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ARTICLES DE FOND

Des universitaires se font avoir par des revues frauduleuses

Le nombre d’éditeurs peu scrupuleux à l’affût d’universitaires peu méfiants grimpe en flèche.

par ALEX GILLIS | 12 JAN 17

Note du rédacteur, 18 janvier 2017 : Jeffrey Beall, le bibliothécaire de l’Université du Colorado à Denver, auteur de la « liste Beall » dénonçant des éditeurs de revues savantes en libre accès potentiellement prédateurs, a retiré toute l’information de son site. Le groupe Retraction Watch rapporte avoir reçu de l’Université du Colorado à Denver une déclaration stipulant que M. Beall « a décidé de ne plus poursuivre ni publier ses recherches et son blogue sur les revues en libre accès et sur les éditeurs peu scrupuleux ». Lacey Earle, vice-présidente du développement commercial pour l’entreprise de service d’édition Cabell’s International, a affirmé sur Twitter que M. Beall « avait été forcé de fermer son blogue après avoir reçu des menaces et pour des raisons politiques. »

L’an dernier, une étudiante au premier cycle en biologie de l’Université de la Fraser Valley a indiqué à la doyenne de la faculté des sciences de l’établissement, Lucy Lee, avoir besoin de 2 000 $ pour publier un article dans une revue savante. Sa demande a tout de suite alerté Mme Lee qui avait eu une mauvaise expérience avec cette revue, International Journal of Environmental Research and Public Health, en effectuant pour elle un examen par les pairs. Elle avait alors constaté que certains articles manquaient de rigueur, été alarmée par le nombre de ses rétractations et corrections, et s’était inquiétée de la pratique de la revue consistant à publier un numéro consacré aux « crédits » citant une très longue liste de pairs examinateurs prétendument gages de crédibilité.

L’éditeur de la revue en question, le Multidisciplinary Digital Publishing Institute (MDPI), publie annuellement près de 160 revues savantes, dont beaucoup de piètre qualité, selon Jeffrey Beall. Professeur agrégé et bibliothécaire à l’Université du Colorado à Denver, celui-ci compte parmi les grands spécialistes mondiaux de l’édition « prédatrice » en libre accès. Chaque semaine, le MDPI et d’autres éditeurs suspects demandent à Mme Lee par courriel d’examiner des articles qu’elle juge mauvais.

M. Beall juge pour sa part cette publication environnementale d’une qualité « illusoire ». Dès qu’elle a revu l’étudiante en biologie, Mme Lee s’est empressée de l’alerter et de l’aiguiller vers des revues plus crédibles comme FACETS, une revue canadienne en libre accès.

Les revues prédatrices et médiocres reposent sur le principe de l’édition en libre accès, où les auteurs paient pour que leurs articles paraissent en ligne. Contrairement aux revues légitimes, ces revues bombardent littéralement les universitaires de pourriels, acceptent pratiquement tous les articles soumis, mentent sur la rigueur de leur processus d’examen par les pairs et, bien souvent, ne mentionnent l’existence de frais de publication que vers la fin du processus.

Il arrive que des auteurs tentent de tirer parti de ces magouilles en publiant nombre d’articles dans des revues suspectes pour se voir reconnus rapidement et facilement dans le milieu universitaire. « Certaines revues prédatrices sont spécialistes de la chose, ne facturant que 200 ou 300 $ pour la publication d’un article », souligne M. Beall. C’est peu, comparativement aux 1 500 $ et plus qu’exigent la plupart des grands éditeurs en libre accès réputés. « Si vous voulez obtenir la reconnaissance universitaire, le marché a la solution, commente M. Beall. Les universités sont particulièrement victimes de ces pratiques peu scrupuleuses et contraires à l’éthique. »

Photos par Luis Albuquerque.

