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L’étudiant étranger et le milieu universitaire canadien: Première partie

Les universités canadiennes ne recrutent activement d’étudiants étrangers que depuis peu et ont souvent adopté une attitude quelque peu défensive à l’égard de la présence de ces étudiants sur leur campus.

par DOUG OWRAM | 08 MAR 10

En novembre, le ministre du Commerce international, Stockwell Day, a publié le rapport intitulé Impact économique du secteur de l’éducation internationale pour le Canada. Cette étude démontre que l’éducation des étudiants étrangers constitue une importante industrie d’exportation pour le Canada et offre des avantages économiques indéniables.

Le rapport, qui a reçu une attention limitée des médias, revêt pourtant une certaine importance. Par le passé, le gouvernement et la population, préoccupés par les places réservées aux Canadiens, se sont montrés très ambivalents par rapport à la présence d’étudiants étrangers. Les universités canadiennes ne recrutent activement d’étudiants étrangers que depuis peu et ont souvent adopté une attitude quelque peu défensive à l’égard de la présence de ces étudiants sur leur campus. Cependant, le rapport du ministre Day met l’accent sur la croissance des effectifs étrangers au Canada et donne un assentiment politique officieux à l’accroissement de la présence d’étudiants étrangers dans les universités canadiennes.

Pour ces raisons, il importe plus que jamais que les universités canadiennes examinent attentivement l’incidence des effectifs étrangers sur leurs campus. Disposons-nous des politiques nécessaires pour appuyer leur croissance? Voyons-nous les universités canadiennes assumer un rôle de chef de file sur la scène internationale dans ce domaine? Dans l’affirmative, il nous incombe de veiller à ce que les étudiants aient toutes les occasions de réussir et, ce faisant, de rehausser la réputation des universités canadiennes à l’étranger.

Les statistiques envoient des messages contradictoires. D’une part, le nombre d’étudiants étrangers au Canada a augmenté considérablement au cours des dernières années : En 2008, environ sept pour cent des étudiants de premier cycle au Canada étaient étrangers, en hausse par rapport à cinq pour cent en 2001, et l’étude du ministre Day évalue actuellement à 178 000 le nombre d’étudiants étrangers de niveau postsecondaire au Canada. D’autre part, comparativement à certains de nos partenaires du Commonwealth, ce nombre est encore peu élevé. L’Australie, dont la population équivaut aux deux tiers de celle du Canada, recensait plus de 300 000 étudiants étrangers la même année et les statistiques de la Nouvelle-Zélande étaient encore plus élevées par rapport à l’ensemble de ses effectifs universitaires. La Grande-Bretagne a conservé la place qu’elle occupe depuis longtemps parmi les principaux exportateurs d’enseignement supérieur, comptant plus de 2,3 millions d’étudiants étrangers. Par conséquent, malgré une croissance récente, le Canada est encore loin d’être un chef de file dans ce domaine.

Cela s’explique en partie par le fait que nous avons tardé à recruter activement. L’attention concertée que portent nos universités au marché de l’éducation internationale ne remonte qu’au début des années 1990. Il est vrai que les universités canadiennes accueillent depuis longtemps un nombre important d’étudiants étrangers, soit entre 15 et 20 pour cent des effectifs aux cycles supérieurs dans les grands établissements de recherche. Toutefois, les effectifs au premier cycle variaient selon les établissements et les régions. En effet, en observant les effectifs au premier cycle dans les années 1990, on remarque deux tendances. D’abord, que les effectifs étrangers au premier cycle diminuaient au Canada, et ensuite que, dans la plupart des établissements, ce groupe d’étudiants était marginal par rapport à l’ensemble des effectifs.

Au cours des 15 dernières années, par contre, les universités canadiennes ont commencé à s’intéresser à cette question. Elles ont désormais recours à diverses stratégies dans le but de séduire des étudiants qualifiés de partout dans le monde. Elles organisent d’importants salons de recrutement à l’étranger ou utilisent la technique du bazar, c’est-à-dire que des dizaines d’universités investissent une région, y installent des kiosques et encouragent les étudiants à voir ce que chacune d’elles leur offre. Elles emploient également des équipes de recrutement international qui ciblent directement des établissements précis. Elles procèdent parfois de la même façon que pour le recrutement national, en ciblant des marchés en particulier, alors que d’autres fois, elles s’appuient sur des « partenariats » établis avec des écoles étrangères. Il ne faut pas non plus oublier que de nombreux étudiants étrangers proviennent en fait du Canada, ayant fait leurs études secondaires dans un établissement privé ou public canadien.

La modification des stratégies a transformé la nature des effectifs étrangers des universités et met en perspective l’attention du gouvernement. Tout d’abord, le concept d’internationalisation du corps étudiant, autrefois axé sur les cycles supérieurs, concerne désormais le premier cycle. Ensuite, malgré une répartition régionale inégale, de plus en plus d’universités considèrent l’accroissement de leurs effectifs étrangers au premier cycle comme une priorité. Les répercussions de cette tendance sur le milieu universitaire canadien feront l’objet de ma prochaine chronique.

À PROPOS DOUG OWRAM
Doug Owram is deputy vice-chancellor of UBC Okanagan and a Canadian historian.
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