Passer au contenu principal
EN MARGE

L’incompatibilité des genres en science

Le problème de la sous-représentation des femmes en science, un problème de perception et de valeur? Dépêche du congrès de l’Acfas par le blogueur invité François-Olivier Dorais.

par LÉO CHARBONNEAU | 15 MAI 09

Je cède cette semaine mon rôle de blogueur à François-Olivier Dorais qui assiste au 77e congrès annuel de l’Association francophone pour le savoir (Acfas) à Ottawa.

Carole Beaulieu du département de biologie de l’Université de Sherbrooke.
Carole Beaulieu du département de biologie de l’Université de Sherbrooke.

Faites le test et tapez « chercheurs » ou « professeur » dans Google images. On peut certes douter de la valeur scientifique de ce petit exercice, reste que le résultat est frappant; les photos présentent peu de femmes et des images du scientifique stéréotypé à souhait. Homme sérieux, stoïque, intello, lunatique voire asocial, la représentation du chercheur universitaire reste dans bien des esprits collée à l’image du professeur Tournesol. Et cette perception étriquée qui persiste n’est pas sans conséquences pour la gente féminine qui souhaite paver sa voie dans les milieux scientifiques. Discuter du sujet est d’autant plus pertinent à l’heure où les femmes représentent en effet toujours un faible pourcentage dans le domaine des sciences pures et appliquées.

Le problème de la sous-représentation des femmes en science, un problème de perception et de valeur? C’est ce qu’a suggéré Carole Beaulieu du département de biologie de l’Université de Sherbrooke lors d’une communication sur le sujet hier matin dans le cadre du congrès de l’Acfas. De son avis, la science, depuis les tous premiers développements de l’empirisme et de la science moderne, est, dans sa pratique, à la remorque d’une vision mécanique. À une tradition plus hermétique de la science, prônant une alliance métaphysique entre l’esprit et la matière, on a privilégié une vision mécanique privilégiant une science se voulant neutre, détachée des passions et des émotions donc essentiellement masculine. Un entendement qui s’est par ailleurs cristallisé avec la Révolution industrielle du XIXe siècle où la science fut vite rattachée à la sphère du travail et la femme, reléguée au foyer.

En entretenant ce « mythe de l’objectivité » pour voiler l’incompatibilité des femmes, êtres supposément empreints de passions et d’émotions, avec les sciences, les disciplines scientifiques se sont enlisés dans leur propre faille : « La science est, au contraire, subjective », de dire Mme Beaulieu. Elle est aussi une affaire de passion où le détachement est plus difficile que l’on pense : « demandez à n’importe quel chercheur de vous parler de son sujet de recherche et vous verrez à quel point ça le passionne (…) Il y a un biais personnel. Nos croyances influent sur nos conclusions et c’est d’autant plus marquant selon si l’on est de culture féminine ou masculine », rajoute-t-elle.

Dans ces circonstances, les conditions gagnantes pour une présence féminine accrue dans certaines disciplines scientifiques se résument à un changement dans l’image et la perception que l’on a du chercheur. Celle-ci passe d’une part par une valorisation de l’utilité et de la responsabilité sociale de la science, deux valeurs qui seraient particulièrement chères aux femmes. En témoignent leur implication accrû dans le domaine des sciences de la vie tel la médecine ou la biologie nous rappelle Beaulieu. D’autre part, il faut trouver une façon plus efficace de concilier recherche scientifique et vie privée. Comme le faisait brillamment savoir une étudiante présente dans l’audience, les années séparant l’âge de 25 et 35 ans sont à la fois charnières sur le plan professionnel pour faire ses armes sur la scène universitaire mais aussi du point de vue biologique chez les femmes souhaitant donner naissance. Conséquemment, Mme Beaulieu insiste notamment sur la nécessité de valoriser le travail d’équipe et de collaboration en recherche afin de faciliter le roulement des années sabbatiques mais aussi pour briser le modèle fixiste d’apprentissage et de compétition du milieu universitaire qui, plus souvent qu’autrement, se fait au détriment de la femme.

La séance s’est néanmoins terminée sur une note positive après que deux interventions aient souligné qu’une volonté de changement s’exprimait chez les hommes lesquels, soulignons-le, étaient tout de même représentés au nombre de trois à la séance sur une quinzaine de personnes!

François-Olivier Dorais est un étudiant de 4ème année inscrit au baccalauréat en histoire et en science politique à l’Université d’Ottawa. Il a notamment été journaliste et rédacteur en chef du journal étudiant La Rotonde et anime présentement une émission de radio communautaire sur les ondes de CHUO 89.1 FM.

À PROPOS LÉO CHARBONNEAU
Léo Charbonneau

En 2000, Léo Charbonneau est entré au service d’Affaires universitaires comme rédacteur principal et a été nommé rédacteur en chef adjoint trois ans plus tard. Il a travaillé 10 années au Medical Post à titre de chef de la rédaction et réviseur de chroniques à Montréal. C’est lui qui a proposé de rédiger le blogue officiel d’Affaires universitaires, En marge, en partie pour se rapprocher du lectorat.

COMMENTAIRES
Laisser un commentaire
Affaires universitaires modère tous les commentaires reçus en fonction des lignes directrices. Les commentaires approuvés sont généralement affichés un jour ouvrable après leur réception. Certains commentaires particulièrement intéressants pourraient aussi être publiés dans la version papier du magazine, ou ailleurs.

Your email address will not be published. Required fields are marked *

« »
--ph--