L’édition savante a du souci à se faire. Depuis trois ou quatre ans, le nombre de revues prédatrices a explosé, entraînant une véritable vague d’articles de piètre qualité. La Beall’s List (populaire liste noire publiée sur le Web par M. Beall) contient plus de 1 200 publications et plus d’un millier d’éditeurs qualifiés de prédateurs potentiels. Il y a cinq ans, seulement 18 éditeurs y figuraient.

Pour la seule année 2014, environ 1 000 nouvelles revues ont été lancées par des éditeurs. Distinguer les pseudo-revues des revues légitimes devient de plus en plus difficile à mesure que l’escroquerie s’affine et que les normes d’édition deviennent moins rigoureuses. Dans la catégorie des pseudo-revues il y a celles qui sont médiocres, mais aussi celles qui sont carrément frauduleuses et que les chercheurs doivent absolument éviter.

Les choses n’ont pas toujours été ainsi. Les éditeurs en libre accès légitimes, comme la Public Library of Science (PLOS) ou BioMed Central, sont apparus il y a une vingtaine d’années avec les progrès d’Internet. Quelques restrictions en matière d’accès aux articles savants s’appliquaient alors, comparativement aux modèles traditionnels exigeant des abonnés (principalement des bibliothèques) qu’ils paient pour accéder au contenu. Grâce à la PLOS et à d’autres grands éditeurs crédibles, les modèles d’édition en libre accès ont transformé la culture de l’édition savante pour le mieux, rendant les résultats de la recherche plus accessibles, mais ils ont également ouvert la porte aux escrocs et à la médiocrité.

« Les obstacles au déploiement d’une nouvelle escroquerie sont peu nombreux et guère dissuasifs, déplore M. Beall. Il suffit de mettre sur pied un site Web pour que l’argent commence à affluer. Engranger des profits est si facile que les escrocs se multiplient, par émulation. » Les revues prédatrices fonctionnent davantage comme des agences que comme des multinationales. Elles sont indépendantes les unes des autres, mais exploitent les mêmes modèles, ressources et méthodes.

« c’est plus prestigieux de publier dans des revues nord-américaines »

De plus, beaucoup « misent sur l’image de marque du Canada », précise M. Beall. Comme il l’explique, bien que l’Asie compte le plus grand nombre de chercheurs, il est jugé plus prestigieux de publier dans des revues nord-américaines qu’indiennes ou chinoises, par exemple. « Des gens lancent des revues prédatrices qui ciblent les chercheurs autres que nord-américains, puis gèrent ces publications depuis leur domicile situé, par exemple, à Toronto. » Ainsi, derrière l’éditeur scientifique ScienceVier (au nom proche de celui de l’éditeur légitime Elsevier) se cache un groupe pakistanais installé dans un immeuble d’appartements de Hamilton, en Ontario.

Des doyens consciencieux, comme Mme Lee, tentent de sonner l’alarme. « Certains étudiants et professeurs sont plutôt naïfs », déplore Mme Lee qui, en 2016, a invité M. Beall à s’exprimer lors de la réunion annuelle du Conseil canadien des doyens de sciences (CCDS) dont elle compte parmi les dirigeants. Parmi les thèmes de cette réunion figurait, rappelle Mme Lee, « les choses qui empêchent les doyens de dormir la nuit ».

Quand M. Beall débusque un éditeur prédateur, il n’y va pas de main morte. Parmi les titres des articles de son blogue dénonçant les revues et éditeurs prédateurs, on peut citer (traduction libre) « Nouvelles ordures en provenance d’Hyderabad : Peertechz », ou encore « OMICS International: c’est nul! » M. Beall classe Peertechz et OMICS parmi les éditeurs peu scrupuleux. « Il ne faut pas hésiter à employer des mots percutants pour sonner l’alarme », affirme-t-il.

