Passer au contenu principal
EN MARGE

Le Canada atlantique atteste de l’évolution des inscriptions

Au cours des quelques prochaines années, l’évolution démographique posera problème aux universités.

par LÉO CHARBONNEAU | 03 MAR 15

La Commission de l’enseignement supérieur des provinces maritimes (CESPM) a en effet publié cette semaine un rapport qui donne à réfléchir (PDF). Selon ce rapport, en 2013-2014, après quatre années de progression consécutives, le nombre des inscriptions dans les universités des provinces maritimes (Nouveau-Brunswick, Nouvelle-Écosse et Île-du-Prince-Édouard) a reculé. Bien que modeste, ce déclin d’à peine 1,1 pour cent témoigne néanmoins d’une tendance préoccupante. Selon la CESPM, les universités de la région comptent aujourd’hui 3 000 étudiants de moins, soit 4,1 pour cent qu’il y a 10 ans.

Mireille Duguay, la directrice générale de la CESPM, ne se montre toutefois pas plus encourageante : « Comme nous l’avons déjà fait remarquer auparavant, le nombre de résidents des Maritimes inscrits dans les universités de la région a été en constante diminution au cours de la dernière décennie, constate-t-elle. C’est le résultat non seulement d’un déclin démographique de la population en âge de fréquenter l’université, mais également d’un relâchement de la demande en matière d’éducation universitaire de la part des résidents des Maritimes. » Depuis 2003-2004, le nombre d’étudiants originaires des Maritimes inscrits dans les universités de la région a chuté de 8 904, soit 16 pour cent.

Partout au Canada, les analystes des politiques en matière d’enseignement supérieur scrutent avec attention ces tendances qui pourraient fort bien préfigurer l’évolution de la situation dans les autres provinces. « Le Canada atlantique fait à maints égards figure de laboratoire en ce qui a trait aux conséquences du vieillissement de la population », selon les propos de Michael Haan cités l’an dernier dans un article d’Affaires universitaires consacré aux efforts déployés par les universités de l’Atlantique pour accroître leurs effectifs malgré le déclin de la cohorte d’âge universitaire. Professeur agrégé et titulaire de la Chaire de recherche du Canada sur la population et la politique sociale à l’Université du Nouveau-Brunswick, M. Haan ajoutait alors que « sur le plan démographique, tout ce qui se produit au Canada survient d’abord au Canda atlantique. »

C’est peut-être vrai, mais les défis démographiques auxquels se heurte le Canada atlantique apparaissent plus importants que ceux qui guettent le Canada dans son ensemble, comme en témoigne entre autres le tableau de Statistique Canada intitulé Tableau CANSIM 052-005, consacré à l’évolution à long terme prévue de la population, par âge et par province. J’ai examiné les chiffres du tableau en question relatifs à l’évolution prévue de la population âgée de 18 ans entre 2015 et 2035, établis selon un scénario dit de « croissance moyenne ». Selon ces chiffres fondés sur les toutes dernières tendances, le nombre de personnes âgées de 18 ans que compte le Canada en 2015, estimé à 432 000, devrait chuter à 406 000 en 2020, avant de commencer à progresser. Le Canada devrait donc compter autant de personnes de 18 ans qu’actuellement en 2025, et 484 000 d’ici 2035.

On le voit : le problème démographique qui guette le Canada dans son ensemble devrait être relativement mineur et d’une durée limitée. Il en va toutefois en tout autrement pour les provinces de l’Atlantique. En effet, même si le nombre de personnes de 18 ans que comptent les provinces maritimes et Terre-Neuve devrait d’abord chuter avant de se mettre à progresser, comme ailleurs au Canada, il devrait, au cours des deux prochaines décennies, rester inférieur à ce qu’il était en 2015.

Bien sûr, il ne s’agit là que de projections. La Saskatchewan, par exemple, se trouvait dans une situation relativement identique il y a quelques années. Or, sa situation économique s’est nettement améliorée depuis, et le déclin prévu de sa population jeune a ralenti, si bien que la tendance est maintenant inversée. Signalons en outre que la chute des prix du pétrole pourrait conduire de jeunes adultes à quitter l’Ouest du pays pour réintégrer les provinces de l’Est; certains d’entre eux pourraient décider de poursuivre des études universitaires.

Les universités de l’Atlantique ne sont donc pas condamnées, loin de là. Comme le souligne la CESPM, les efforts déployés au cours des dernières années par les universités de la région en matière de recrutement et de rétention des étudiants ont permis de préserver le nombre global d’inscriptions – du moins jusqu’à l’année dernière. Pour enrayer le recul des inscriptions, il pourrait suffire aux universités de la région de redoubler d’efforts pour attirer davantage d’étudiants d’ailleurs au Canada et de l’étranger, mais également d’étudiants originaires des Maritimes. Quoi qu’il en soit, elles traverseront sans doute une période difficile au cours des cinq prochaines années environ. La CESPM le reconnaît d’ailleurs elle-même, affirmant qu’il est « temps d’engager le dialogue à l’égard de nouvelles stratégies ».

À PROPOS LÉO CHARBONNEAU
Léo Charbonneau
En 2000, Léo Charbonneau est entré au service d’Affaires universitaires comme rédacteur principal et a été nommé rédacteur en chef adjoint trois ans plus tard. Il a travaillé 10 années au Medical Post à titre de chef de la rédaction et réviseur de chroniques à Montréal. C’est lui qui a proposé de rédiger le blogue officiel d’Affaires universitaires, En marge, en partie pour se rapprocher du lectorat.
COMMENTAIRES
Laisser un commentaire
Affaires universitaires modère tous les commentaires reçus en fonction des lignes directrices. Les commentaires approuvés sont généralement affichés un jour ouvrable après leur réception. Certains commentaires particulièrement intéressants pourraient aussi être publiés dans la version papier du magazine, ou ailleurs.

Your email address will not be published. Required fields are marked *

« »
--ph--