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Prolifération des programmes d’études en journalisme malgré le déclin de l’industrie

Il existe 50 programmes d’études en journalisme au Canada. Est-ce trop?

par LÉO CHARBONNEAU | 08 JUILLET 13

Si vous jetez un œil à J-Source (un site consacré au journalisme qui a également un pendant français, ProjetJ) sous la rubrique Business of Journalism, vous constaterez rapidement que le déclin de l’industrie du journalisme se poursuit. De nombreux articles y font état de mises à pied, d’acquisitions, de baisse des revenus publicitaires, ou encore de la fermeture de journaux régionaux et ethniques. Pourtant, les programmes d’études en journalisme dans les collèges et les universités sont florissants, explique Janice Neil, professeure agrégée de journalisme à l’Université Ryerson et rédactrice en chef de J-Source.

Selon Mme Neil, qui a participé à une table ronde lors de la conférence Worldviews 2013 consacrée aux tendances mondiales dans les médias et en enseignement supérieur, organisée à Toronto à la fin de juin, on dénombre actuellement 50 programmes d’études en journalisme dans les établissements d’éducation postsecondaire du Canada. Une recherche rapide sur le site Web de l’Association des universités et collèges du Canada permet en effet de constater qu’au moins 25 universités, dont trois francophones, offrent un certificat, un baccalauréat ou une maîtrise en journalisme. Qui plus est, le nombre de programmes continue d’augmenter. Deux ont été mis sur pied au cours des dernières années, le plus récent étant un programme conjoint de l’Université Trent et du Collège Loyaliste offert depuis l’automne dernier. En Ontario seulement, on compte 1 600 étudiants en journalisme en tout temps, souligne Mme Neil.

Bien entendu, la question qui se pose est la suivante : les diplômés en journalisme arrivent-ils à obtenir un emploi dans leur domaine? Les données sur le sujet sont difficiles à trouver, mais beaucoup d’anciens étudiants en journalisme affirment n’avoir pu trouver de poste à temps plein ou s’être résolus à accepter des stages non rémunérés ou des contrats à la pige. Quelques diplômés qui ont pris la parole pendant la période de questions de la table ronde ont l’impression de s’être fait duper. Les articles consacrés au sort des pigistes qui travaillent pour presque rien sont nombreux. De surcroît, le sondage américain CareerCast de 2013 a donné au journalisme le titre de pire métier de l’année.

Cette situation soulève des questions encore plus épineuses, cette fois pour les universités et les collèges : pourquoi y a-t-il autant de programmes d’études en journalisme au Canada, et pourquoi produisent-ils autant de diplômés? Quelle est la part de responsabilité des établissements d’enseignement? Les descriptions de programmes devraient-elles être plus explicites quant aux perspectives d’emploi?

Selon Mme Neil, les compétences que les étudiants en journalisme acquièrent pendant leurs études – rédaction, recherche, reportage, édition, production multimédia, etc. – sont « facilement transférables ». Les programmes d’études en journalisme continuent par ailleurs d’être en forte demande, fait-elle remarquer, et de nombreux candidats essuient un refus. Par ailleurs, elle doute que la situation soit aussi désespérée que certains le laissent croire pour les diplômés en journalisme. Ceux qui réalisent que le métier de journaliste ne leur convient pas peuvent utiliser les compétences qu’ils ont acquises et les utiliser dans des domaines comme les relations publiques ou les communications. Ceux qui y mettent les efforts nécessaires réussissent généralement, ajoute-t-elle. Un autre participant à la table ronde abonde dans le même sens, affirmant que les fonceurs et les entrepreneurs s’en tirent bien.

« Sans scrupules »

Adrian Monck, directeur des communications et des relations avec les médias au Forum économique mondial basé à Genève, ancien journaliste de télévision et ancien professeur de journalisme, rejette cet argument. M. Monck, qui participait lui aussi à la table ronde, estime que les écoles de journalisme sont « sans scrupules », puisqu’elles continuent d’entretenir les rêves de ces étudiants « qui croient qu’ils obtiendront un emploi » dans le domaine.

M. Monck n’était pas non plus impressionné par l’argument voulant que « les fonceurs réussissent », répliquant que c’est le cas peu importe la situation. Il se demande également à quel point les étudiants qui entrent dans les écoles de journalisme sont des entrepreneurs dans l’âme. Il avance que beaucoup d’entre eux sont attirés par les arts libéraux et auraient pu choisir un programme d’études en littérature ou en histoire, mais ont opté pour le journalisme, un choix plus « sûr » qui semble ouvrir la voie à une carrière.

Pendant le débat, des membres de l’auditoire ont tracé un parallèle avec les programmes d’études en enseignement et ceux en droit, deux professions où les diplômés ont également de la difficulté à trouver un emploi. L’Ontario a annoncé récemment qu’elle limiterait le nombre d’étudiants admis dans les programmes de formation en enseignement, une décision qui fait écho à celles prises aux États-Unis et au Canada de limiter les effectifs des écoles de droit. La blogueuse torontoise Jennifer Polk, qui assistait à la conférence, compare le sort des étudiants en journalisme à celui des titulaires de doctorat qui tentent de percer le marché de l’emploi dans le milieu universitaire.

À PROPOS LÉO CHARBONNEAU
Léo Charbonneau
Léo Charbonneau is the editor of University Affairs.
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