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Les universités australiennes et canadiennes partagent de nombreux défis

Entrevue avec Belinda Robinson, présidente d’Universities Australia.

par ANQI SHEN | 10 NOV 16

feature-qa-belindarobinson-300Bien qu’ils soient géographiquement opposés, le Canada et l’Australie partagent de nombreux points communs en matière d’éducation postsecondaire. En effet, les universités de ces deux pays cherchent à favoriser la mobilité internationale des étudiants, et collaborent avec le gouvernement pour renforcer leur capacité d’innovation. Belinda Robinson, présidente d’Universities Australia, a été invitée à s’exprimer sur ces deux sujets en octobre, à Ottawa, dans le cadre des réunions des membres d’Universités Canada. Affaires universitaires s’est entretenu avec elle pour discuter des leçons que le Canada pourrait tirer de l’expérience australienne.

Affaires universitaires : Selon vous, quels sont les principaux défis que doivent relever les universités australiennes aujourd’hui?

Belinda Robinson : Un de nos principaux défis réside dans la nécessité d’implanter des politiques qui permettront aux universités de transformer l’économie australienne afin qu’elle soit moins axée sur les ressources, et davantage sur l’innovation. En outre, nous souhaitons nous doter d’un environnement politique plus stable et d’un financement prévisible à long terme des activités d’enseignement, d’apprentissage et de recherche. La réforme du système d’enseignement supérieur est à l’ordre du jour depuis maintenant deux ans et demi, ce qui se répercute sur la capacité de planification annuelle des universités.

AU : Les universités australiennes ont réussi à attirer de nombreux étudiants étrangers, et dans les dernières années, à accroître le taux de mobilité internationale des étudiants australiens. Comment expliquez-vous ce succès?

Belinda Robinson : L’Australie excelle en matière d’éducation internationale depuis plus de 40 ans. À tel point que ce secteur constitue la troisième source d’exportation au pays, évaluée à 20 milliards de dollars australiens, soit 20,4 milliards de dollars canadiens. C’est aussi notre plus importante industrie d’exportation de services.

Nous avons toutefois encore beaucoup à faire en matière de mobilité étudiante vers l’étranger. Il faut faire valoir l’importance de l’expérience internationale auprès de nos étudiants. Nous partons en effet de loin. Nous entrons maintenant dans une troisième vague d’éducation internationale axée sur des expériences d’études à l’étranger intégrées aux programmes d’enseignement, particulièrement pour les étudiants au premier cycle. De nombreuses initiatives ont commencé à porter leurs fruits.

Nos progrès sont sans doute principalement attribuables à la mise en œuvre du programme New Colombo Plan. Cette initiative a reçu l’appui de la ministre australienne des Affaires étrangères, Julie Bishop, qui a directement participé à l’élaboration du programme alors qu’elle était membre du parti de l’opposition. Quand son parti est arrivé au pouvoir, le plan a été mis en œuvre très rapidement. L’objectif du New Colombo Plan n’est pas seulement de favoriser la mobilité étudiante, mais aussi d’offrir aux étudiants des possibilités de mentorat et de stages. Ce programme est non seulement une réussite en soi, mais il a aussi permis de sensibiliser les étudiants aux avantages des études à l’étranger.

AU : Comme vous le savez, les étudiants étrangers doivent surmonter de nombreux obstacles pendant leurs études et après l’obtention de leur diplôme. Que pourraient faire les universités pour que le parcours des étudiants soit plus valorisant?

Belinda Robinson : Un grand nombre d’étudiants souhaitent acquérir une expérience interculturelle, et cela représente un défi pour nous. Les universités s’efforcent d’offrir aux étudiants étrangers des occasions de tisser des liens avec des étudiants d’ici et de pays différents du leur. Les résultats de ces efforts sont toutefois variables. La plupart de nos étudiants viennent d’Asie, et ont tendance (comme nous le ferions si nous étions à l’étranger) à se sentir plus en sécurité et plus à l’aise entre eux. Les universités accordent donc beaucoup d’importance à la recherche de solutions pour encourager les étudiants à diversifier leurs relations. La sécurité sur les campus est un autre élément clé. Les universités déploient donc beaucoup d’efforts pour offrir aux étudiants étrangers des logements sûrs.

L’Australie a voulu également améliorer les débouchés professionnels des étudiants étrangers diplômés en instaurant récemment un permis de travail post-études. Ainsi, les étudiants se voient autorisés à travailler en Australie pour une durée variable selon la durée des études suivies : un an au premier cycle, deux ans à la maîtrise et trois ans au doctorat. À l’heure actuelle, le défi consiste à élargir les possibilités d’emploi, car il n’est pas toujours facile pour les nouveaux diplômés de trouver du travail. Le gouvernement australien a donc annoncé plut tôt cette année une nouvelle stratégie en matière d’éducation internationale dans le but d’attirer davantage d’étudiants étrangers en Australie, notamment en collaborant avec les employeurs pour accroître les possibilités.

AU : Vous avez mentionné que l’innovation était l’une des principales priorités de votre gouvernement. Selon vous, quel rôle doivent jouer les universités pour favoriser l’innovation?

Belinda Robinson : Je crois que les universités jouent trois rôles déterminants. Le premier est lié à la recherche. En Australie, la majorité de la recherche financée par les fonds publics se fait dans les universités, et souvent, ce sont ces mêmes travaux de recherche qui alimentent l’innovation nécessaire à l’émergence de produits et d’industries ainsi que de nouvelles façons de faire les choses. Notre gouvernement a d’ailleurs placé l’innovation au sommet de ses priorités, car l’Australie a beaucoup de chemin à faire à cet égard sur la scène internationale. Les universités jouent aussi un rôle en convertissant leurs travaux de recherche en produits et services qui stimulent les activités ou la création d’entreprises à l’échelle nationale. Enfin, elles contribuent à l’innovation en formant des diplômés possédant des compétences et un savoir qui leur permettront de transformer le tissu industriel et de diversifier l’économie du pays.

AU : Il n’est pas toujours facile de définir ce qu’est l’innovation. Au Canada, elle semble s’articuler autour des sciences et de la technologie, mais qu’en est-il des sciences humaines?

Belinda Robinson : L’innovation est aussi un concept essentiellement scientifique en Australie. Cependant, beaucoup de gens cherchent à prouver que l’innovation se manifeste également dans de nouvelles façons d’agir pour l’intérêt de la nation. Je crois que nous commençons à comprendre qu’il ne peut y avoir de véritable innovation sans l’apport des sciences humaines et des arts.

AU : Aimeriez-vous, en terminant, nous dire si vous avez remarqué des similitudes ou des différences entre les secteurs de l’enseignement supérieur du Canada et de l’Australie?

Belinda Robinson : Bien que les universités australiennes soient régies par les États, elles sont financées en grande partie par le gouvernement fédéral. La majorité de notre travail concerne le financement des universités, provenant de la combinaison des contributions des étudiants et des fonds publics, ainsi que la manière de concevoir le système de prêts étudiants. Nous avons aussi avec le Canada de nombreux dossiers d’intérêts communs, notamment la pérennité des investissements dans l’infrastructure de recherche et la recherche en général, l’éducation internationale et la mobilité vers l’étranger. Enfin, j’ai constaté, et cela n’a rien de surprenant, que nos deux pays doivent surmonter de nombreux défis similaires en matière de politiques publiques.

Cet entretien a été condensé et révisé pour en clarifier les propos.

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