Selon Mme Lee, le CCDS était reconnaissant à M. Beall de lui avoir communiqué le fruit de ses recherches et ses conclusions. « Certains doyens n’étaient pas au courant des récentes pratiques des éditeurs peu scrupuleux destinées à piéger les universitaires, explique-t-elle. M. Beall leur a ouvert les yeux. Il nous faut scruter à la loupe les CV de tous les nouveaux professeurs qu’on embauche. Certains prétendent avoir publié dans plus de 50 revues. On doit analyser chacune d’elles pour évaluer leur crédibilité. »

« Le problème touche tous les universitaires, peu importe leur langue »

Les universitaires canadiens francophones ne sont pas épargnés par le problème des revues prédatrices, même si la plupart d’entre elles sont en anglais. « Le problème touche tous les universitaires, peu importe leur langue », affirme Vincent Larivière, spécialiste de l’édition savante et titulaire de la Chaire de recherche du Canada sur les transformations de la communication savante à l’Université de Montréal.

M. Larivière précise que, dans le domaine des sciences naturelles et médicales, les universitaires francophones publient surtout en anglais, car les sujets abordés concernent le monde entier. Ils sont toutefois plus enclins à publier en français dans le domaine des sciences humaines, car l’histoire, la culture et les valeurs sociétales sont habituellement étroitement liées à la langue.

« Cela dit, la mondialisation les pousse de plus en plus à publier en anglais, précise M. Larivière. J’estime donc essentiel que les chercheurs francophones soient eux aussi conscients du problème des revues prédatrices. C’est peut-être même encore plus essentiel pour eux de l’être, car ils n’ont pas l’habitude de publier dans des revues de langue anglaise. »

Eduardo Franco, professeur James McGill aux départements d’oncologie, d’épidémiologie et de biostatistique de l’Université McGill, affirme que nombre de professeurs débutants tombent dans le panneau. « C’est une fâcheuse tendance, dit-il. Les professeurs chevronnés savent quelles sont les revues crédibles. Il n’en existe que quelques-unes dans chaque discipline. »

En tant que directeur du département d’oncologie, M. Franco supervise les promotions, ce qui l’amène entre autres à examiner les CV soumis à ce département. En 2014, il a écrit une lettre aux professeurs pour leur expliquer les risques à publier dans les revues prédatrices. « Certains ont accepté de faire office de rédacteurs en chef pour de telles revues ou d’intégrer leur comité de rédaction, a-t-il écrit. Si seulement ils savaient ce qui passe pour de la science dans ces revues, ils refuseraient immédiatement d’y être associés. »

M. Franco a eu ses propres déboires avec les éditeurs peu scrupuleux. OMICS a utilisé son nom pour une série de conférences dentaires qui n’avaient rien à voir avec lui et a même « eu l’audace de reprendre le nom d’une des revues dont je suis rédacteur en chef, Preventive Medicine, pour l’une des siennes », ajoute-t-il. Créée en 1972, Preventive Medicine est publiée par Elsevier, alors que le Journal of Preventive Medicine l’est par Insight Medical Publishing, propriété d’OMICS.

Cette récente tendance à profiter du nom de revues crédibles est particulièrement inquiétante, souligne M. Franco, car cela peut tromper même les universitaires vigilants. Il est presque impossible de faire fermer le site d’une revue qui s’adonne à ce genre de pratiques. De plus, même si les autorités consentent enfin à le fermer, un autre prend vite sa relève sur la toile. OMICS est un des plus gros éditeurs de publications savantes au monde. Il publie plus de 700 revues, la plupart de qualité douteuse.

La situation empire, selon M. Franco, avec le rachat par OMICS d’éditeurs légitimes. À la fin septembre 2016, OMICS, dont le siège se trouve en Inde, a fait la une au Canada après que Rose Simpson, ancienne directrice-rédactrice en chef du Canadian Journal of General Internal Medicine et de plusieurs autres revues savantes, a sonné l’alerte à propos de certains de ces rachats. En janvier 2016, Mme Simpson a d’abord appris le rachat par OMICS de l’éditeur Andrew John Publishing Inc. (AJPI), basé à Dundas, en Ontario, propriétaire de plus d’une dizaine de publications légitimes. (Mme Simpson travaillait pour AJPI avant d’être remerciée en juillet dernier.) L’ancien directeur de la publication d’AJPI, John Birky, a ensuite confié à Mme Simpson qu’OMICS avait également racheté le Pulsus Group, éditeur légitime du Canadian Journal of Respiratory Therapy et de plus de 30 autres publications crédibles.

