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Idéalisme par rapport aux Autochtones

Une professeure analyse les commentaires de ses étudiants dans le cadre de son cours sur les Autochtones et l’environnement.

par DOROTHEE SCHREIBER | 02 AVRIL 12

Dans mes cours sur les Autochtones et l’environnement, mes étudiants sont très intéressés par la culture amérindienne. Ils me bombardent de questions. Qui sont-ils? Quelles sont leurs croyances spirituelles? Quelle est leur culture? Pouvez-vous inviter un aîné afin qu’il nous communique sa sagesse ancestrale?

Mes étudiants savent également ce qu’ils cherchent à retirer de leurs études. Quand je leur demande pourquoi ils ont choisi mon cours, ils sont nombreux à répondre que le savoir autochtone a beaucoup à offrir en matière de mode de vie respectueux de l’environnement. Ils désirent tout particulièrement apprendre comment les Autochtones repèrent et traitent les plantes et les animaux, comment ils se protègent contre les maladies et les intempéries. « Pourrions-nous suivre des ateliers sur les techniques de vannerie, de cuisson dans une fosse et de teinture de la laine au moyen de plantes? »

Je n’ai aucun de ces savoir-faire, mais ça n’empêche pas mes étudiants de penser pouvoir accéder facilement à ces compétences. La vie était simple et facile autrefois, me disent-ils, il n’y avait pas de problèmes à résoudre et on n’avait pas besoin de technologies complexes. Ces sociétés étaient fondées sur la simplicité et des valeurs profondes plutôt que sur la complexité et l’inaccessibilité. Elles avaient une vision élargie plutôt qu’étroite et technocrate. Elles n’étaient pas évoluées sur le plan technologique, universitaire ou politique, mais elles l’étaient sur le plan émotionnel.

Qui plus est, cet état de conscience forme le noyau d’une protoscience qui fait partie de notre patrimoine collectif – un savoir que nous avons perdu au cours de notre évolution, mais que mes étudiants espèrent retrouver dans mon cours. Un tel savoir originel renferme également une vaste sagesse écologique qui pourrait s’avérer extrêmement utile pour éviter un désastre écologique à l’échelle planétaire. Ils vouaient un immense respect à la Terre et estimaient que toute chose en ce monde était en interrelation.

Mon cours traite de ce que je considère comme les bases de l’ethnoécologie : les origines humaines en Amérique du Nord; le saumon, le thuya et la côte du Nord-Ouest comme région culturelle; l’économie fondée sur la chasse; les relations avec les animaux et la logique du don; l’invention de la pêche vivrière; le savoir autochtone de la relation scellée par traité; les droits ancestraux de chasse et de pêche; le savoir écologique traditionnel et la cogestion. Je mets l’accent sur les expressions modernes de l’identité autochtone.

Selon mes étudiants toutefois, les Amérindiens modernes n’incarnent pas ces valeurs. Pour eux, ce sont des ivrognes urbanisés qui ont beaucoup de problèmes. Les Amérindiens d’aujourd’hui ont perdu contact avec leurs racines et ont une vision confuse des priorités et des valeurs, affirment-ils. Ils pêchent illégalement, chassent hors saison et sont aussi mal intentionnés que les blancs, quoique cela n’ait pas toujours été le cas et que les aînés, m’assurent mes étudiants, les mettent assurément en garde contre de tels comportements inacceptables.

Alors que les aînés envahissent imaginairement ma salle de classe, je m’efforce de présenter à mes étudiants d’autres personnalités autochtones, y compris celles qu’ils appellent les Amérindiens « en colère », c’est-à-dire ceux qui bloquent les routes ou revendiquent leurs droits ancestraux concernant le territoire. Je leur montre des photos d’aînés empêchant des sociétés pétrolières d’accéder aux cours supérieurs de leurs rivières ancestrales.

J’ai l’impression toutefois d’avoir éveillé pas mal de sentiments négatifs. Certains étudiants pensent que l’ouverture d’esprit plutôt qu’un programme rigide pourrait contribuer à changer les attitudes négatives envers les Amérindiens et l’incompréhension culturelle. Selon mes étudiants, il leur suffirait de découvrir qui sont vraiment les Amérindiens. Quelle est leur relation avec la nature?

Le désir de mes étudiants de découvrir l’histoire de notre continent ou d’en apprendre davantage sur le territoire est bien sûr légitime. Bon nombre d’entre eux souhaitent avoir accès à une éthique de la terre grâce aux récits autochtones.

Mon prochain cours sur les Autochtones et l’environnement prendra une tournure différente et sera axé sur l’écologie du Canada autochtone. Je pense parler un peu moins de constructions en planches de thuya afin d’aborder le rôle de la moisissure noire, cette maladie insidieuse responsable de la crise du logement dans les communautés autochtones, dans l’écologie des relations entre les Autochtones et les colons. Ces relations pourraient comprendre les pratiques forestières, les coupes à blanc et les eaux toxiques ainsi que la géographie des réserves amérindiennes, les accords de financement, les revendications territoriales et les droits autochtones. Mes étudiants auraient alors l’occasion de prendre part à une écologie vivante, violente et commune, ou le préfixe « ethno » s’appliquerait autant à eux qu’aux autres.

Dorothee Schreiber est actuellement chercheuse invitée au Centre Rachel Carson pour l’Environnement et la Société de Munich, en Allemagne. Elle a donné des cours sur les Autochtones et l’environnement à l’Université McGill et à l’Université de Victoria.

Rédigé par
Dorothee Schreiber
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