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EN MARGE

Un vent d’alarmisme souffle sur l’avenir des universités

Étrangement, le Canada semble épargné, du moins jusqu’ici.

par LÉO CHARBONNEAU | 07 NOV 12

Les publications qui prédisent la « crise » de l’enseignement supérieur se multiplient à l’heure actuelle. J’ai d’ailleurs commenté dans un billet précédent les scénarios catastrophes qui circulent sur l’avenir des universités.

Un rapport récemment publié en Australie illustre bien ce type d’analyse pessimiste. Puisque le système universitaire australien ressemble beaucoup au nôtre, il est intéressant d’examiner les conclusions de l’étude, qui pourraient vraisemblablement s’appliquer aux universités canadiennes.

Le rapport de 30 pages préparé par la firme d’experts-conseil internationale Ernst & Young s’intitule The University of the future: A thousand year old industry on the cusp of profound change. L’auteur du rapport, Justin Bokor, directeur général de la division éducation d’Ernst & Young, affirme sans détour qu’avec le modèle d’affaires actuel, plus aucune université australienne ne sera viable d’ici 2025. « Nous avons été témoins de changements structurels fondamentaux dans les médias, la vente au détail et le divertissement au cours des dernières années; c’est maintenant au tour de l’enseignement supérieur », ajoute-t-il.

Le rapport indique que le modèle dominant en Australie (on aurait pu ajouter « au Canada »), celui de l’établissement d’enseignement et de recherche à grande échelle soutenu par des actifs considérables, est condamné dans presque tous les cas. Au minimum, explique-t-on, « les universités devront considérablement rationaliser leurs activités et intégrer de nouveaux modes d’enseignement et de diffusion des apprentissages. »

Selon M. Bokor, « le financement gouvernemental est limité et s’amenuisera encore au cours des cycles politiques à venir ». On pourrait facilement entendre la même chose au Canada. Les universités, dit-il, « ne sont pas tout à fait des entreprises, mais elles devront être gérées comme tel. Elles doivent être rationalisées et efficaces. »

Le rapport conclut, apparemment sans ironie, que « la période à venir sera passionnante. »

Cet argumentaire ne convainc toutefois pas tout le monde. Dans la revue Campus Review (abonnement requis), la sénatrice australienne Lee Rhiannon, porte-parole du Parti vert en matière d’éducation, décrit le rapport comme étant « exagéré » et « alarmiste ». Elle admet la validité de certains arguments, mais se dit préoccupée par ce qu’elle voit comme un plaidoyer d’Ernst & Young pour une participation accrue du secteur privé dans les universités. « Le rapport est conçu de manière à ouvrir la porte aux fournisseurs privés aux dépens d’un secteur universitaire public robuste et équitable, affirme-t-elle. À coup d’expressions à la mode, on présente les réductions du financement des universités publiques comme inévitables, et le secteur privé, comme un sauveur. »

Les États-Unis et le Canada

C’est aux États-Unis que les écrits sur la crise de l’enseignement supérieur sont le plus importants. De nombreux experts américains prédisent également une profonde transformation du milieu universitaire. On peut affirmer sans exagérer que de l’inquiétude est ressentie chez nos voisins du Sud. Selon un récent sondage commandité par le magazine Time et la Carnegie Corporation of New York, 89 pour cent des adultes américains et 96 pour cent des hauts dirigeants des collèges et universités considèrent que l’enseignement supérieur est en crise, et près de quatre sur 10 jugent que cette crise est grave.

Au Canada, le vent de pessimisme nous a plutôt épargnés jusqu’à maintenant. Je me demande pourquoi.

Il ne s’agit pas de nier les défis qui attendent les universités canadiennes — bien que leur description change d’un analyste à l’autre —, mais on ne semble pas entrevoir de crise imminente.

Cela pourrait tenir en partie à la place plutôt restreinte du secteur privé au sein des universités canadiennes, outre les dons de bienfaisance, le parrainage et les collaborations entre l’industrie et les universités en matière de recherche. La situation est très différente aux États-Unis, où bon nombre des universités d’élite sont privées et où le plus important fournisseur de services d’enseignement en ligne appartient à une entreprise à but lucratif.

Il se peut que, devant la situation actuelle au Canada où l’on privilégie un système public solide et où la population semble peu favorable au changement, les entrepreneurs n’entrevoient tout simplement pas la possibilité de faire de grands profits. Or, j’ai l’impression que c’est justement la perspective de réaliser des profits faramineux qui inspire la plupart des actuels scénarios catastrophes. C’est, du moins, une théorie.

À PROPOS LÉO CHARBONNEAU
Léo Charbonneau
En 2000, Léo Charbonneau est entré au service d’Affaires universitaires comme rédacteur principal et a été nommé rédacteur en chef adjoint trois ans plus tard. Il a travaillé 10 années au Medical Post à titre de chef de la rédaction et réviseur de chroniques à Montréal. C’est lui qui a proposé de rédiger le blogue officiel d’Affaires universitaires, En marge, en partie pour se rapprocher du lectorat.
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