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Les obstacles à l’enseignement des sciences en français

La langue de Shakespeare domine depuis plus d'un demi-siècle le monde des sciences.

par LÉO CHARBONNEAU | 12 MAI 09

Je cède cette semaine mon rôle de blogueur à François-Olivier Dorais qui assiste au 77e congrès annuel de l’Association francophone pour le savoir (Acfas) à Ottawa.

Professeur Guy Drouin. Photo : Université d’Ottawa
Professeur Guy Drouin. Photo : Université d’Ottawa

Ce n’est pas un secret de polichinelle, la langue de Shakespeare domine depuis plus d’un demi-siècle le monde des sciences de la vie et du génie. Cette réalité est d’autant plus frappante à la lumière de la conférence qu’a livré ce matin le chercheur et professeur Guy Drouin du département de biologie de l’Université d’Ottawa.

À l’extérieur du Québec, 13 institutions postsecondaires offrent des cours de baccalauréat en français mais l’Université de Moncton est la seule à pouvoir se vanter d’offrir un programme de baccalauréat complet de langue française en sciences. Une statistique percutante si l’on considère que la population francophone en Ontario se chiffre à plus du double de celle du Nouveau-Brunswick. Fait intéressant, à l’Université d’Ottawa, la plus importante institution d’enseignement bilingue en Amérique du Nord, tous les étudiants en sciences, à l’exception de ceux inscrits dans le programme de physique, doivent prendre des cours en anglais dans leur cursus scolaire.

Quels sont donc les obstacles à l’enseignement des sciences en français? M. Drouin s’est penché sur trois facteurs clés dans sa communication. À commencer par la présence d’une culture scientifique anglo-saxonne hégémonique. Cette dernière prend racine jusque dans les expériences de Newton, en passant par la Révolution industrielle anglaise et la période de prospérité économique des États-Unis au sortir de la deuxième Guerre Mondiale. Nos voisins du sud insistent d’ailleurs depuis sur le lien indissociable entre une bonne conjoncture économique et un milieu scientifique effervescent. Les récentes mesures du gouvernement américain en faveur de la recherche scientifique en font état.

Conséquemment, M. Drouin reconnaît comme deuxième obstacle la prédominance de l’anglais dans la littérature scientifique. À l’heure où la reconnaissance d’un universitaire se mesure plus souvent qu’autrement à son rythme de publications et à sa notoriété dans le domaine de la recherche, il n’a souvent d’autres choix que d’adopter la langue des affaires et du savoir, en l’occurrence l’anglais.

« Les tâches d’un scientifique universitaire sont très semblables à celles d’un entrepreneur ayant une PME. Il doit trouver des fonds, engager du personnel et le gérer, être responsable de la sécurité au travail et produire », indique M. Drouin. Dans ces circonstances, on comprend que l’engagement du chercheur pour la francophonie n’est pas un choix rentable. C’est justement là le dernier obstacle à considérer : le domaine scientifique évolue dans une culture entrepreneuriale.

Y a-t-il des solutions pour justement faire de la science en français une affaire capitale ? De l’avis de M. Drouin, le rôle ne revient pas tant aux chercheurs et professeurs qu’aux gestionnaires des universités, aux gouvernements et aux éditeurs. En ce sens, l’alternative passe d’abord par l’offre plus soutenue de programmes de science en français à l’extérieur du Québec. Vient ensuite la nécessité de publier dans un anglais qui soit aisément traduisible dans d’autres langues, un changement qui doit s’opérer d’abord dans les maisons d’éditions.

Cette conférence s’est tenue dans le cadre du colloque intitulé Enseignement des sciences dans divers espaces francophones : obstacles, défis et possibilités d’une science en français au XXIe siècle et au-delà qui se poursuivra tout au long de la journée mardi et mercredi. Avis aux intéressés.

François-Olivier Dorais est un étudiant de 4ème année inscrit au baccalauréat en histoire et en science politique à l’Université d’Ottawa. Il a notamment été journaliste et rédacteur en chef du journal étudiant La Rotonde et anime présentement une émission de radio communautaire sur les ondes de CHUO 89.1 FM.

À PROPOS LÉO CHARBONNEAU
Léo Charbonneau
Léo Charbonneau is the editor of University Affairs.
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