Ces rachats ont alerté Mme Simpson, qui compte 40 ans d’expérience en tant qu’auteure et rédactrice en chef. « Pendant la transition liée au rachat d’AJPI, jamais M. Birky n’a mentionné OMICS, se contentant de signaler aux clients l’arrivée de nouveaux partenaires, raconte-t-elle. Et même après le rachat d’AJPI par OMICS, très peu de gens étaient au courant de la chose. »

quelque chose clochait

En consultant le site Web d’OMICS, Mme Simpson a tout de suite senti que quelque chose clochait : « J’ai décelé des fautes d’orthographe et de grammaire qu’aurait pu corriger n’importe quel étudiant du secondaire. »

Ne connaissant pas encore bien OMICS, Mme Simpson a accepté d’aider Pulsus à travers la phase de transition liée à son rachat. Un représentant d’OMICS lui a proposé par téléphone depuis Dubaï un poste contractuel. « Immédiatement après cet appel, raconte-t-elle, un représentant d’OMICS a communiqué avec tout le monde chez Pulsus pour me présenter comme la personne désormais chargée de résoudre les problèmes de chacun. Et là, ce fut l’enfer.

J’ai commencé à recevoir des courriels de gens criant au désastre, raconte Mme Simpson. » L’ancien directeur de la publication de Pulsus, dupé selon elle par OMICS, lui a envoyé une note où il se plaignait que des rédacteurs en chef de certaines revues de Pulsus disaient du mal de lui. De graves inexactitudes et des renseignements erronés ont commencé à surgir sur le site Web de Pulsus : coordonnées obsolètes, références à une revue non rachetée par OMICS et à des unités d’exploitation qu’OMICS ne possédait pas. Un jour, un rédacteur en chef a signalé avoir lu sur une page Wikipédia, trouvée en entrant « OMICS » dans Google, que la Federal Trade Commission des États-Unis (FTC) avait engagé un mois plus tôt des poursuites contre OMICS.

« Le rédacteur en chef m’a demandé si c’était exact », raconte Mme Simpson qui, après avoir vérifié, a découvert horrifiée que ce l’était. En août dernier, la FTC a bien engagé aux États-Unis à l’encontre d’OMICS des poursuites pour pratiques d’édition trompeuses « ayant géné-
ré et continuant de générer un préjudice considérable pour les clients ».

La FTC a accusé OMICS d’avoir déclaré à tort que certaines de ses revues étaient répertoriées par PubMed et MEDLINE, deux services d’indexation de publications savantes réputés. Elle a également allégué qu’OMICS refusait de publier les articles soumis jusqu’à ce que leurs auteurs aient acquitté les frais de publication, et même publié des articles d’auteurs qui avaient demandé qu’ils ne le soient pas tout en continuant à leur réclamer des frais de publication, « kidnappant » ainsi le fruit de leur travail.

« J’étais atterrée, raconte Mme Simpson. Je ne voulais pas être associée à des gens comme ça. » Elle a donc démissionné peu après l’appel reçu de Dubaï, puis commencé à adresser des courriels aux revues d’AJPI pour lesquelles elle avait travaillé. « Tout le monde paniquait, dit-elle. Aucune des sociétés médicales pour lesquelles j’avais travaillé n’était au courant du rachat d’AJPI ou de Pulsus par OMICS. » Après avoir appris que des poursuites avaient été engagées par la FTC, quelques rédacteurs en chef de revues canadiennes rachetées et indexées dans PubMed ont craint de perdre leur statut en raison du rachat par OMICS.

