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Une stratégie de changement en cinq points

par MARTHA PIPER | 06 OCT 08

Dans un discours phare prononcé à l’occasion des rencontres annuelles de l’Association des universités et collèges du Canada en avril dernier, l’ancienne rectrice de l’Université de la Colombie-Britannique, Martha Piper, a exposé à ses ex-collègues les moyens qu’ils devraient prendre pour favoriser le changement au sein de leurs établissements.

Elle a cependant convenu que la tâche s’annonce ardue, compte tenu de l’attachement des universités aux traditions et de leur résistance énergique au changement. Selon Mme Piper, le changement est désormais incontournable si on veut « garantir l’adaptation des établissements postsecondaires, de leurs programmes d’études et de leurs méthodes d’enseignement aux réalités du monde actuel, en plus de voir à la reddition de comptes envers la société ».

Mme Piper a souligné que, malgré les progrès fascinants de la science, le monde reste aux prises avec une foule de problèmes. Les tensions culturelles et ethniques explosent, les villes sont surpeuplées et polluées, l’activité humaine bouleverse le climat, les inégalités sociales s’accentuent, et la cohésion des familles et des collectivités est en péril.

« Les universités commencent à être perçues comme essentielles au développement socioéconomique, soutient Mme Piper. Partout dans le monde, on se tourne vers elles pour trouver des solutions. »

Mais le système d’éducation postsecondaire canadien est-il apte à répondre aux besoins exprimés? « Divers indices me laissent croire que non », a poursuivi Mme Piper qui a ensuite énoncé cinq grands principes qui pourraient guider les dirigeants universitaires et inspirer le changement au sein de leurs établissements.

Le premier consiste à prendre conscience du fait que tout changement se heurtera inévitablement à des résistances, et à l’accepter. « Dès que vous tenterez de changer les choses, on s’ingéniera par toutes sortes d’arguments à vous en dissuader ou à vous convaincre que c’est impossible. Si vous prenez cela comme des attaques personnelles, vous échouerez. Vous devez accepter le fait que la résistance au changement est la norme, non l’exception. »

L’argent n’est pas tout

Un des arguments les plus fréquemment avancés par les adeptes de la résistance au changement est le manque de ressources financières, une réalité liée au deuxième principe soulevé par Mme Piper : l’argent n’est pas tout. « Notre obsession de l’argent est telle qu’elle nous condamne à l’inaction. Mais l’argent manquera toujours. Il faut donc cesser de s’en plaindre et aller de l’avant. »

Mme Piper a poursuivi en passant au troisième principe : la nécessité d’avoir une vision de l’avenir. « Tout leadership doit reposer sur une telle vision. Il faut la concevoir, travailler avec autrui pour la façonner, y croire et l’exposer clairement. »

Pour se façonner une vision, mieux vaut être un lecteur avide, estime Mme Piper. Et écouter, écouter vraiment, ce que disent les autres. Il faut notamment savoir être attentif aux préoccupations exprimées par le gouvernement et tenter de trouver comment l’aider à résoudre, justement, les problèmes qui le préoccupent.

Le quatrième principe consiste à ne jamais sous-estimer le pouvoir de la parole. « Montez à la tribune, c’est vraiment votre seule arme, a lancé Mme Piper. Décidez où et quand prendre la parole, puis n’ayez pas peur de répéter votre message, encore et encore. Car, croyez-le ou non, les gens vous écoutent. »

Finalement, le cinquième et dernier principe : la nécessité de joindre le geste à la parole. « Vous devez avoir le courage de mener à terme votre stratégie ou votre vision. C’est là le plus difficile », a-t-elle ajouté. Pour trouver ce courage, il faut savoir se fier à ses convictions et afficher une attitude positive, car l’optimisme est contagieux.

« Nous avons probablement devant nous la plus formidable occasion depuis 50 ans de façonner l’avenir, a conclu Mme Piper. Cependant, nous devons avoir le courage de tirer parti de nos positions privilégiées pour exercer un leadership, façonner une vision de l’éducation postsecondaire adaptée au XXIe siècle et faire place au changement afin que les systèmes qui seront mis en place puissent contribuer de manière importante à notre prospérité, à notre civisme et à notre pérennité dans ce nouveau monde. »

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