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L'aventure universitaire

Quelle direction l’enseignement supérieur doit-il prendre?

Le Conte de la bourgeoise de Bath de Geoffrey Chaucer, avec son modèle de gouvernance inspiré de la table ronde, nous donne un fascinant aperçu de la façon d’aborder la question.

par JESSICA RIDDELL | 27 MAR 18

On m’a récemment demandé de songer aux tendances, aux occasions et aux défis actuels liés à l’apprentissage et à l’enseignement dans les universités canadiennes. À la même période, je partais en voyage pour participer à une conférence nationale, à une série de consultations sur les campus, à une séance d’écriture et à un exposé public. J’ai ainsi pu consulter des recteurs, des administrateurs, des professeurs, des spécialistes en développement de contenu pédagogique, des membres du personnel et des étudiants.

Comme vous vous en doutez probablement, ma question générale a donné lieu à des réponses très variées. Certaines personnes étaient d’avis que l’intégration des cultures autochtones était l’enjeu le plus pressant, alors que d’autres ont mis l’accent sur l’accessibilité et l’inclusion. Plusieurs de mes collègues ont souligné l’urgence d’agir en ce qui concerne les problèmes de santé mentale, tandis que d’autres ont laissé entendre que nos principaux obstacles à surmonter étaient liés aux accommodements et à la conception universelle de l’apprentissage. Même si de nombreuses personnes ont fait valoir que l’apprentissage en ligne était notre principale occasion à saisir, l’apprentissage par l’expérience a soulevé d’aussi grandes passions.

Cette variété de points de vue m’a rappelé le Conte de la bourgeoise de Bath, écrit par Geoffrey Chaucer au xive siècle. Le conte, qui se déroule en Angleterre à l’époque du roi Arthur, raconte l’histoire d’un chevalier qui doit racheter son crime atroce en répondant à la question suivante : « Que désirent réellement les femmes? » S’il arrive à trouver une réponse satisfaisante pour toutes les femmes en moins d’un an, il sera gracié.

Il parcourt donc le monde en quête de réponses, mais aucune femme n’est du même avis : certaines rêvent de gloire ou de richesse, d’autres de beauté ou de liberté. Alors que tout espoir semble perdu, une femme répugnante lui donne la réponse qui lui avait échappé jusque-là, c’est-à-dire que toute femme souhaite être maîtresse d’elle-même. Autrement dit, elle veut avoir le droit de s’autodéterminer.

Le chevalier transmet la réponse au tribunal et est libéré. Il épouse la vieille femme et, lorsqu’il la laisse décider de son allure physique, celle-ci se transforme comme par magie en magnifique jeune fille avec qui il vivra heureux pour toujours.

En quoi ce récit est-il lié à notre question de départ? Que veulent tous les intervenants du milieu de l’enseignement postsecondaire? Je crois que l’autodétermination est une bonne piste : nous voulons tous être traités dignement et être maîtres de nous-mêmes pour avoir le droit et la liberté d’exploiter toutes nos capacités.

Mais comment ce constat se traduit-il concrètement? Le conte de Chaucer, avec son modèle de gouvernance inspiré de la table ronde, nous donne un fascinant aperçu de la façon d’aborder la question.

Nous devons d’abord et avant tout inviter les membres des groupes sous-représentés et marginalisés à prendre part aux discussions actuelles avec les universités. Nous devons insister pour consulter, en tout temps, des membres des nations autochtones, qu’il s’agisse d’aînés, d’administrateurs, de professeurs, d’étudiants ou de dirigeants communautaires. Nous devons inclure les étudiants dans toutes les discussions. Nous devons veiller à ce que nos cadres d’échange actuels respectent les normes d’équité, de diversité et d’inclusion.

Nous avons aussi la possibilité de créer de nouvelles tribunes. La technologie nous donne une occasion sans précédent de créer des lieux de discussion virtuels qui renforcent, sans le diluer, l’apprentissage dans des contextes propres aux disciplines et aux établissements.

Nous pouvons créer des forums publics pour lancer un dialogue rigoureux et nuancé avec les collectivités sur les enjeux les plus pressants de la société. Nous devons créer davantage de cadres de collaboration interuniversitaire, que ce soit en raison de valeurs ou d’un format semblables, ou encore d’un changement pédagogique précis.

L’enseignement supérieur évolue constamment, et nous devons nous demander comment moderniser les tables de discussion. Certaines tables doivent-elles changer de forme? Leur portée doit-elle être élargie? Doivent-elles avoir lieu ailleurs? Comment pouvons-nous les réorganiser pour placer l’apprentissage et l’enseignement au cœur de nos projets?

Enfin, certains lieux d’échange doivent être complètement revus, et je ne parle pas de changements physiques. Je parle plutôt de renverser les rôles associés au modèle traditionnel d’apprentissage, un peu comme dans une « classe inversée ». Pour transposer ce concept dans le milieu de l’enseignement supérieur, pouvons-nous mettre de côté les modèles traditionnels et aborder toutes nos activités selon une démarche pédagogique, que ce soit en tant qu’apprenants, chercheurs, collaborateurs ou dirigeants?

En classe, ma démarche pédagogique mise sur la curiosité, les échecs et la résilience, les capacités de chaque participant, la complexité, les valeurs multiples, les points de vue variés et la recherche commune d’un sens. Elle invite à la transformation par l’intermédiaire d’un dialogue prudent et respectueux. Comment cette démarche peut-elle être appliquée aux réunions de comités et de conseils d’administration, au sénat, aux entretiens d’embauche, aux tables de négociation et aux groupes de travail?

À quelles discussions aimeriez-vous participer? Quels cadres d’échange aimeriez-vous créer, réorganiser ou transformer?

À PROPOS JESSICA RIDDELL
Jessica Riddell
Jessica Riddell est professeure agrégée au département d’anglais de l’Université Bishop’s, ainsi que titulaire de la chaire Stephen A. Jarislowsky pour l’excellence en enseignement au baccalauréat et récipiendaire du Prix national 3M d’excellence en enseignement.
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