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En Marge

Mon expérience du recensement australien

Elle était à mille lieues de la réalité canadienne.

par LÉO CHARBONNEAU | 13 SEP 11

Pendant mon séjour en Australie le mois dernier, j’ai vécu l’expérience étrange de devoir participer au recensement national. Le processus de recensement semble s’y dérouler sans controverse et la plupart des Australiens s’y conforment avec plaisir. Tout un contraste par rapport à la situation au Canada.

Comme bon nombre de lecteurs se rappelleront sans doute, le gouvernement fédéral canadien a annoncé à la fin de juin 2010 son intention d’éliminer l’obligation de remplir le questionnaire de recensement détaillé, envoyé à un ménage sur cinq, et de le remplacer par l’Enquête nationale auprès des ménages (ENM) à participation volontaire. Cette décision, qui a pris tout le monde par surprise, a donné lieu à des mois de critiques et de débats animés.

Aux fins du recensement, combien y a-t-il de chambres à coucher dans une fourgonnette de camping?
Aux fins du recensement, combien y a-t-il de chambres à coucher dans une fourgonnette de camping?

En Australie, le recensement a eu lieu le 9 août, et tous les participants avaient reçu l’instruction de le remplir en fonction de leur situation le soir même. Dans les semaines précédentes, le slogan du recensement, « Shed some light on census night » (« Le soir du recensement, faites la lumière ») résonnait dans les annonces diffusées partout au pays.

Contrairement au Canada, où la plupart des ménages sont seulement tenus de remplir un court questionnaire de huit questions – auquel deux questions sur la langue ont été ajoutées cette année –, l’Australie oblige chaque ménage à remplir un questionnaire complet d’une soixantaine de questions. (Malheureusement, je n’ai pas été en mesure de trouver une version électronique du questionnaire de recensement australien, mais ce document d’information de l’Australian Bureau of Statistics explique clairement la nature et le contenu du formulaire de 2011.)

Les questions posées en Australie sont similaires à celles de l’ancien questionnaire détaillé du recensement au Canada et de l’ENM qui l’a remplacé. Comme je l’ai mentionné précédemment, tous les ménages australiens sont tenus de remplir le questionnaire long. De plus, j’ai été surpris de découvrir que cette exigence s’applique à quiconque passe la nuit du recensement en Australie, y compris les non-citoyens et les visiteurs. Je m’y suis donc conformé avec plaisir.

Au Canada, les changements controversés annoncés en 2010 sont entrés en vigueur lors du recensement réalisé en mai dernier. Presque tous les utilisateurs des données du recensement se sont férocement opposés aux changements, qu’il s’agisse de groupes de citoyens, d’associations, d’administrations municipales ou d’universitaires, lesquels sont nombreux à utiliser ces données dans le cadre de leurs travaux de recherche. La principale préoccupation des opposants aux changements tenait à la nature volontaire de l’ENM qui risque de diminuer le taux de réponse et entraîne un biais d’autosélection (fondé sur la probabilité que certains groupes soient moins susceptibles que d’autres de participer), faussant les résultats et diminuant leur fiabilité.

D’ailleurs, tout indique que cette prophétie est en train de se réaliser. Selon le blogue de l’Association canadienne des utilisateurs de données publiques, les taux de participation à l’ENM chez les personnes qui ont répondu au recensement en ligne n’étaient que d’environ 60 pour cent, et l’auteur prédit que ces mêmes taux seront encore moins élevés chez ceux qui ont rempli le questionnaire en format papier. Les groupes « qui affichent ou sont susceptibles d’afficher un biais d’autosélection » sont les personnes défavorisées socioéconomiquement, les immigrants, les Autochtones et les hommes de moins de 24 ans.

Dans une déclaration publiée le 13 juillet 2010 dans la foulée de la controverse provoquée par l’annonce des changements au recensement, le ministre de l’Industrie de l’époque, Tony Clement, a indiqué que l’abandon du questionnaire détaillé obligatoire se justifiait par « des plaintes de citoyens qui trouvaient que le questionnaire détaillé constituait une atteinte à leur vie privée. Le gouvernement ne croit pas que les Canadiens doivent fournir à Statistique Canada des renseignements tels que le nombre de chambres à coucher dans leur maison, l’heure à laquelle ils quittent leur domicile pour se rendre au travail ou la durée du trajet entre leur maison et leur travail ».

Pourtant, le questionnaire du recensement australien comporte bel et bien une question sur le nombre de chambres à coucher dans la maison. La question m’a embêté, puisque j’étais en vacances avec ma femme et mes enfants, et que le 9 août en soirée, nous voyagions dans le Territoire du Nord à bord d’une fourgonnette de camping. Nous avons décidé que la bonne réponse était « une ».

À PROPOS LÉO CHARBONNEAU
Léo Charbonneau
Léo Charbonneau is the editor of University Affairs.
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