Passer au contenu principal

L’érudition en format électronique

La révolution du livre électronique est à nos portes. Sommes-nous prêts à l’accueillir?

par SUZANNE BOWNESS | 10 SEP 12

La manière d’emprunter un livre à la bibliothèque d’une université est la même depuis des siècles : se faufiler dans les allées silencieuses entre les rayons poussiéreux… Cette manière de faire n’est pas encore obsolète, mais avec l’intérêt grandissant pour les ouvrages électroniques, ce sera plutôt en cliquant sur un hyperlien qu’on trouvera un livre.

Les bibliothèques universitaires dépensent de plus en plus pour se procurer des ouvrages électroniques, mais ceux-ci représentent encore moins du tiers des sommes consacrées à l’ensemble des ouvrages, selon les chiffres de 2009-2010 de l’Association des bibliothèques de recherche du Canada (ABRC). En comparaison, les revues électroniques ont atteint un point tournant (soit la moitié des dépenses consacrées aux périodiques) il y a une dizaine d’années. Les dépenses consacrées aux revues électro-niques sont maintenant près de cinq fois plus élevées que celles qui sont consacrées aux versions papier.

Brent Roe, directeur général de l’ABRC, reconnaît que la disponibilité et la facilité d’utilisation grandissantes des appareils mobiles (lecteurs électroniques, tablettes électroniques et téléphones intelligents) contribuent à populariser le livre électronique. M. Roe soupçonne que les ouvrages de référence qui sont consultables et portables, comme les dictionnaires, seront adoptés avant les monographies, par exemple. Il souligne aussi que les disciplines où la recherche évolue rapidement et où les ouvrages deviennent vite obsolètes (les technologies de l’information, les affaires et le génie, entre autres) ont naturellement tendance à se tourner vers le livre électronique.

Selon des sources non officielles, les étudiants comme les professeurs sont de plus en plus intéressés par le livre électronique, et les maisons d’éditions et les bibliothèques sont prêtes à accueillir la révolution électronique, mais le mouvement a ses embûches. Les livres sont beaucoup plus volumineux que les articles de revues et donc moins faciles à lire sur un écran. L’interopérabilité, ou la capacité de trouver des livres électro-niques compatibles avec de multiples plateformes, pose aussi problème.

« Nous essayons de trouver des livres électroniques conviviaux qui facilitent la lecture, explique Jill Crawley-Low, doyenne-adjointe des services bibliothécaires à l’Université de la Saskatchewan, mais le domaine est très incohérent. Certains sont compatibles seulement avec Mac ou PC, et d’autres ne sont pas disponibles pour les téléphones intelligents et les iPad. »

Un autre aspect est la conservation. « Lorsque nous achetons des livres en format papier, nous les mettons sur les rayons et ils nous appartiennent. Lorsqu’ils se détériorent, ils peuvent être réparés. Les livres électroniques peuvent aussi nous appartenir, mais il arrive qu’ils soient empruntés; ils sont souvent sur les serveurs des vendeurs et des éditeurs. Les bibliothèques sont toujours préoccupées par l’accès », poursuit Mme Crawley-Low.

C’est très frustrant pour les bibliothécaires et pour les étudiants de savoir que certains éditeurs retiennent la version électronique d’un ouvrage jusqu’à ce que la version papier soit publiée. « Il arrive même que l’embargo dure six mois. C’est long quand on veut un livre pour le semestre d’automne », soutient Wayne Jones, bibliothécaire associé à l’Université Carleton. En outre, il arrive que les éditeurs demandent davantage pour la version électronique que pour la version papier.

Mme Crawley-Low a des souhaits à formuler pour l’avancement du livre électronique : « Ce que les bibliothécaires aimeraient c’est qu’il n’y ait qu’une seule plateforme, qui serait facile à utiliser, où il serait simple d’effectuer des recherches, et qui fonctionnerait sur tous les appareils. » Elle aimerait aussi que les versions électroniques soient publiées en même temps que les versions papier, et que les lois sur le droit d’auteur soient révisées afin de supprimer certaines restrictions relatives à l’impression et au téléchargement de contenu.

Pour Scott Gillies, chef des ressources d’information et des collections à la bibliothèque de l’Université de Guelph, le marché actuel du livre électronique est une sorte de Far West. Ce qui le préoccupe le plus « ce n’est pas de savoir si le contenu qu’on achète aujourd’hui est lisible sur un appareil Sony ou sur un Kindle. C’est plutôt ce qui arrivera dans 60 ans si on n’a plus accès au contenu parce que le format dans lequel il a été publié n’existe plus depuis que la firme a été rachetée ou a fait faillite. »

Quoiqu’il se préoccupe de ces enjeux, M. Gillies entrevoit aussi la révolution du livre électronique comme étant une occasion en or pour les bibliothèques de s’acquitter du rôle essentiel de conseiller. Et comme le marché du livre électronique est en plein essor, il semble que ce rôle ne soit pas près de disparaître.

Rédigé par
Suzanne Bowness
Suzanne Bowness est une rédactrice-réviseure basée à Toronto et une professeure d'écriture à temps partiel. Trouvez-la en ligne à www.suzannebowness.com.
COMMENTAIRES
Laisser un commentaire
Affaires universitaires modère tous les commentaires reçus en fonction des lignes directrices. Les commentaires approuvés sont généralement affichés un jour ouvrable après leur réception. Certains commentaires particulièrement intéressants pourraient aussi être publiés dans la version papier du magazine ou ailleurs.

Your email address will not be published.