Les avocats d’OMICS ont demandé le retrait des poursuites engagées par la FTC. La propriétaire d’OMICS, Srinubabu Gedela, a précisé qu’elle ne contrôlait pas les revues, mais seulement leurs contrats d’édition.

Néanmoins, les revues antérieurement détenues par AJPI et Pulsus tentent une à une de rompre leurs contrats avec OMICS pour se tourner vers des éditeurs plus réputés. En septembre dernier, le Toronto Star a rapporté que six de ces revues, dont le Canadian Journal of General Internal Medicine et le Canadian Journal of Optometry, avaient mis fin à leur contrat d’édition avec OMICS. Des rédacteurs en chef d’autres revues sont en train de démissionner, et 10 revues ont refusé de répondre aux courriels reçus du Toronto Star.

« L’explosion de l’édition prédatrice en libre accès a contribué à brouiller les cartes dans le monde scientifique »

« Les revues prédatrices envahissent la sphère scientifique, déplore M. Franco. Je n’ai que du mépris pour les éditeurs comme OMICS. L’explosion de l’édition prédatrice en libre accès a contribué à brouiller les cartes dans le monde scientifique; il est difficile de discerner les découvertes scientifiques véritables et pertinentes. »

Afin d’alerter les universitaires, M. Beall a mis à jour la Beall’s List pour y intégrer AJPI et Pulsus en tant que possibles prédateurs, et a écrit à propos de la panique éprouvée par le personnel et les rédacteurs en chef de nombreuses revues médicales canadiennes. OMICS multiplie les rachats partout dans le monde. « OMICS International entend mettre la main sur toute l’édition savante, a écrit M. Beall. Elle rachète des revues et des éditeurs qu’elle intègre à son empire diabolique, poursuit M Beall. Sa stratégie consiste à envahir la sphère de l’édition savante avec ses revues de piètre qualité et mal gérées, pour acculer les éditeurs légitimes au pied du mur et les racheter. »

Pour compliquer le tout, OMICS et d’autres éditeurs prédateurs ont recours à des sociétés factices pour établir le « facteur d’impact » de leurs revues, autrement dit leur influence, pour les faire paraître plus légitimes qu’elles ne le sont. La FTC a dénoncé cette pratique dans ses poursuites à l’encontre d’OMICS. Les sociétés légitimes qui s’emploient à établir le facteur d’impact d’une revue prennent en compte le nombre de ses articles cités et d’autres éléments. « Il n’existe en réalité qu’une société légitime de ce type, et c’est Thomson Reuters, affirme M. Beall. La plupart des revues prédatrices rendent public leur facteur d’impact, mais il est soit faux, soit établi par une société illégitime. Elles mentionnent ce facteur sur leur site Web et dans leurs courriels pour paraître crédibles. »

Les universitaires croulent également sous un déluge croissant d’invitations à des conférences fictives ou de piètre qualité, parfois organisées par les mêmes individus sans scrupules qui gèrent des pseudo-revues ou des revues médiocres. « Un grand nombre de ces conférences ne sont pas vraiment scientifiques, mais elles rapportent financièrement à quelqu’un », précise Mme Lee. Leurs organisateurs envoient des invitations aux adresses de courriel de chercheurs mentionnées sur les sites Web des universités. Certains universitaires acceptent hélas ces invitations pour s’offrir des vacances. « Je reçois régulièrement par courriel des invitations pour assister à de telles conférences, partout dans le monde. C’est de l’escroquerie », déplore Mme Lee.

Tous ces petits jeux peuvent avoir de lourdes conséquences pour les universitaires peu méfiants. M. Franco indique qu’il n’a pas encore vu de carrières qui aient pris fin, mais il prévient que toute étude publiée dans une revue prédatrice ou médiocre perd définitivement toute crédibilité. « Elle ne peut être republiée, et sa version parue dans la revue prédatrice reste à jamais présente sur Internet, ce qui met en péril la réputation de ses auteurs », explique-t-il. Compte tenu du nombre de revues prédatrices et médiocres, de la complexité de leurs stratégies et du manque d’encadrement et de réglementation du secteur, la meilleure chose à faire est peut-être de considérer comme suspecte toute nouvelle revue, à moins que les critères qu’elle a adoptés et son contenu prouvent le contraire.


