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CONSEILS CARRIÈRE

J’ai ma permanence. Et maintenant?

La prochaine étape: service.

par ADAM CHAPNICK | 12 FEV 14

Dans le milieu universitaire actuel, obtenir sa permanence ou l’équivalent est un exploit remarquable qui exige des années voire des décennies d’études théoriques approfondies, comprend bien souvent de la recherche postdoctorale mal rémunérée et entraîne d’énormes responsabilités comme chargé de cours.

Il n’est donc peut-être pas étonnant qu’une fois la fête terminée, de nombreux nouveaux professeurs éprouvent des difficultés. Jusqu’alors préoccupés par la publication (ou dans le cas des établissements axés sur l’enseignement, l’élaboration de cours et de techniques d’enseignement novatrices), les professeurs jouissent souvent pour la première fois de leur vie professionnelle, d’une liberté parfois déconcertante.

En ce qui concerne les étapes suivantes, les avis peuvent varier, car ceux qui ont obtenu leur permanence ne partagent pas tous les mêmes objectifs professionnels. Les expériences généralement vécues par les professeurs peuvent toutefois être regroupées sous un thème commun, à savoir celui de l’engagement envers le service.

Les nouveaux professeurs savent qu’ils doivent s’efforcer d’abord de satisfaire aux exigences requises établies par leur département ou leur établissement pour obtenir la permanence. Puisque le service est rarement un facteur déterminant en matière de permanence, il ne constitue pas une priorité pour eux.

Toutefois, après l’obtention de la permanence, leur attitude se transforme et l’engagement envers le service se manifeste à quatre niveaux :

1. Le service rendu à l’établissement

Il serait à la fois malavisé et injuste de demander à des professeurs sans permanence de siéger aux comités exécutifs de leur établissement, car cela prend du temps et appuie rarement leur programme de recherche ou d’enseignement. Cependant, participer activement à la gouvernance de l’établissement est avantageux à la fois sur le plan professionnel et pour l’ensemble du milieu universitaire. En effet, cela permet de mettre en contexte la façon dont les décisions stratégiques sont prises et fournit aux professeurs les outils dont ils ont besoin pour comprendre la dynamique des politiques universitaires. En outre, cela garantit que les professeurs jouent un rôle significatif dans l’orientation stratégique établie par la direction de l’établissement.

Le concept de gouvernance partagée est plutôt unique dans le milieu postsecondaire et, si les professeurs s’en désintéressent, ce concept pourrait se voir remplacé par des processus administratifs considérablement moins favorable aux membres du corps professoral, comme ce fut le cas dans certains établissements américains.

2. Le service rendu au domaine d’étude

Aucun membre du corps professoral ne peut obtenir sa permanence sans avoir passé plusieurs fois par le processus d’évaluation par les pairs, qui nécessite la participation d’au moins deux universitaires pour lire et évaluer chaque manuscrit, ouvrage et demande de subvention.

Avant d’obtenir la permanence, de nombreux professeurs héritent à juste titre de tâches d’évaluation. Celles-là prennent du temps, et certains domaines sont si restreints qu’il est difficile de garder l’anonymat, même lorsque l’évaluation se fait à double insu.

Le fait d’obtenir sa permanence indique qu’il est temps de donner à son tour. Une fois permanents, les professeurs devraient se fixer comme objectif d’évaluer au moins deux articles pour chaque article qu’ils ont eux-mêmes soumis, et deux articles supplémentaires pour chaque demande de subvention reçue. Ils devraient également siéger à des comités organisateurs de conférence lorsqu’on le leur demande, et évaluer les manuscrits avec la même attention que les réviseurs précédents l’ont fait.

Ceux qui obtiennent leur permanence en raison de l’excellence de leur enseignement devraient pour leur part offrir leurs services au centre d’aide à l’apprentissage de leur campus ou aux programmes de perfectionnement professionnel de leur département.

3. Le service rendu à la prochaine génération

Peu de professeurs obtiendront leur permanence sans avoir eu l’aide d’un mentor. Or, puisque le mentorat est rarement efficace lorsqu’il est imposé, il peut être ardu de trouver de bons moyens d’appuyer la prochaine génération de chercheurs.

Les nouveaux professeurs titulaires pourraient envisager tout simplement d’inviter des étudiants aux cycles supérieurs à dîner (et ne pas s’en tenir qu’à leurs propres étudiants) lors de conférences universitaires. Partager un repas avec de futurs collègues potentiels présente au moins trois avantages : 1) les étudiants peuvent déguster un bon repas alors que les budgets des départements pour les déplacements se font rares, 2) les étudiants peuvent s’immerger dans le milieu universitaire de manière franche et amicale, et 3) les professeurs peuvent maintenir une vision réaliste du marché du travail en supervisant davantage d’étudiants aux cycles supérieurs.

4. Le service rendu à sa propre carrière

Avant d’obtenir la permanence, les professeurs ont de bonnes raisons d’être plutôt conservateurs en matière de recherche et d’enseignement : avec tout le respect que j’ai pour la liberté universitaire, les membres de comités sont humains et le fait de se mettre malencontreusement à dos un évaluateur en matière de promotion et de permanence peut mettre fin à une carrière.

La permanence permet de prendre des risques. Pour les professeurs, c’est le moment d’essayer la recherche concertée s’ils n’en ont jamais eu l’occasion ou les projets de recherche individuels s’ils ont toujours travaillé en équipe.

Que ce soit en intégrant une nouvelle technologie à ses cours, en revoyant la planification d’un cours que l’on donne depuis longtemps, en élaborant un nouveau cours ou encore en collaborant avec des collègues, la permanence est le moment idéal de tenter de nouvelles expériences en enseignement.

Adam Chapnick est directeur adjoint de l’éducation au Collège des forces canadiennes et professeur agrégé au département d’études de la défense du Collège militaire royal du Canada.

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