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Point de vue de l'administrateur

Comment connaître une carrière valorisante en administration

par DOUG OWRAM | 11 JAN 10

Comme c’est ma première chronique et qu’on m’a demandé de transmettre le point de vue de l’administrateur, j’ai pensé commencer par vous raconter comment j’en suis arrivé là.

Quand j’étais étudiant au doctorat à l’Université de Toronto, et ensuite jeune professeur à l’Université de l’Alberta, je me voyais déjà, historien engagé, imposant aux étudiants mes convictions sur les raisons pour lesquelles tous les Canadiens devraient connaître le système Sydenham ou la Crise de 1929. Pourtant, au cours de la deuxième partie de ma carrière, j’ai surtout été appelé à équilibrer des budgets, à concevoir des plans stratégiques et à prendre la parole devant diverses organisations pour promouvoir l’enseignement postsecondaire. Un parcours qui peut sembler stupéfiant avec un certain recul.

Comment se fait-il que certains d’entres nous soient attirés par un cheminement si éloigné de l’enseignement et de la recherche? Comment se fait-il que certains puissent résister au chant des sirènes de l’administration alors que d’autres ne demandent qu’à être appelés?

Puisque la plupart des carrières en administration commencent dans le dédale des comités universitaires, je commencerai par là. L’administration, quelle que soit sa forme, ne présente pas beaucoup d’attrait pour les professeurs. Ils font leur part au sein de quelques comités, sans plus. D’autres, plus malins, font en sorte d’être si mauvais que personne ne leur demandera plus jamais de faire partie d’un comité. Utilisant encore une autre tactique, certaines personnes annoncent d’emblée leur intention de faire carrière en administration. Leurs collègues deviennent alors méfiants et plus aucun poste intéressant ne leur est confié au sein d’un comité.

Ainsi se fait le processus d’élimination. Comme les candidats se raréfient, ceux qui restent sont aspirés vers le haut. Alors s’enchaînent les postes aux comités de département, aux conseils de faculté, puis aux organismes universitaires. On y rencontre des universitaires qui travaillent dans des domaines incompréhensibles dont les besoins, les charges de cours et les pratiques en matière de publication semblent tout à fait insolites. Premier signe qui indique qu’on est sur la voie de l’administration : être capable de formuler les besoins dans des disciplines dont l’objet d’études est un vrai mystère.

Au fil du temps, bien sûr, la participation aux comités mène aux nominations. Encore une fois, surtout au niveau du département, solliciter activement un poste serait mal vu. Il faut simuler une attitude réticente, « d’accord, mais seulement pour un trimestre », alors que vous savez bien que l’alternative pour le poste serait un désastre.

Jusqu’à maintenant, toutes ces étapes peuvent très bien s’inscrire dans un parcours universitaire soi-disant « normal ». Les heures en classe s’en trouvent réduites, mais l’enseignement est maintenu, les publications sont un peu ralenties, mais demeurent essentielles pour la réputation. Pourtant, arrive le moment où il faudra faire un choix, cesser de se faire tirer l’oreille et se lancer à la recherche d’un poste de direction. Il est difficile de prétendre, quand on est doyen ou vice-recteur, qu’il s’agit d’une activité secondaire. Puis toutes sortes de questions viennent à l’esprit, mais elles se résument à une seule : « Qu’est-ce que je fais ici? ».

La réponse est différente pour chacun. Souvent, c’est pour faire bouger les choses et pour l’effervescence ainsi que le sentiment d’instantanéité et de puissance.

Il y a évidemment des coûts. On perd entre autres la liberté dont disposent les professeurs de poursuivre leurs intérêts personnels et d’établir leur horaire au quotidien. Sacrifier sa liberté au profit d’un style de vie suscite de la sympathie de la part de certains collègues et du mépris de la part de ceux pour qui l’administration représente le côté sombre de la vie universitaire.

Une carrière en administration n’est qu’une suite de paradoxes. Elle a très peu à voir avec toutes les années d’études qui ont précédé. Elle offre des possibilités, mais une existence complètement différente. Un ancien doyen m’a dit un jour « votre métabolisme mental s’en trouve transformé ». Les projets à long terme cèdent la place aux réunions à court terme et les traités savants, aux courriels hâtifs. Dans les faits, vous servez l’enseignement et la recherche en abandonnant l’enseignement et la recherche.

Forte de toutes ces contradictions, une deuxième carrière en administration peut être valorisante pour un professeur. Sans oublier que les universités ont besoin de professeurs qui sont prêts à faire la transition, sinon elles pourraient être tentées d’aller recruter des « experts » à l’extérieur. Ce qui n’a rien d’enchanteur, car bien que certains nous considèrent comme le côté sombre, nous avons tout de même déjà été du côté de la lumière!

Doug Owram est vice-recteur adjoint du campus Okanagan de l’Université de la Colombie-Britannique. Il est aussi historien canadien et membre de la Société royale du Canada.

À PROPOS DOUG OWRAM
Doug Owram is deputy vice-chancellor of UBC Okanagan and a Canadian historian.
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