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Point de vue de l'administrateur

Le racisme, un tabou à briser

Parler de racisme n’est pas facile, mais c’est essentiel pour y mettre fin.

par SHEILA COTE-MEEK | 02 MAR 20

Dans un grand magasin, j’entends une voix dans les haut-parleurs dire « nettoyage dans l’allée 9 ». Je regarde autour de moi. Je suis seule dans l’allée 9. (Moi : Où est le dégât? Ah non, pas encore. Est-ce un message codé pour alerter la sécurité?)

Je rencontre le directeur de l’école de ma fille parce qu’elle résiste aux commentaires racistes sur les Autochtones en classe. Je lui explique pourquoi ces commentaires sont déplacés et pourquoi l’enseignante n’aurait pas dû expulser ma fille de la salle de classe. Le directeur : « Oh, vous vous exprimez bien pour… » Il ne termine pas sa phrase. (Moi : Pour quoi? Une femme? Une Autochtone? Comment gérer cette situation au mieux des intérêts de ma fille?)

Un professeur du département X : « Je comprends pourquoi vous voulez embaucher des professeurs autochtones, mais pas pourquoi vous voulez en embaucher dans toutes les disciplines. Pourquoi ne les embauchez-vous pas tous dans un même département que vous appellerez “Études autochtones?” » (Moi : Mais qu’est-ce que je viens d’entendre? Quoi répondre?)

Le premier exemple est une expérience de magasinage courante pour les Autochtones et autres personnes racisées. Le deuxième m’est arrivé dans une école secondaire, il y a quelques années. J’étais mal à l’aise, mais je n’aurais pas dû être surprise – ce genre de commentaire est assez fréquent. Le troisième fait partie des nombreuses remarques que j’ai entendues quand je travaillais pour l’embauche d’universitaires autochtones. J’ai documenté les expériences d’étudiants et de professeurs autochtones dans mon livre intitulé Colonized Classrooms: Racism, Trauma and Resistance in Post-secondary Education (Salles de classe colonisées : racisme, traumatisme et résistance dans l’enseignement postsecondaire). Les trois exemples sont réels, mais je dirais qu’ils sont relativement faibles sur l’échelle du racisme.

Au cours de ma vie, sur le plan personnel et professionnel, j’ai vécu tellement de racisme flagrant ou caché que j’en oublie le compte. Chaque cas a provoqué chez moi diverses réactions – émotionnelles, cognitives, spirituelles et même physiques. Bien que je sois une personne plutôt positive, il y a des moments où cette litanie d’expériences et de commentaires est difficile à porter.

On ne peut nier l’existence du racisme et le fait qu’il soit encore omniprésent dans la vie quotidienne des Autochtones et autres personnes racisées du Canada. On n’a qu’à penser au récent article du Globe and Mail sur le racisme dirigé contre les Noirs de la Nouvelle-Écosse. C’est pourquoi j’aimerais proposer certaines stratégies pour mieux le combattre.

La première est de reconnaître l’existence du phénomène. J’ai été témoin de racisme dans sa forme manifeste et dans sa forme dissimulée. La première est toujours plus facile à détecter et à contester. La deuxième est plus longue à déceler. Malgré tout mon travail sur la question, je continue d’apprendre. Je crois qu’il est important de commencer à nommer le racisme et à en discuter. Autrement, nous vivrons dans le déni et contribuerons à le perpétuer.

Il faut également examiner d’un œil critique toutes les nouvelles procédures ou politiques instaurées – comment seraient-elles perçues par les Autochtones et autres personnes racisées? Le Collège de la confédération a récemment publié un document intitulé Equity, Diversity and Indigenous Lens (Équité, diversité et perspectives autochtones) qui propose d’excellentes questions à poser.

Tout le monde devrait faire l’effort de suivre des formations, d’assister à des ateliers, ou de lire des livres, des articles d’opinion ou d’autres articles pour mieux comprendre le racisme. Il est important de prendre l’initiative plutôt que de compter uniquement sur les Autochtones et les autres personnes racisées pour vous informer.

Enfin, dénoncez le racisme lorsque vous en êtes témoin. Chacun se doit d’agir pour y mettre fin.

Auparavant, j’avais du mal à parler de racisme. Je voyais que peu de gens voulaient en entendre parler et que le sujet les mettait mal à l’aise. Au fil des années, j’ai compris que cela me gênait aussi. Parler de racisme n’est pas facile, mais c’est essentiel pour y mettre fin. Dans les établissements d’enseignement supérieur, ne devrions-nous pas donner à la prochaine génération de leaders les outils nécessaires pour évoluer dans ce monde complexe? Si nous valorisons l’équité et l’inclusion en tant qu’établissements d’enseignement supérieur, nous devons commencer à avoir certaines de ces conversations complexes et difficiles.

À PROPOS SHEILA COTE-MEEK
Sheila Cote-Meek
Sheila Cote-Meek est vice-rectrice, Équité, personnes et culture à l’Université York.
COMMENTAIRES
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  1. Bétina Eustache / 8 March 2020 at 08:33

    Je ne sais pas si d’en parler suffira mais ce serait certainement un premier pas. En effet, beaucoup dans la belle société québécoise et canadienne semble réellement croire qu’ils ne sont pas racistes. Et pourtant…les biais ponctuent tant les petites phrases d’une simple conversation. Ils ne s’en rendent même pas compte parfois et seraient les premiers à vous défendre si le racisme apparaissait dans sa forme manifeste. Le pire, cependant pour moi, est le racisme à l’intérieur des communautés culturelles et entre elles. Je n’en suis pas exempte. Il faudra donc parler du racisme mais cela sera douloureux pour tous, dominants et dominés.