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La vérité et la réconciliation en 2022

En tant que communauté universitaire, nous avons le devoir d’enseigner l’histoire du pays et d’engager un débat respectueux sur les réalités autochtones.

par CYNTHIA WESLEY-ESQUIMAUX | 01 SEP 22

Partout dans le monde, le milieu universitaire commence à accueillir les peuples autochtones ainsi que leurs connaissances, et à les intégrer à ses activités. Les 13 principes en matière d’éducation des Autochtones adoptés par les recteur.trice.s des universités canadiennes en sont d’ailleurs un exemple. La plupart des collèges et universités du pays offrent désormais des espaces pour les étudiants autochtones de même que des programmes abordant des notions historiques et contemporaines liées aux questions autochtones.

J’ai appris que nous devons impérativement raconter nos propres histoires. La mienne met en évidence ma capacité à surmonter la peur et le deuil, et à m’élever au-dessus de la discrimination sociale. Je suis une enfant de survivants des pensionnats, une décrocheuse, une âme égarée qui, animée par un profond désir d’apprendre, a trouvé son chemin dans les vénérables corridors des universités. J’ai appris à ne faire qu’un avec l’excellence, à toujours donner le meilleur de moi-même et à me tenir droite en tant que femme autochtone. Je puise ma force dans l’acceptation et la communication de ma propre vérité.

Il faut raconter des récits qui témoignent de notre passé empreint d’une puissante survie et de savoir, qui expriment notre vraie valeur, qui résonnent avec la profondeur et la beauté de nos cérémonies, de nos danses, de nos chants, et qui rappellent la puissance de notre tambour. Alors que nous faisons progresser le pays vers la possibilité d’une réconciliation, à l’intérieur comme à l’extérieur, nous devons nous poser la question : qui raconte le récit de la vérité? Ce récit offrira-t-il le remède à des différends historiques ou divisera-t-il davantage les Canadien.ne.s?

Nous devons tous témoigner avec courage de notre amour de la nature et des autres, car nous sommes au monde pour vivre et explorer l’essence de nos liens pour le meilleur ou pour le pire, assumer la beauté de notre diversité et tendre vers une unité profonde de l’humanité. C’est là que nous trouverons la véritable source de la vie et du sens.

Ces 15 dernières années, les témoignages de vérité ont enclenché un processus de guérison chez les personnes autochtones. Une lumière de savoir fait briller les défis et possibilités internes, qui sont désormais au cœur des préoccupations de nos nations. La communauté allochtone doit également se livrer à un examen de conscience et procéder à des changements. Son cheminement est toutefois très différent et repose sur l’apprentissage et la pratique de l’humilité. Les peuples autochtones savent déjà que l’humilité est indispensable pour nouer des relations solides.

L’histoire de ce pays se révèle et les personnes allochtones dont les ancêtres ont participé à l’expulsion des personnes autochtones de leur territoire et approuvé officiellement le vol de terres et le déracinement, les pensionnats et hôpitaux pour personnes autochtones, la rafle des années 1960 et bien d’autres mesures répressives sont maintenant invitées à réfléchir aux répercussions vécues par les peuples autochtones, et à faire des choix sociaux et politiques difficiles. Il en revient aux colonisateurs d’accepter et de vivre la « vulnérabilité », et de trouver l’humilité pour amorcer leur propre guérison et accepter la vérité. En revanche, les peuples autochtones doivent maîtriser ce que l’auteur Gerald Vizner appelle le « trop-plein d’impuissance », et se demander : « Sommes-nous de bons ancêtres qui perpétuent nos langues et nos cultures? »

L’historien Isaiah Lorado Wilner affirme que la culture est davantage un processus qu’un produit. En d’autres mots, les personnes et communautés autochtones ne sont pas immobiles ou figées dans le temps. Nous sommes incroyablement diversifiés et dynamiques. Et notre sang s’en souvient, même si nos esprits ont été forcés de se concentrer sur les traumatismes intergénérationnels, nous laissant livrer une lutte perpétuelle contre nos démons intérieurs. En dépit de ces luttes personnelles et collectives, les recherches de M. Wilner et d’autres confirment qu’une grande influence s’exerce sur la pensée et la pratique occidentales.

Les peuples autochtones reconnaissent qu’il existe de l’unité dans la diversité, et de la diversité dans l’unité, et continuent de chanter et de danser ce truisme. D’ailleurs, l’expression « toutes mes relations » illustre exactement cela, qu’elles soient humaines ou non. Voilà la vision de la vérité et de la réconciliation que le Canada doit adopter. En tant que communauté universitaire, nous avons le devoir d’enseigner l’histoire du pays et d’engager un débat respectueux sur les réalités autochtones.

À PROPOS CYNTHIA WESLEY-ESQUIMAUX
Cynthia Wesley-Esquimaux est la première présidente de la vérité et la réconciliation à l’Université Lakehead.
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