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En Marge

La crise de l’enseignement supérieur réexaminée une fois de plus

Que se passerait-il si le système était réellement en crise? Comment en avoir la certitude?

par LÉO CHARBONNEAU | 09 AVRIL 13

Selon un sondage mené l’automne dernier, 89 pour cent des adultes américains et 96 pour cent des hauts dirigeants des collèges et des universités considèrent que l’enseignement supérieur est en crise et, parmi les deux groupes, près de quatre participants au sondage sur 10 jugent que cette crise est grave. Ces données stimulent la production d’articles à ce sujet.

Au Canada, je dirais que le pressentiment pessimiste n’est pas nécessairement partagé, mais nous avons certainement nos propres exemples d’écrits à propos de cette crise. (Le Québec est un peu différent, comme c’est souvent le cas : il a réellement eu à gérer une crise l’an dernier lors des manifestations étudiantes.)

Cela me vient à l’esprit en raison d’un commentaire récent de Glen Jones qui affirmait que depuis toujours les mêmes questions sont soulevées. Professeur à l’Institut d’études pédagogiques de l’Ontario, affilié à l’Université de Toronto, M. Jones a indiqué qu’un des premiers articles qu’il a publiés, il y a presque un quart de siècle, était un éditorial à propos d’écrits portant sur la crise de l’enseignement supérieur au Canada. Il portait le titre quelque peu effronté «Second regard sur nos désastres imminents: Les écrits sensationnalistes sur l’éducation supérieure canadienne ».

Il n’est sans doute pas étonnant que la nature de la crise change au fil du temps. En 1956, la Conférence nationale des universités et collèges canadiens (ancêtre de l’Association des universités et collèges du Canada) affirmait que le système d’enseignement supérieur vivait une crise en raison d’un manque de capacité, ce dont nous n’entendons plus vraiment parler de nos jours. M. Jones souligne qu’au fil des années, il y a eu une « crise morale », une « crise de confiance », une « crise de gestion », une « crise de la médiocrité » et la toujours populaire « crise de financement » (N’oublions pas que cet article a été écrit il y a presque un quart de siècle : quelles autres crises pourrions-nous maintenant ajouter? L’écart en matière de compétences me vient en tête.)

Selon M. Jones, l’absence de données probantes sur l’imminence d’un désastre est l’un des plus gros défauts de la majorité des écrits sur la crise. « L’argument de la crise, écrit-il, est souvent construit sur une réflexion anecdotique, des relations causales inexpliquées ou des études de cas qui prétendent démontrer ce que l’auteur suppose être un problème répandu dans le domaine. » Bien que l’absence de données probantes appuyant un argument n’indique pas nécessairement qu’une conclusion est incorrecte, elle nous porte à nous interroger sur le bien-fondé de l’argument.

Il évoque aussi le fait que les écrits sur la crise ne sont pas « progressifs » en ce sens qu’ils ne se construisent pas ou ne se basent pas sur les écrits antérieurs et qu’il n’y a donc pas souvent de suivi ou d’analyse critique sur la validité des prédictions qui la composent. De plus, on ne trouve que rarement les critères explicites de ce qui constitue une crise. Cela donne la fausse impression que le système est continuellement en état de crise. Pire encore, nous pourrions céder à la tentation de crier au loup. Que se passerait-il s’il y avait réellement une crise cette fois? Comment le saurions-nous?

À PROPOS LÉO CHARBONNEAU
Léo Charbonneau
Léo Charbonneau is the editor of University Affairs.
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