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À MON AVIS

Le post-doctorat outre-mer

Histoire d’un canadien français en Suisse.

par SÉBASTIEN MORIN | 14 DÉC 11

Qu’est qu’un post-doctorat ?

Cette question m’a été posé plusieurs fois par des amis ou membres de ma famille, mais aussi par des étudiants gradués autour de moi qui se demandaient eux aussi s’ils feraient un post-doctorat. L’association canadienne des stagiaires post-doctoraux dit que les “stagiaires post-doctoraux (post-doc) sont des chercheurs nouvellement diplômés, titulaires d’un doctorat et/ou d’un diplôme de médecin.” Ces nouveaux chercheurs sont “une pièce essentielle du monde de la recherche dans les établissements universitaires canadiens et autour du globe.” En demandant autour de moi ce que cela signifiait en termes pratiques, on me dit que le post-doctorat était une période durant laquelle mes aptitudes professionnelles allaient s’élargir et s’améliorer, surtout parce que je travaillerais beaucoup sur un sujet de recherche très spécifique. Cette définition est vraie, bien sûr. Par contre, le post-doctorat se limite-t-il seulement à ça ?

Non. Le post-doctorat est bien plus que ça. On dit souvent qu’un post-doctorat réussi, surtout si on pense ensuite obtenir un de ces “merveilleux” postes de professeur universitaire, devrait être d’une durée suffisante pour la complétion d’un projet de recherche de qualité, i.e. dont les résultats seraient publiés dans un journal scientifique de haut niveau. Il devrait aussi se dérouler dans un laboratoire de très bonne réputation situé à l’étranger (ou suffisamment loin et différent). C’est ce que j’ai fait, l’an dernier, en quittant le département de biochimie de l’Université Laval pour joindre le département de biologie structurale du Biozentrum de l’Université de Bâle (Suisse). La justification pour cela est que, loin, on élargit notre réseau de contacts, mais aussi on apprend dans un environnement où les choses se font différemment. Cela aussi est vrai. Mais est-ce tout ?

Non. Le post-doctorat est bien plus que ça. C’est une période durant laquelle le stagiaire post-doctoral (et très souvent sa famille) déménage loin de sa terre natale et débute une nouvelle vie où on attend de lui une grande productivité et un travail méticuleux. Je suis parti avec ma petite fille, qui avait alors seulement un an, et ma femme, qui n’avait pas encore trouvé d’emploi dans notre nouvelle ville lors notre départ. Ma fille s’est adaptée plutôt rapidement, mais ce fut plus difficile pour ma femme, qui mit plus d’une année à trouver un emploi et à ainsi démarrer activement sa nouvelle vie. Pour moi aussi, ce fut difficile…

Très souvent, l’endroit choisi par le stagiaire post-doctoral est à des milliers de kilomètres de sa famille et ses amis et, souvent, celui-ci ne connait pas la langue locale. À Bâle, la langue officielle est l’allemand, mais bien sûr l’anglais domine le laboratoire. Ma femme et moi ne parlons pas encore allemand assez bien pour converser, ce qui est parfois problématique. Par contre, notre fille, elle, comprend et parle l’allemand bien mieux que nous (ce qui est fantastique, vraiment) !

Très souvent, la culture (dans le laboratoire et en-dehors) est très différente et le stagiaire post-doctoral se retrouve seul à défendre ses convictions et son système de valeurs. Pour moi, le plus grand défi culturel auquel j’ai fait face en joignant un laboratoire européen a été la grande différence en ce qui concerne comment la société exerce le feedback et l’appréciation sur le lieu de travail. En Amérique du Nord, le feedback positif est très important et on motive les gens en les félicitant de leurs succès tout en discutant les problèmes de manière constructive. En Europe, l’approche est souvent différente. Quand le travail est bien fait, un feedback positif n’est pas nécessairement reçu puisque c’est ainsi que le travail devrait toujours être fait : bien. Par contre, quand quelque chose ne va pas, il y a nécessairement un feedback négatif (sans obligation d’une partie constructive). Pour un stagiaire post-doctorale nord-américain travaillant en Europe comme moi, cela a été (et est toujours) une source de démotivation. En effet, j’ai souvent cette impression que mon travail est soit seulement correct ou simplement mauvais, et que rien n’est jamais vraiment bien. Bien sûr, plusieurs diront que cela fait partie de l’expérience…

En fait, voilà ce qui caractérise le post-doctorat : débuter une nouvelle vie ailleurs, autant scientifiquement que personnellement. Le post-doctorat est une période de défi dans la vie de quelqu’un qui aspire (ou non) à devenir un chercheur dans le milieu académique, mais avec un peu de chance, cette période peut être récompensée si ce but ultime est finalement atteint. Cependant, même si ce n’est pas le cas, le post-doctorat (et tout ce qui l’entoure) peut être l’expérience d’une vie pendant laquelle le stagiaire post-doctorale peut acquérir une nouvelles façon de voir le monde et se faire plusieurs nouveaux amis.

L’expérience est difficile, mais elle a le potentiel d’humaniser ceux qui la vivent. Étant originaire d’une ville plutôt homogène comme Québec, la diversité culturelle de Bâle (où 30% des habitants sont étrangers) a été une nouvelle expérience pour moi. Je suis convaincue que cette expérience me sera utile dans ma future carrière afin de mieux comprendre les gens d’autres cultures, ayant vécu moi-même en minorité. J’espère que cela m’aidera à devenir un meilleur leader (et une meilleure personne).

Peu importent les résultats professionnels du post-doctorat, faire un post-doctorat permet d’enrichir un individu (et une société) en permettant la globalisation des bonnes idées dans plusieurs domaines !

Sébastien Morin a complété un PhD en biochimie à l’Université Laval et est présentement stagiaire post-doctorale récipiendaire d’une bourse EMBO dans le département de biologie structurale du Biozentrum (Université de Bâle, Suisse).

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