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Un professeur se fait maître de piste de la recherche sur le nouveau cirque

Selon Patrick Leroux de l’Université Concordia, le Québec joue un rôle central dans l’émergence d’un champ d’études sur le cirque.

par SHAWNA WAGMAN | 28 OCT 15
Cirque du Soleil, ©2013 par Matt Beard.
Cirque du Soleil, ©2013 par Matt Beard.

Les parents n’ont aucun doute sur la pertinence d’aider leurs enfants à acquérir des connaissances médiatiques ou technologiques, mais rares sont ceux qui ont songé aux bienfaits de l’étude du cirque. C’est pourtant le sujet de prédilection de Patrick Leroux, professeur de littérature, dramaturge, artiste et directeur de théâtre, qui est également parmi les plus éminents spécialistes du cirque au Canada et qui se demande comment la « littératie physique », dans le contexte de l’enseignement des arts du cirque, peut devenir un outil de promotion de l’activité physique chez les jeunes.

« Les enfants bougent de moins en moins à l’école », explique M. Leroux, professeur agrégé d’études anglaises et françaises à l’Université Concordia. Conscient que tous n’ont pas les mêmes habiletés physiques, il cherche à savoir si l’enseignement des arts du cirque permet aux jeunes de voir au-delà du modèle sportif afin qu’ils bougent « sans toujours avoir l’impression d’être dans un cours d’éducation physique ». Il collabore avec une équipe de chercheurs d’Halifax et de Winnipeg de même qu’avec des collègues de l’Université de Montréal qui se rendent un peu partout au pays pour examiner les programmes de formation aux arts du cirque destinés aux enfants et évaluer s’ils encouragent la littératie physique, la créativité et la résilience.

Pour sa part, M. Leroux étudie ce qu’il appelle « la grammaire et la poésie du mouvement ». Ainsi, il analyse certains aspects du nouveau cirque, comme sa façon unique de raconter des histoires, pour tenter de révéler la grammaire qui s’y rattache. Afin de se rapprocher de ses sujets de recherche – une vigoureuse équipe composée d’acrobates, de jongleurs et d’entraîneurs de gymnastique –, il a accepté le poste de chercheur en résidence et d’associé de recherche à l’École nationale de cirque de Montréal, le seul établissement de formation de niveau élite financé par les deniers publics en Amérique du Nord. Cette démarche fait partie des méthodes créatives et de plus en plus collaboratives utilisées par M. Leroux pour comprendre ce qui distingue le cirque des autres formes d’art, et comment il a gagné tant d’importance au Québec et à l’étranger.

« Le cirque a acquis un capital culturel insoupçonné », explique-t-il. Pendant des centaines d’années, l’apport artistique du Canada s’est limité à être bon public et à exporter des talents, alors qu’aujourd’hui, le pays est une des trois principales plaques tournantes du cirque à l’échelle internationale. Selon M. Leroux, le nouveau cirque est né, en partie, dans les régions rurales du Québec à la fin des années 1970, alors que des artistes de rue amusaient les foules en marchant sur des échasses, en jonglant et en crachant du feu. En plus d’être la province d’origine du cirque le plus connu au monde, le Cirque du Soleil (qui, selon M. Leroux, est de la trempe de Disney), le Québec voit naître, grâce à M. Leroux, un champ d’études interdisciplinaires sur le cirque.

Il y a quelques années, le chercheur a constaté que des spécialistes de plusieurs domaines comme le théâtre, la danse, la littératie physique, la kinésiologie, le génie et l’économie s’intéressaient isolément au nouveau cirque. Il a voulu les réunir pour favoriser la collaboration et les échanges, notamment en ce qui concerne les raisons de la domination du Cirque du Soleil sur la scène du cirque moderne et l’incidence du cirque sur les arts d’interprétation. Il a fondé en 2011 le Groupe de travail de Montréal sur le cirque, qui compte aujourd’hui une vingtaine de membres actifs qui se rencontrent plusieurs fois par année. « Je travaille maintenant avec des gens à qui je n’aurais jamais imaginé parler, affirme-t-il. Des ingénieurs, des étudiants en design, un anthropologue culturel du MIT, et nous parlons tous le même langage. Nous mettons nos ressources en commun. »

Au cours des prochains mois, en plus de travailler à un projet d’envergure sur le Cirque du Soleil à Las Vegas, M. Leroux passera du temps en Équateur dans le cadre d’un autre projet de recherche consacré au modèle de cirque utilisant les arts comme vecteur de changement social mis en avant dans des collectivités défavorisées de différentes régions du monde par le programme Cirque du Monde, le volet philanthropique du Cirque du Soleil. L’étude de l’équipe portera sur un groupe d’enfants qui se sont inscrits à un cours de cirque, après quoi ils sont devenus bénévoles, puis eux-mêmes entraîneurs d’arts du cirque. « Nous aimerions comprendre l’effet que le cirque a non seulement sur un individu, mais aussi sur son entourage, explique M. Leroux. Nous voulons aussi connaître les modèles de soutien existant dans les collectivités touchées. »

Le chercheur affirme que la collaboration avec les artistes équatoriens s’est déroulée dans le plaisir. En fait, il lui arrivait même de délaisser son rôle de chercheur pour donner des conseils de mise en scène à la troupe. « Partout où je vais, j’ai tendance à mettre la main à la pâte. »

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