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CONSEILS CARRIÈRE

Du laboratoire au marché du travail – Partie I

Comment décrocher votre premier stage postdoctoral

par JEFF OSWEILER | 12 FEV 07

Si la poursuite d’études de doctorat est en soi un défi colossal, beaucoup de candidats voient leur angoisse monter en flèche une fois leur diplôme en poche. L’anxiété frappe tout particulièrement ceux qui ont opté pour des domaines axés sur la recherche pure ou appliquée : souvent, un stage postdoctoral est nécessaire, sinon deux, avant de pouvoir décrocher un poste de professeur ou de chercheur. En tant que conseiller professionnel, j’ai vu nombre de diplômés aborder leurs stages postdoctoraux avec appréhension. Ils les imaginaient déprimants et dénués de sens, craignaient d’être trop vieux au terme de ceux‑ci, ou les assimilaient même à une répétition pure et simple de leurs études de doctorat. Tel est parfois le cas, c’est vrai, mais ce n’est pas une fatalité. Pour faire de votre stage postdoctoral une expérience positive, il faut avant tout apprendre à choisir le bon.

Principaux critères et première sélection

Les derniers mois du doctorat vous laissent souvent peu de temps pour vous projeter dans l’avenir, au‑delà de votre thèse. Pourtant, le choix du bon stage exige vraiment une réflexion préalable. Le nombre des options et des calculs qu’implique ce choix peut être paralysant. Commencez par écarter certaines options en cernant vos préférences :

  • Milieu universitaire, secteur privé, secteur public? Il existe nombre de possibilités de stages postdoctoraux hors du milieu universitaire. En optant pour un milieu donné, vous réduirez considérablement l’éventail des possibilités. Si vous visez vraiment la recherche hors du milieu universitaire, songez à vous tourner vers les secteurs privé ou public.
  • Nouveau projet, ou encore poursuite ou consolidation d’un projet existant? Souhaitez‑vous, au terme de votre doctorat, vous tourner vers de nouveaux domaines de recherche, ou simplement poursuivre sur la lancée de votre thèse? Réfléchissez bien à l’influence du choix de tel ou tel laboratoire ou projet sur votre parcours de recherche.
  • Chercheur principal renommé (peu accessible) ou plus discret (peut‑être plus accessible)? Vous vous êtes sûrement posé cette même question avant d’entreprendre votre doctorat. Souhaitez‑vous travailler auprès d’un chercheur de renom au sein d’un laboratoire réputé, ou bénéficier d’un mentorat plus important que celui qu’un chercheur principal « vedette » pourrait vous assurer (même s’il le voulait)?
  • Maître de stage en début de carrière ou près de la retraite? Les maîtres de stage en début de carrière sont soumis à d’énormes pressions, ce qui influe souvent sur leur relation avec les stagiaires. À l’inverse, ceux qui sont plus près de la retraite se soucient généralement moins d’assurer une recherche de pointe donnant lieu à des publications retentissantes.
  • Salaire ou subvention? Les décisions, c’est un fait, appartiennent à celui qui tient les cordons de la bourse. Vous aurez sans doute plus de chances de poursuivre vos propres objectifs de recherche si vous décrochez préalablement une subvention. Cela pourrait aussi influer sur la gamme de laboratoires susceptibles d’être intéressés par vos services.
  • Ici, là ou ailleurs? Les préférences géographiques et la recherche universitaire sont difficilement conciliables. Si les secteurs privé et public vous intéressent, vous aurez plus de chances d’effectuer un stage où il existe une industrie locale pertinente. Même si vous n’aurez sans doute guère le temps ou les moyens d’en profiter, la qualité de vie au sein de la collectivité, hors du laboratoire, est une donnée à prendre en compte.

Analyser les possibilités

Même une fois vos objectifs bien établis, trouver le stage qui vous convient n’est pas une partie de plaisir. Bien qu’il existe, grâce aux organismes subventionnaires, des programmes et des sites relativement centralisés, l’initiative personnelle et les réseaux professionnels aident à découvrir les possibilités. Comme dans toute recherche d’emploi, ne vous contentez pas d’attendre passivement que le stage idéal vous soit proposé par courriel ou sur le Web. Vous risqueriez d’avoir à vous rabattre sur un stage par défaut, loin de vos préférences. Vous êtes votre meilleur allié. Les quelques stratégies de recherche suivantes, toutes simples, pourraient bien changer votre destin :

