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Point de vue de l'administrateur

Deuxième partie : Ce que signifie accueillir des étudiants étrangers

Les universités doivent, plus que tout, investir dans la réussite des étudiants une fois que ceux-ci se trouvent sur le campus.

par DOUG OWRAM | 08 JUIN 10

Ma dernière chronique (en avril) était consacrée à la présence grandissante d’étudiants étrangers dans les universités canadiennes. Je me penche maintenant sur quelques-unes des répercussions de cette tendance sur la planification.

Supposons dans un premier temps, que l’internationalisation progressive des universités canadiennes se poursuivra, et ce, pour plusieurs raisons. L’accroissement de la richesse en Asie et ailleurs dans le monde se traduit par une augmentation rapide du nombre d’étudiants étrangers. Même si la « mondialisation » est devenue un cliché, il n’en demeure pas moins que les étudiants et les universités ont de bonnes raisons de regarder au-delà de leurs frontières nationales. De plus, les universités canadiennes accusent un retard par rapport à leurs homologues de l’Australie et du Royaume-Uni. En d’autres mots, il y a un potentiel de croissance.

La deuxième supposition a trait à la gestion de certains risques. Les cycles économiques et les politiques gouvernementales peuvent entraîner des fluctuations de courte durée de l’effectif étudiant. Si les établissements d’enseignement sont trop dépendants des revenus issus des frais de scolarité provenant des étudiants étrangers, ils s’exposent à l’instabilité financière lorsque ces fluctuations à court terme viennent déséquilibrer les budgets de base. Il existe également un élément de « risque collectif » : la gestion des programmes d’études conjoints et des partenariats avec des établissements étrangers varie d’une province à l’autre. Une mauvaise expérience vécue auprès d’une université canadienne risque de nuire à la réputation de toutes. J’ai pu le constater il y a quelques années lorsqu’une délégation de hauts dirigeants universitaires chinois se sont plaints des fausses promesses des Canadiens. En fait, seul un petit collège privé était concerné, mais tous les établissements d’enseignement canadiens en ont souffert, du moins potentiellement.

Enfin, l’université et les étudiants s’exposent à un risque si l’établissement ne reconnaît pas que beaucoup d’étudiants étrangers éprouvent des difficultés particulières. La plupart des étudiants au premier cycle n’ont que 17 ou 18 ans lorsqu’ils font le grand saut et s’engagent à passer quatre ans à l’étranger. Les différences culturelles, le mal du pays et la pression de réussir les empêchent de tirer pleinement parti de leur expérience. De plus, malgré les exigences liées à l’admission et des instruments comme le test TOEFL, la langue entraîne des difficultés supplémentaires pour des étudiants de nombreux pays.

Ces suppositions font ressortir un constat fondamental : les universités canadiennes doivent envisager le recrutement d’étudiants étrangers comme une perspective à long terme. Une vision à long terme se traduit par de véritables investissements pour faire en sorte que l’établissement puisse, sans égard aux fluctuations à court terme, attirer et maintenir aux études jusqu’à l’obtention de leur diplôme un nombre accru d’étudiants étrangers qualifiés.

Les investissements prennent plusieurs formes. D’abord, l’établissement de budgets consacrés aux effectifs étrangers au premier cycle doit être un processus réfléchi. C’est une question de responsabilité sociale, mais aussi de rentabilité, car les diplômés offrent la meilleure publicité qui soit. Les équipes de recrutement doivent disposer des ressources nécessaires pour faire efficacement leur travail. Les sites Web doivent répondre adéquatement aux besoins des étudiants étrangers (il faut leur demander ce qu’ils recherchent). Au moment d’établir les budgets, il faut appuyer par des mesures incitatives les programmes qui attirent les étudiants étrangers tout en maintenant un équilibre entre étudiants d’ici et d’ailleurs. Les bourses d’études fondées sur l’excellence offrent des occasions aux étudiants étrangers doués et diminuent le risque qu’« étranger » soit toujours associé à « riche ».

Les universités doivent, plus que tout, investir dans la réussite des étudiants une fois que ceux-ci se trouvent sur le campus. La plupart des universités offrent des services de soutien, et les centres de liaison internationale et les programmes d’orientation spéciaux sont chose courante. La durée, les ressources et le contenu de ces programmes varient toutefois considérablement. Trop souvent, le soutien aux étudiants étrangers ne s’inscrit pas dans la mission universitaire de l’établissement.

Il y a toutefois des exceptions. De taille relativement petite, la Thompson Rivers University offre pourtant une gamme d’outils et de programmes visant à intégrer la réflexion sur les étudiants étrangers à sa mission première. Le fait que cette démarche soit en partie motivée par des enjeux démographiques vient uniquement renforcer l’argument selon lequel la responsabilité sociale et l’intérêt de l’établissement peuvent aller de pair.

Pour parvenir à assurer le succès de l’internationalisation au premier cycle, ces exceptions doivent devenir la règle. Les frais de scolarité élevés que paient les étudiants étrangers permettent d’améliorer les programmes et les services de soutien sans puiser dans les subventions gouvernementales ou les revenus issus des frais de scolarité généraux. La croissance du nombre d’étudiants étrangers est importante pour le Canada et pour les étudiants, qui profitent de l’excellence de notre système universitaire. C’est un investissement qui en vaut la peine.

Doug Owram est vice-recteur adjoint du campus Okanagan de l’Université de la Colombie-Britannique. Il est aussi historien canadien et membre de la Société royale du Canada.

À PROPOS DOUG OWRAM
Doug Owram is deputy vice-chancellor of UBC Okanagan and a Canadian historian.
COMMENTAIRES
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  1. olivia / 13 November 2014 at 09:00

    Très bon article ! Effectivement , tous les étudiants étrangers ne sont pas toujours issus de la haute classe, et quand bien même c’est le cas ,pour le premier cycle ,ils sont jeunes (17 ans-18 ans) et sont très dépendants financièrement des parents ,qu’advient-il lorsque les parents décèdent ,s’il y a une catastrophe naturelle dans leurs pays d’origine? Y a-t-il des mesures mises en place pour les aider ? les bourses de dépannage sont -elles èa leur portée? si oui ya-t-il un quota et quel est le montant assigné?
    si non ,Déjèa le fait de les inciter èa avoir de bonnes notes scolaires èa travers les programmes et les services de soutien afin de bénéficier des bourses peut être un bon moyen de les aider tout en encourageant l’excellence qui èa son tour rehaussera davantage la réputation du Canada èa l’étranger!