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En Marge

La « nouvelle majorité » d’enseignants contractuels tente de se faire entendre

Le sommet tenu à Washington à la fin de janvier cause encore des remous.

par LÉO CHARBONNEAU | 22 FEV 12

Le sommet organisé par la New Faculty Majority sur le thème Se réapproprier la démocratie universitaire : conséquences du recours à l’emploi atypique en enseignement supérieur à Washington (D.C.), à la fin de janvier, continue de causer des remous. La New Faculty Majority est une organisation américaine qui soutient les enseignants contractuels ou adjoints. Elle se nomme ainsi parce que ce type d’enseignement constitue désormais la majorité du personnel enseignant dans les établissements d’enseignement supérieur aux États-Unis.

De nombreux blogueurs, dont Josh Boldt et la Montréalaise Lee Skallerup Bessette, ont fait part de leurs impressions sur le sommet. Michael Bérubé, président de la Modern Language Association (MLA), y est allé lui aussi de ses observations, ce qui en a fait le « nouveau héros de tous les enseignants contractuels », pour reprendre les mots d’un blogueur. Voici donc, en résumé, le portrait qu’il brosse de la situation misérable de cette « nouvelle majorité ».

Les enseignants contractuels ou adjoints représentent aujourd’hui plus des deux tiers du million et demi d’enseignants dans les collèges et les universités américaines. Bon nombre d’entre eux vivent sous le seuil de la pauvreté, sans couverture d’assurance-maladie. Ils ne jouissent d’aucune liberté universitaire à proprement parler, car ils peuvent être congédiés à tout moment. D’ailleurs, lorsqu’ils se font remercier, beaucoup ne sont pas admissibles aux prestations d’assurance-emploi.

Bien que l’embauche d’enseignants contractuels ou adjoints soit plus répandue aux États-Unis qu’au Canada – et que certaines questions abordées par les blogueurs ne concernent que la réalité de nos voisins du Sud –, bon nombre des revendications exprimées rejoignent également les enseignants adjoints et à temps partiel dans les universités canadiennes.

Dans son article, M. Bérubé passe en revue certaines des recommandations formulées récemment par la MLA concernant l’établissement de normes équitables pour les titulaires de postes non permanents. La MLA recommande notamment d’instaurer une rémunération minimale de 6 800 $ pour un cours normal d’un semestre menant à l’obtention de trois crédits. Cette proposition s’appuie sur une charge de travail à temps plein, soit trois cours par semestre (six par année), qui donne droit à un salaire annuel légèrement supérieur à 40 000 $.

À la vue de ces chiffres, M. Boldt répond : « Près de 7 000 $ par cours! La plupart des enseignants contractuels n’ont jamais rien vu de tel. J’ai moi-même enseigné dans des écoles qui payaient au plus 2 000 $ par cours. »

La rédactrice en chef d’Affaires universitaires, Peggy Berkowitz, a participé au sommet, dont la tenue coïncidait avec la réunion annuelle de l’Association of American Colleges and Universities. « Je suis frappée de constater à quel point la situation des chargés de cours est plus enviable au Canada », a-t-elle affirmé à l’écoute des délibérations. À titre d’exemple, un des conférenciers a fait remarquer que dans certains États, les professeurs n’ont pas le droit de se syndiquer.

Le sommet a entre autres mené à la création d’une remarquable feuille de calcul créée par Josh Boldt afin « de compiler et de diffuser à grande échelle l’information sur les conditions de travail des enseignants contractuels dans leurs universités respectives ». Cette feuille de calcul est un document Google Doc auquel tout enseignant peut ajouter de l’information au sujet de son établissement. Des centaines d’universités et de collèges y sont représentés. Un complément d’information se trouve ici.

Il pourrait être utile de disposer de données similaires sur les établissements d’enseignement canadiens. En fait, il y a un réel manque de renseignements fiables et à jour sur la situation des enseignants contractuels au Canada. On ne connaît même pas exactement le pourcentage de professeurs contractuels ou à temps partiel. C’est une honte.

À PROPOS LÉO CHARBONNEAU
Léo Charbonneau
Léo Charbonneau is the editor of University Affairs.
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