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Les programmes d’agriculture s’adaptent aux temps modernes

Les facultés d'agriculture sont en train de devenir des pôles de collaboration interdisciplinaire parmi les plus excitants sur les campus canadiens.
par MATTHEW HALLIDAY
26 FEV 20

Les programmes d’agriculture s’adaptent aux temps modernes

Les facultés d'agriculture sont en train de devenir des pôles de collaboration interdisciplinaire parmi les plus excitants sur les campus canadiens.

par MATTHEW HALLIDAY | 26 FEV 20

Cet article est un sommaire de l’article « Agriculture programs adjust to changing times ».

Selon Statistique Canada, au début des années 1990, 391 000 Canadiens étaient agriculteurs. En 2016, ce chiffre a atteint un creux historique de 272 000. Pendant longtemps, les programmes universitaires en agriculture ont semblé subir un déclin général. Jim Fyles, professeur à la Faculté des sciences de l’agriculture et de l’environnement de l’Université McGill, se souvient que les inscriptions en agriculture étaient en chute libre lorsqu’il est arrivé à l’Université en 1988. Aucun parent ne souhaitait visiblement que son enfant devienne agriculteur.

De 1999 à 2007, les inscriptions à temps plein aux programmes spécialisés en agriculture (y compris les sciences animales, végétales et du sol) à tous les niveaux d’enseignement postsecondaire sont passées de 6 000 à seulement 4 700 étudiants. Mais la situation a changé en 2008. Le nombre d’agriculteurs continuait de baisser, mais les inscriptions se sont mises à augmenter. En 2016, la dernière année pour laquelle nous avons des données, les inscriptions avaient atteint le plafond historique de 6 700 étudiants à temps plein et de 1 100 étudiants à temps partiel. Dans les programmes de premier cycle en agriculture, les inscriptions étaient plus faibles, mais on observait la même tendance : 3 900 étudiants à temps plein en 1999, seulement 2 700 en 2009, puis un peu plus de 4 000 en 2016. Les jeunes Canadiens ne se sont pas découvert une passion soudaine pour le travail de la terre. C’est plutôt le secteur qui a pris conscience du besoin de se réinventer pour survivre.

« Nous avons tous compris que nous avions un défi à relever, explique Rene Van Acker, doyen du Collège de l’agriculture de l’Ontario à l’Université de Guelph. La population s’intéressait alors non seulement à l’alimentation et à l’agriculture, mais aussi à l’énergie propre, à la sécurité alimentaire, à la nutrition et à l’environnement. » Lenore Newman, directrice de l’institut d’alimentation et d’agriculture de l’Université de la Fraser Valley, dit des dernières années qu’elles ont été « la meilleure période de transition de l’histoire moderne pour l’enseignement en agriculture ».

Evan Fraser est titulaire de la chaire de recherche du Canada sur la sécurité alimentaire mondiale à l’Université de Guelph, où il est également directeur de l’institut Arrell Food, fondé en 2017. Cet institut vise à favoriser la collaboration entre l’industrie et le milieu universitaire pour trouver des solutions technologiques et autres à des questions de politiques agricoles, de durabilité et de sécurité. Il offre aussi des programmes au premier cycle et aux cycles supérieurs permettant aux étudiants de tous les départements de l’Université d’utiliser leurs connaissances pour relever les défis dans les domaines de l’agriculture et de la sécurité alimentaire.

M. Fraser et ses collègues voient la situation du même oeil : les facultés d’agriculture se taillent discrètement une place parmi les pôles de collaboration interdisciplinaire les plus intéressants sur les campus canadiens. Souvent sous-estimées par les étudiants et les chercheurs, ces facultés attirent de plus en plus d’étudiants provenant de milieux urbains qui s’intéressent davantage aux questions de justice sociale et de sécurité alimentaire et à ce que M. Fraser appelle « la mission morale de nourrir la planète » qu’à labourer la terre.

Une tâche intimidante, selon M. Van Acker : « Il est difficile de gérer cette transition et de faire passer notre message aux étudiants. Notre public cible sont les jeunes de 14 à 16 ans, surtout ceux issus des milieux urbains, sans lien avec le monde agricole et alimentaire. Beaucoup d’entre eux ignorent tout simplement que ce secteur déborde d’occasions. C’est une lutte continuelle. »

En août dernier, le groupe Leadership avisé de RBC a publié le rapport Agriculteur 4.0 : Comment les prochains développements de connaissances peuvent transformer l’agriculture, qui indique qu’« une quatrième révolution agricole est en train de s’opérer […], alimenté[e] par des technologies de pointe comme les tracteurs autonomes et les capteurs montés sur drones, [elle] transforme déjà la manière dont nous produisons les aliments ». Le rapport signale toutefois que « cette nouvelle génération d’agriculture aura également besoin d’une nouvelle génération de
compétences ».

Le rapport prévoit une pénurie de 123 000 travailleurs en agriculture et dans les secteurs connexes d’ici 2030. Malgré la hausse de 45 pour cent des inscriptions en neuf ans au Collège de l’agriculture de l’Ontario, M. Van Acker explique que la demande sur le marché de l’emploi dépasse largement le nombre de diplômés. « Le recrutement d’étudiants est notre priorité », dit-il.

Même si la dernière décennie a entraîné son lot de changements, Mme Newman estime qu’il reste encore beaucoup à faire pour que les établissements canadiens soient concurrentiels à l’échelle internationale, comme conclure des partenariats avec des programmes en agriculture et d’autres facultés et départements. Selon Mme Newman, les partenariats en génie sont particulièrement essentiels, étant donné l’avènement de l’« agriculture de précision », soit l’utilisation de la robotique, de drones, de capteurs et d’autres technologies pour gérer les cultures et le bétail plus efficacement.

À l’Université McGill, M. Fyles invite les universités à la prudence, afin que le secteur ne se divise pas en sous-secteurs spécialisés et que les chercheurs ne perdent pas de vue la mission de départ face au succès grandissant de l’interdisciplinarité.

M. Van Acker fait remarquer que, même si l’expansion des programmes d’enseignement et de recherche dans le secteur a été spectaculaire dans les dernières années, l’enseignement de l’agriculture des dernières décennies comprenait aussi son lot d’innovations et n’était pas exclusivement axé sur la ferme. « Les gens parlent de l’Agriculteur 4.0, dit-il, mais je crois que cette appellation est trompeuse, car les postes à pourvoir ne seront pas uniquement des postes d’agriculteur. Après tout, le nombre d’agriculteurs au Canada est en déclin depuis 1941. Ce mouvement s’est amorcé il y a longtemps, mais les gens commencent tout juste à le remarquer. »

Rédigé par
Matthew Halliday
Matthew Halliday est un journaliste, rédacteur en chef et rédacteur dont le travail est apparu dans plusieurs magazines et journaux à travers le pays.
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