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EN MARGE

Le MOOC est mort, vive le MOOC

Les cours en ligne ouverts à tous prennent un nouveau virage.

par LÉO CHARBONNEAU | 17 JUIN 13

En novembre dernier, le New York Times déclarait que 2012 était l’année des MOOC (« massive online open course », ou cours en ligne ouvert à tous). À présent, à mi-chemin de 2013, les MOOC semblent perdre de l’élan, ou du moins changer d’orientation. Certains observateurs du milieu de l’enseignement supérieur affirment même que la « révolution » des MOOC est terminée.

Pour les non-initiés, les MOOC sont des cours en ligne généralement offerts sans frais à des dizaines de milliers de personnes simultanément par des professeurs de prestigieuses universités. On ne compte plus les grandes envolées sur leur nature « révolutionnaire », leur capacité de « perturbation créative » et le « tsunami » qu’ils provoqueront au sein des campus traditionnels.

Les principaux fournisseurs de MOOC sont Coursera, edX et Udacity. L’Université de Toronto et l’Université de la Colombie-Britannique offrent plusieurs MOOC par l’intermédiaire de Coursera, tandis que l’Université de l’Alberta lance un MOOC cet automne avec Udacity.

Bien qu’ils reposent sur un concept formidable, la démocratisation de l’enseignement supérieur, les MOOC attirent autant de détracteurs que de défenseurs. Les critiques des MOOC déplorent entre autres leur taux de réussite désastreux, leur manque d’innovation sur le plan pédagogique et le fait qu’ils ne mènent pas à l’obtention de crédits. Le plus grand reproche envers les MOOC vise cependant l’absence d’un plan d’affaires solide qui assurerait leur rentabilité.

Rien de tout cela n’arrête toutefois les partisans enthousiastes des MOOC comme le chroniqueur du New York Times, Thomas Friedman, et l’auteur Don Tapscott (récemment nommé chancelier de l’Université Trent), mais le sol semble se dérober sous leurs pieds. Plusieurs analystes du milieu de l’enseignement supérieur considèrent en effet qu’une annonce récente de Coursera pourrait signaler le début de la fin des MOOC tels qu’on les connaît.

Jusqu’ici, la plupart des MOOC étaient des cours spécialisés uniques offerts par des professeurs de grandes universités et suivis par des gens qui s’y inscrivaient par simple intérêt. Or, à la fin de mai, Coursera a annoncé qu’elle « explorait l’apprentissage axé sur les MOOC… sur les campus ». Ainsi, Coursera s’associe à 10 réseaux universitaires d’État et à de grandes universités publiques américaines pour créer des cours menant à l’obtention de crédits universitaires, dont des cours d’introduction et des cours obligatoires. Les cours se donneront soit complètement en ligne, soit en partie en salle de classe. Vraisemblablement, les étudiants devront payer pour y assister.

Après l’annonce de Coursera, un blogueur du Royaume-Uni a publié un billet intitulé « You Can Stop Worrying About MOOCs Now » (« vous pouvez arrêter de vous en faire avec les MOOC »). Il ajoute que « nous savions tous que la bulle MOOC allait éclater un jour ou l’autre, mais selon moi, elle l’a fait cette semaine; elle ne le sait tout simplement pas encore ». De la même façon, l’analyste canadien du milieu de l’enseignement supérieur, Alex Usher, a proclamé dans son blogue que Coursera avait amorcé son déclin, signalant la fin de la révolution.

Ces deux blogueurs, et beaucoup d’autres, soulignent qu’après le virage annoncé, Coursera fera davantage office de concurrent aux fournisseurs de didacticiels que de déclencheur d’une révolution en enseignement supérieur. D’autres avancent que la nouvelle orientation de Coursera risque de n’en faire rien de plus qu’un éditeur universitaire.