Comment repérer les revues savantes ou les éditeurs médiocres ou prédateurs

  1. Consacrez quelques minutes à consulter les sites Web suivants pour vous renseigner sur l’éditeur ou la revue qui vous intéresse : Beall’s List (scholarlyoa.com), qui répertorie les revues et les éditeurs mis sur une liste noire, ainsi que les revues légitimes qui ont été détournées; et PubPeer, une populaire base de données anonyme qui répertorie les actes d’inconduite des chercheurs.
  2. Prenez le temps de lire les articles de la revue qui vous intéresse, et faites des recherches à son sujet. Elle ne doit comporter aucune faute grossière d’orthographe ou de grammaire. Le site Web de son éditeur doit être facile à consulter, indiquer clairement les coordonnées des personnes-ressources et les méthodes utilisées, et ne doit pas s’arrêter de fonctionner ni éprouver de problèmes techniques récurrents.
  3. Des coalitions intersectorielles ont mis sur pied des coentreprises pour lutter contre les revues aux pratiques trompeuses, et les universités déploient des efforts bien plus importants qu’il y a trois ou quatre ans pour mettre fin aux pratiques trompeuses et prédatrices au moyen de codes et de comités. Pour obtenir des conseils, consultez thinkchecksubmit.org.
  4. Consultez les Journal Citation Reports publiés par Thomson Reuters pour vérifier l’authenticité des facteurs d’impact affichés.
  5. Évitez de vous fier aux « listes blanches » de revues, car les listes et les index de ce type n’ont pas été créés pour conférer de la légitimité. Par exemple, le Directory of Open Access Journals et le Thomson Reuters Master Journal List sont légitimes, mais contiennent un grand nombre de revues prédatrices. Il en va de même pour Scopus, du Science Citation Index et d’autres listes, bases de données de citations et index universitaires.
  6. Ne vous laissez pas leurrer par la prétendue association d’une revue à une entreprise, des codes ou des comités légitimes. Le secteur de l’édition savante peine à se réglementer, et les entreprises légitimes (de vente de logiciels, par exemple) ainsi que les agences qui délivrent les numéros ISSN offrent leurs services et accordent des licences à pratiquement n’importe qui, y compris aux éditeurs prédateurs. Le Committee on Publication Ethics, par exemple, compte plus de 10 000 membres dans le monde et prodigue des conseils en cas d’inconduite constatée en matière de recherche et de publication, mais nombre de ses membres sont issus de revues prédatrices.
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  1. Philippe Plamondon / 3 February 2017 at 5:41 pm

    Le problème d’éditeur prédateur est certes réel, mais comment se fait-il qu’un simple professeur agrégé sans doctorat, dont la nature du travail de juge-bourreau n’est ni endossée officiellement par sa propre université, ni le NIH ou autre, soit glorifié tel un gourou ? Quelle verve peut habiter un homme tel que, en 5 ans, il ait pu ajouter 1200 revues et journaux à sa liste personnelle de prédateurs ? Rappelons que la sélection se fait avec plus de 5 pages de critères et un comité à jamais anonyme de trois réviseurs, selon ses dires.

    L’article fait également mention de la naïveté des chercheurs qui les pousse à se tourner vers ces journaux. Parle-t-il du “publish or perish” qui persiste encore, cette liste à cocher qui oblige les chercheurs à produire des biens publiables coûte que coûte ?

    Je me méfie de l’ampleur du phénomène du “publieur prédateur”, dont la majorité des sources sont un seul homme.

    « c’est plus prestigieux de publier dans des revues nord-américaines »…dit Mr. Beall. Un slogan personnel, ou d’un charitable donateur anonyme ?

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