universités. Les demandeurs en début de carrière des universités de petites tailles ont un taux de réussite beaucoup plus faible que leurs homologues des grands établissements. Cette situation est étonnante et dérangeante, car elle suggère que les chercheurs en début de carrière des universités de grande taille obtiennent de meilleurs résultats en matière de formation de PHQ que ceux des universités de petite taille. Peut-on vraiment s’attendre à ce que les plans de formation soient invariablement meilleurs dans les grands établissements?

Deuxièmement, le déséquilibre lié à l’obtention du financement et à sa valeur crée un cercle vicieux. Le Fonds de soutien à la recherche du gouvernement fédéral s’appuie directement sur le financement accordé par trois organismes subventionnaires. Un établissement obtenant moins de subventions recevra moins de soutien, ce qui aura nécessairement des répercussions sur ses possibilités de recherche et sa réussite à long terme.

Lors du concours de 2015, le CRSNG a abordé le problème en lançant un programme pilote de subventions à la découverte axées sur le développement. Destiné aux candidats méritants n’ayant pas obtenu de subvention à la recherche, celui-ci vise à maintenir la grande qualité de la recherche et la formation en recherche dans les universités de petite taille. Malheureusement, même lorsque les subventions sont égalées par les établissements, leur petite taille (10 000 $ par an) et leur courte durée (deux ans) les rendent inefficaces dans un système où de nombreux demandeurs plus nantis et mieux classés finissent par échouer à renouveler leurs propres subventions à la découverte.

Ces tendances et ces projections nous inquiètent, mais nous craignons aussi leurs conséquences. Les universités de petite taille ratissent large pour repérer des étudiants prometteurs et les encourager à poursuivre leurs recherches. Elles répondent aux besoins de nos différentes régions, de nos collectivités rurales et du cœur de notre économie axée sur les ressources, tous mal desservis en raison de la faible concentration de professeurs titulaires d’une subvention dans un petit nombre d’universités. Cette situation compromet la capacité de recherche future du Canada et réduit notre aptitude à résoudre les problèmes régionaux, en plus de limiter notre capacité à comprendre les différences régionales et à les intégrer à nos idées et à nos politiques. Elle empêche en outre de brillants étudiants des régions rurales de contribuer à notre avenir collectif.

Nous tenons à féliciter le gouvernement d’investir dans le domaine des sciences et du génie. Le bien-être économique, social et individuel des Canadiens dépend des découvertes qui permettront de créer une société équitable et prospère. Le système ne fonctionne toutefois pas comme il le devrait, car des anomalies dans l’octroi du financement nuisent aux découvertes dans les universités de petite et de moyenne taille.

Les solutions à ces problèmes complexes sont aussi nombreuses que leurs causes. Le gouvernement du Canada doit investir davantage dans la recherche fondamentale en sciences et en génie en attendant que le CRSNG corrige cette situation désavantageuse pour les universités de petite et de moyenne taille. Ces dernières doivent donner un second souffle à la recherche en misant sur son lien avec la qualité de l’enseignement, la création de charges d’enseignement concurrentielles et l’amélioration de l’infrastructure de recherche et du soutien logistique dans leurs facultés de recherche fondamentale. Nous invitons la ministre Duncan à nous aider à éliminer ces anomalies afin que les subventions à la découverte soient avantageuses pour tout le monde.

Les auteurs sont Douglas Morris, département de biologie, Université de Lakehead; Dennis Murray, département de biologie, Université Trent; Hugh MacIsaac, Institut des Grands Lacs sur la recherche environnementale, Université de Windsor; Claude Lavoie, École supérieure d’aménagement du territoire et de développement régional, Université Laval; Peter Leavitt, département de biologie, Université de Regina; Michael Masson, département de psychologie, Université de Victoria; et Marc-André Villard, département de biologie, Université de Moncton.Morris est professeur d’écologie de l’évolution et de la conservation au département de biologie de l’Université Lakehead et titulaire de la chaire de recherche en études nordiques de l’établissement; M. Murray est professeur agrégé de biologie à l’Université Trent et titulaire de la Chaire de recherche du Canada en écologie terrestre; M. MacIsaac est professeur de biologie à l’Université de Windsor et titulaire de la Chaire de recherche du Canada sur les espèces aquatiques envahissantes; M. Lavoie est professeur à l’Université Laval et directeur de l’École supérieure d’aménagement du territoire et de développement régional; M. Leavitt est professeur de biologie à l’Université de Regina et titulaire de la Chaire de recherche du Canada sur le changement environnemental et la société; M. Masson est professeur de psychologie à l’Université de Victoria; et M. Villard est professeur de biologie à l’Université de Moncton.

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