  • Votre directeur de thèse : Il constitue une source d’information inestimable sur les postes postdoctoraux envisageables. Continuer de travailler à ses côtés peut sembler plus simple, mais voler vers d’autres horizons est habituellement préférable pour votre carrière. Un bon directeur de thèse vous y encouragera activement.
  • Vos collègues : Les candidats au doctorat et les diplômés postdoctoraux qui œuvrent au sein de votre laboratoire, ou ceux qui l’ont récemment quitté, peuvent souvent vous mettre en relation avec d’autres laboratoires et collaborateurs. Faites‑leur savoir ce que vous cherchez.
  • Les conférences : Elles constituent l’une des meilleures occasions de rencontrer des chercheurs chevronnés dans votre discipline, susceptibles de vous proposer des stages postdoctoraux. Il est fort possible qu’ils ignorent vos courriels, trop anonymes. En leur manifestant en personne votre enthousiasme pour leur travail et leur laboratoire, vous multiplierez vos chances de les impressionner. Rendez-vous aux conférences armé d’une liste de chercheurs à rencontrer et de propos à aborder pour éveiller leur intérêt.
  • Internet : En plus des sites consacrés à votre discipline, n’oubliez pas de tirer parti des listes de diffusion. Rédigez une brève annonce liée au stage postdoctoral que vous recherchez et voyez à ce qu’elle soit diffusée dans les listes les plus pertinentes. Exploitez à fond les fonctions de recherche des listes afin de repérer les maîtres de stage et les projets intéressants.
  • Appels à l’impromptu et sollicitations : Optez pour une approche ciblée en vous adressant directement aux laboratoires, aux responsables de projet et aux chercheurs principaux dont les travaux correspondent à vos intérêts et à vos objectifs. Attention : les stages postdoctoraux les plus prisés font l’objet de centaines de demandes. Ne comptez pas seulement sur cette démarche.
  • Suivi des subventions : Une bonne part des stages postdoctoraux sont peu annoncés. Vous devez avoir du flair pour les repérer. Surveillez entre autres à quels projets sont attribuées les subventions dans votre domaine, et quel est leur montant. L’information est disponible auprès des organismes subventionnaires, sans compter que nombre d’universités se targuent des subventions accordées à leurs professeurs.

Demande de stage et rencontre de vos collègues

Les critères des concours postdoctoraux sont à bien des égards semblables à ceux liés aux postes de professeurs, à part le volet enseignement qui n’entre habituellement pas en ligne de compte. Vous devriez normalement être en mesure de soumettre un plan ou une proposition en lien avec le laboratoire ou le chercheur principal de votre choix. Pourquoi êtes‑vous si essentiel à son avenir? Que pouvez‑vous lui apporter, et qu’espérez‑vous en retour? Comme s’il s’agissait d’un poste de professeur, vous devez démontrer que vous serez fonctionnel dès le départ et que vous avez des objectifs, tant en matière de recherche que de publications. Indiquez tout ce que vous êtes susceptible d’apporter : subvention, connaissances particulières, techniques spécialisées, etc.

Si votre candidature retient l’attention, vous devrez vous soumettre à une entrevue sur place. Cette étape n’est pas la plus difficile. C’est l’occasion pour vous d’observer le fonctionnement réel du laboratoire et de voir s’il convient à vos objectifs professionnels :

  • Questions à poser au chercheur principal : Combien de diplômés postdoctoraux employez‑vous? Combien en avez‑vous formés? Quelle est votre approche d’encadrement? Quelle est votre politique relative à la propriété et au transfert des projets et des données? Avez‑vous des politiques concernant les publications, les demandes de subvention et l’enseignement?
  • Questions à poser pendant la visite au laboratoire : Comment qualifieriez-vous l’attitude du chercheur principal dans le laboratoire? Des réunions ou séminaires sont‑ils régulièrement organisés? Quelle est la position du chercheur principal quant à la permanence? Semble‑t‑il sous pression, inquiet sur le plan professionnel? La culture du laboratoire est‑elle individualiste, ou au contraire fortement axée sur la collaboration? Y a‑t‑il de nombreux projets en cours, ou tous travaillent‑ils sur le même projet? Les étudiants postdoctoraux assistent-ils à des rencontres nationales? Le chercheur principal rédige‑t‑il normalement de bonnes lettres de recommandation? Referiez‑vous un stage postdoctoral ici?
  • Questions à vous poser après la visite : La culture du laboratoire vous semble‑t‑elle saine ou malsaine? La rémunération et les avantages proposés répondent‑ils à vos besoins? Dans l’ensemble, le dossier du laboratoire en matière de publications et de débouchés augure‑t‑il bien pour votre carrière? Le laboratoire et le chercheur principal semblent‑ils entretenir de solides relations avec l’institution dont ils relèvent, l’industrie locale et les associations de la discipline?

Et maintenant, le plus difficile…

Si décrocher un stage postdoctoral est une chose, intégrer ensuite avec succès le marché du travail postdoctoral en est une autre. Le mois prochain, nous exposerons certaines idées et pratiques exemplaires susceptibles de vous aider à y parvenir.

Cliquez ici pour la deuxième partie.

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