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L’art de faire face à l’adversité

Comment Michael Ungar utilise sa recherche pour affronter l’adversité et offrir une voie autre que celle des drogues et de la criminalité dans un des bidonvilles les plus durs d’Asie.

par TIM JOHNSON | 07 AOÛT 12

Même si son nom évoque un endroit propre et impeccable, le bâtiment blanc est tout sauf agréable. Envahie par les trafiquants de drogue et les prostituées, cette vaste structure délabrée sise dans une rue animée constitue l’un des plus célèbres bidonvilles de Phnom Penh. Ceux qui y vivent ne sont pas seulement malchanceux, ils sont désespérés. Quel genre d’éducation peut recevoir un enfant dans un tel endroit? Comment peut-on se relever d’une enfance passée dans ce type d’environnement et s’épanouir malgré tout? Comment peut-on partager ces enseignements avec d’autres collectivités?

Voilà des questions qui stimulent Michael Ungar, codirecteur du Resilience Research Centre de l’Université Dalhousie. En collaboration avec la codirectrice Linda Liebenburg, de l’école de service social de l’Université Dalhousie, il mobilise des experts de diverses disciplines et rassemble des recherches menées sur les six continents pour trouver des solutions viables et concrètes afin de contribuer à la réussite et à l’épa-nouissement d’enfants qui vivent des situations très difficiles. La mission fondamentale du Centre est de comprendre les mécanismes de protection et d’adaptation qui, au sein d’une culture, permettent aux jeunes de surmonter l’adversité.

« Nous sommes à la recherche des formes de “résilience latente”, comme je l’appelle, qui sont propres à la culture », explique M. Ungar. Par exemple, comment une personne marginalisée d’un point de vue racial peut-elle conserver son estime de soi ainsi qu’une image positive d’elle-même? « Nous recherchons des manifestations de sagesse locale chez les enfants et les personnes qui les entourent. »

Souvent, les conclusions tirées vont à l’encontre des croyances occidentales. Par exemple, alors que les parents des pays riches ont tendance à se faire les protecteurs de leurs enfants, les enfants pauvres des pays en développement semblent mieux s’en sortir lorsqu’ils acquièrent une certaine autonomie et arrivent à se débrouiller seuls dans leur collectivité.

Même si les conclusions varient d’un endroit à l’autre, les méthodes de recherche sont partout les mêmes. L’équipe de M. Ungar utilise diverses techniques qualitatives et quantitatives, allant du guide d’entrevue comprenant neuf questions qui agissent comme catalyseur jusqu’à la Child and Youth Resilience Measure, un outil axé sur les données utilisé avec succès par des centaines de chercheurs de champs d’études très variés. Le Centre s’associe avec des groupes locaux du monde entier qui se servent des outils qu’il a conçus. Selon M. Ungar, les schémas de résilience observés pendant l’analyse des données peuvent s’appliquer hors de leur contexte particulier.

Le Centre compare les observations locales aux données d’autres pays, puis les présente dans un format pratique pour les intervenants de première ligne. Souvent, les universitaires collaborent étroitement avec les intervenants locaux et les conseillent sur les mesures à prendre en fonction des conclusions.

M. Ungar a commencé à s’intéresser aux résidents du bâtiment blanc de Phnom Penh lorsqu’une organisation locale, la Cambodian Living Arts (CLA), lui a demandé de trouver une façon d’évaluer les résultats de ses efforts. La CLA a vu le jour à la suite du génocide commis par les Khmers rouges dans les années 1970, au cours duquel des millions de Cambodgiens, dont de nombreux artistes, danseurs et musiciens, ont trouvé la mort. Ces derniers devaient dissimuler leurs talents dans l’espoir d’échapper aux champs de la mort, mais peu d’entre eux ont été épargnés. Ainsi, à la tragédie humaine s’est ajouté un drame culturel, puisque les formes traditionnelles d’art cambodgien ont commencé à disparaître.

La CLA poursuit une double mission : revitaliser certains types d’art en formant une nouvelle génération d’artistes choisis parmi les jeunes les plus pauvres du pays et, ce faisant, leur offrir une voie autre que celle de la criminalité et des drogues ainsi qu’une source de revenus potentielle. Selon M. Ungar, cette « solution unique et adaptée à la culture » a tout ce qu’il faut pour être fructueuse.

En outre, il se trouve que le directeur général du groupe, Phlouen Prim, est Canadien. Sa famille ayant fui le Cambodge pour échapper aux Khmers rouges, M. Prim a grandi et vécu à Montréal jusqu’à son retour au Cambodge en 1998.

M. Prim est certain que son organisation a influé positivement sur les bidonvilles situés dans le voisinage et ailleurs au Cambodge. « L’environne-ment dans lequel ces jeunes évoluent les incite au trafic de drogues ou à la prostitution, explique-t-il. Nous leur donnons de l’espoir. Nous les stimulons en misant sur l’acquisition de compétences. »

Jadis une colonie d’artistes en tous genres, le bâtiment blanc est aujourd’hui le refuge des pauvres. Au détour d’un couloir froid et humide, il abrite pourtant une salle de classe modeste et propre où sont donnés des cours de musique sur des instruments anciens. Même si les données définitives de la CLA sont encore en cours de compilation, M. Ungar est sûr qu’elles appuieront les constatations empiriques de la réussite du programme. « Tous les facteurs associés à la résilience y sont manifestement présents, affirme-t-il. Les occasions d’entrepreneuriat, l’engagement scolaire et la fierté culturelle… les preuves sont là. »

Rédigé par
Tim Johnson
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