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À MON AVIS

Les femmes doivent participer davantage au discours public

Femmes recherchées!

par SHARI GRAYDON | 06 DÉC 10

La rédaction de mon mémoire de maîtrise au milieu des années 1990, parallèlement à la rédaction d’une chronique dans le Vancouver Sun, s’est révélée un exercice empreint de contraste. Chaque semaine, j’ajoutais à mon opus universitaire quelques milliers de mots étoffés d’interminables notes de bas de page et du jargon d’usage. Il m’aura fallu pratiquement quatre mois pour mettre le point final à ce document de 120 pages destiné à un lectorat d’exactement trois personnes, c’est-à-dire les réviseurs chargés de décider si je méritais le titre tant convoité. Par ailleurs, chaque fin de semaine, je rédigeais une chronique de 720 mots qui se voulait accessible et qui avait à la fois pour but d’informer et de susciter l’intérêt, car elle visait un lectorat potentiel de 250 000 personnes. Certains lecteurs me téléphonaient ou m’écrivaient des réponses passionnées et, à ma grande surprise, les commentaires reçus me laissaient croire que mes écrits avaient un impact.

J’ai médité sur ce contraste au cours des six derniers mois en dirigeant le projet Informed Opinions, qui a pour objectif d’aider les universitaires, en particulier les femmes, à mettre leur expertise au profit du discours public. L’initiative part du principe que les points de vue des femmes sont sous-représentés dans les médias les plus influents à l’heure actuelle et que tous les secteurs de la société reconnaissent de plus en plus les avantages de profiter d’une grande diversité de points de vue.

Inspirés d’études réalisées par Media Action pendant les années 1990 et par des chercheurs de l’Université McMaster l’an dernier, nous avons examiné, pendant une semaine au printemps dernier les commentaires publiés dans six grands quotidiens canadiens. Les femmes ne représentaient que 16 pour cent des 113 auteurs de lettres d’opinion. Les universitaires formaient le groupe professionnel le plus largement représenté avec 31 pour cent de tous les commentaires. Une fois de plus, les femmes universitaires étaient sous-représentées avec seulement 14 pour cent des commentaires.

Cette situation n’est pas seulement problématique pour les femmes; elle l’est pour tous les Canadiens. Un nombre croissant d’études montrent que les organisations et les pays qui utilisent efficacement les contributions des femmes sont plus concurrentiels et profitent d’une meilleure qualité de vie. L’épanouissement du Canada sur les plans économique, social et culturel dépend de la pleine participation des femmes dans la plus grande variété de domaines possible : changements climatiques, soins de santé, innovation technologique, affaires étrangères, éducation, politique financière, etc.

Les commentaires d’experts publiés dans les médias grand public influencent les politiques publiques. Comme les femmes demeurent sous-représentées au gouvernement, leurs points de vue et leurs priorités sont moins susceptibles d’être pris en compte dans les décisions. Le Canada se prive ainsi des analyses et des idées de certains de ses meilleurs éléments.
La rareté des commentaires exprimés par les femmes dans les médias ne s’explique pas par un manque d’expertise pertinente. Le corps professoral des universités compte en moyenne 40 pour cent de femmes. Les Canadiennes sont actives dans les hautes sphères de tous les domaines et de toutes les disciplines. Elles sont nombreuses à posséder des connaissances poussées, une capacité à établir des liens tant sur les plans intellectuel qu’émotionnel et un esprit axé sur les solutions.

Pourtant, les chroniqueurs et les réalisateurs d’émissions de télévision nous disent à quel point il est difficile de trouver des femmes qui acceptent d’être interviewées. Les rédacteurs responsables des pages éditoriales confirment la tendance, soulignant que le ratio des points de vue exprimés par des hommes et par des femmes représente le ratio de lettres reçues.
Le manque de temps fait souvent obstacle. Un sondage non officiel mené auprès d’expertes de tous les secteurs nous a permis de constater que celles-ci sont peu enclines à consacrer plusieurs heures à commenter l’actualité dans les médias étant donné les conflits d’horaire qu’engendrent déjà leurs obligations professionnelles, leurs tâches à la maison et leurs activités de bénévolat. Les professeurs de sexe masculin citent eux aussi des contraintes de temps, mais je me suis heurtée à une autre difficulté en tentant de convaincre des expertes de divers domaines, principalement des universitaires, de figurer dans un répertoire à l’intention des journalistes. Elles ont été démesurément nombreuses à refuser. Toutes me servaient la même réponse : « Je ne suis vraiment pas la meilleure personne. » Une telle affirmation se fait rarement entendre de la bouche des sources de sexe masculin, selon les journalistes.

Mes activités de chroniqueuse, d’auteure occasionnelle de lettres d’opinion et de commentatrice à la radio et à la télévision me permettent de mettre des situations en contexte, de combattre les préjugés, de modifier les attitudes et de contribuer à changer les politiques. Le projet Informed Opinions vise à aider les femmes à exercer une influence similaire. Comme les organismes subventionnaires cherchent à faire valoir la pertinence de la recherche, le projet ne pouvait mieux tomber.

Les ateliers organisés à ce jour pour enseigner aux universitaires à partager leur expertise, à cerner les occasions, à rendre leurs connaissances pertinentes et accessibles et à participer activement et efficacement au discours public commencent à porter fruits. L’immédiateté des effets de nos actions complète bien les retombées à long terme, et parfois moins tangibles, de l’activité savante.

Shari Graydon est une auteure primée, une activiste et le catalyseur du projet Informed Opinions. Pour obtenir un complément d’information sur ce projet, visitez le www.informedopinions.org.

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