Un article sur le site Inside Higher Ed explique bien la situation : « Certaines universités se tourneront vers Coursera afin de voir s’il est possible d’utiliser efficacement sa plateforme pour offrir des cours en ligne menant à l’obtention de crédits à des dizaines d’étudiants inscrits à la fois. Si les universités aiment la plateforme, elle pourrait faire concurrence aux entreprises bien établies dans le secteur, comme Desire2Learn et Blackboard. D’autres établissements feront plutôt de Coursera une nouvelle forme de manuel en jumelant du contenu Web provenant d’ailleurs avec des professeurs à l’interne. »

Par ailleurs, les « MOOC donnés sur les campus » que propose Coursera ressemblent étrangement aux modèles d’apprentissage mixte que de nombreux pédagogues préconisent depuis longtemps. Ce n’est pas mauvais en soi, mais c’est très loin du discours sur les MOOC qu’on entendait l’an dernier qui laissait présager une révolution, ou une apocalypse, selon le point de vue.

Je doute fort que ces récents développements signent l’arrêt de mort des MOOC, mais ils semblent signaler que le concept amorce une transition. Selon Keith Devlin, un mathématicien à l’Université Stanford qui a donné deux cours en ligne ouverts à tous, les MOOC devraient être considérés comme des ressources d’apprentissage plutôt que des cours. Grâce aux MOOC, les universités pourraient mettre en commun leur matériel didactique ou utiliser sous licence le matériel d’autres universités.

Peu importe comment la situation évoluera, ce genre d’analyse est accueilli avec soulagement après le discours des sociétés de capital-risque et d’autres joueurs, qui ont martelé que les MOOC bouleverseraient le milieu universitaire et mèneraient au licenciement de la majorité des professeurs, ou encore que les « gains d’efficacité » réalisés grâce aux MOOC permettraient aux gouvernements de couper le financement de l’éducation postsecondaire.

Enfin, il faut souligner que la frénésie à l’égard des MOOC a au moins permis de mettre en évidence le potentiel de l’apprentissage en ligne et à distance, qui constitue depuis des décennies un volet important, quoique marginal, du système d’éducation postsecondaire. Beaucoup des universités qui ont décidé d’offrir des MOOC ont promis d’ajouter un volet de recherche au projet afin de déterminer ce qui est efficace ou non dans ce type de cours; une avancée remarquable.

La Fondation Bill et Melinda Gates a récemment annoncé qu’elle financerait une initiative de recherche sur les MOOC. « On compte très peu de recherche évaluée par les pairs sur les MOOC, fait remarquer la Fondation. La MOOC Research Initiative (MRI) s’emploie à combler cette lacune en évaluant les MOOC et leur incidence sur l’enseignement, l’apprentissage et l’éducation en général ». Beaucoup de plaisir en perspective.

À PROPOS LÉO CHARBONNEAU
Léo Charbonneau

En 2000, Léo Charbonneau est entré au service d’Affaires universitaires comme rédacteur principal et a été nommé rédacteur en chef adjoint trois ans plus tard. Il a travaillé 10 années au Medical Post à titre de chef de la rédaction et réviseur de chroniques à Montréal. C’est lui qui a proposé de rédiger le blogue officiel d’Affaires universitaires, En marge, en partie pour se rapprocher du lectorat.

COMMENTAIRES
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  1. Pierre Gagnon / 26 June 2013 at 11:16 am

    Voici une opportunité immense qui s’offre à l’ensemble des parties concernées par l’enseignement supérieur.

    Les expériences des MOOC devraient nous amener à s’interroger sur la meilleure façon, en 2013, de dispenser des cours à un maximum d’étudiants tout en maintenant la qualité de l’enseignement, en limitant les coûts pour les étudiants et en maximisant le rendement des fonds publics investis en enseignement supérieur.

    Notamment, serait-il possible qu’à partir d’une université ou de plusieurs universités, qu’un programme entier soit offert dans plusieurs régions pour éviter que les étudiants aient à s’expatrier ? Par exemple, pourrait-on penser que le programme de droit de l’Université Laval soit dispenser en simultané, avec l’aide des technologies numériques à des classes (non pas à un individu) à l’UQAC, l’UQTR et l’UQAR avec la présence d’un aide de cours ?

    Imaginez les impacts d’une telle approche sur les coûts de l’enseignement supérieurs, l’accessibilité à l’enseignement pour les régions éloignées des grands centres urbains, la diminution des coûts et de l’endettement des étudiants et la diminution de l’exode des jeunes des régions dites éloignées.

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