Passer au contenu principal

Points de convergences

Tendances en matière de recherche universitaire auprès de la collectivité.

par JOEY FITZPATRICK | 31 MAI 13

Les chercheurs, particulièrement en sciences humaines, ont toujours fait participer la collectivité à leurs travaux de recherche. Ce qui est nouveau maintenant, c’est l’appui que les établissements ont décidé d’accorder à ces activités, explique David Phipps, directeur du bureau des services de recherche à l’Université York.

Ce qui est également nouveau, c’est la participation des groupes de la collectivité comme partenaires de recherche. Il n’en a pas toujours été ainsi. Lynn Lavallée, universitaire de descendance algonquine, crie et française, a des souvenirs d’enfance de personnes se promenant avec des planchettes à pinces dans son quartier à Toronto, faisant des observations et prenant des notes. « Nous nous sentions stigmatisés, même s’ils avaient les meilleures intentions du monde », raconte Mme Lavallée, maintenant professeure agrégée à la faculté des sciences sociales de l’Université Ryerson.

« Tout ce qui nous concerne ne pourra se faire sans nous », résume bien la démarche en matière de recherche auprès des collectivités selon M. Phipps. « Nous ne faisons pas de recherche sur un groupe, mais plutôt avec lui. »

Dans certains cas, le partenaire de la collectivité, et non le chercheur, est celui qui reçoit la subvention à titre de candidat principal. Les groupes communautaires n’ont souvent besoin que de petites sommes pour entreprendre leur recherche, ce qui les rend assez indépendants des principaux organismes subventionnaires.

« Le transfert d’argent équivaut à un transfert de pouvoir », affirme Patricia Elliott, directrice de la section de recherche communautaire à la faculté des arts de l’Université de Regina. L’Université jumelle les groupes avec des chercheurs possédant l’expertise voulue, mais ce ne sont pas les chercheurs qui prennent les décisions comme dans le cas des projets de recherche traditionnelle.

Il faut dire que le financement est un aspect où les intérêts du chercheur et ceux de la collectivité peuvent diverger. Les universités comptent sur les organismes subventionnaires non seulement comme source de financement, mais comme un indicateur à la fois du rendement des professeurs et de l’ensemble de l’établissement, poursuit Mme Elliott.

L’engagement communautaire des professeurs est souvent inspiré par des problèmes réels. L’organisme Carmichael Outreach, établi à Regina, Saskatchewan, vient en aide aux personnes qui souffrent de dépendances, de pauvreté ou de maladies. En 2011, l’organisme a tenté de comprendre pourquoi les propriétaires de résidences ne louaient plus de logements aux bénéficiaires d’aide sociale.

Carmichael Outreach est donc devenu chercheur principal d’un projet financé par un fonds de l’Université de Regina consacré à la recherche auprès de la collectivité.

« La recherche était pertinente, raconte Mme Elliott, elle a permis d’enrichir les connaissances et abordait un problème propre à la collectivité. » Toutefois, il est difficile dans le système actuel de reconnaître adéquatement le travail effectué par les chercheurs. « Leur travail est considéré comme du service communautaire, qui est une forme de bénévolat. »

L’engagement communautaire et la recherche traditionnelle ne sont pas mutuellement exclusifs, mais l’engagement auprès de groupes communautaires exige du temps pour établir la confiance et la collaboration. Le temps qu’un chercheur passe auprès d’un organisme communautaire pour établir la confiance, il ne peut le consacrer à la supervision des étudiants ou à la rédaction d’articles, précise M. Phipps.

Les chercheurs sont démotivés par le fait que le travail effectué auprès de groupes communautaires n’est pas pris en compte pour la permanence et la promotion. À l’université, la majorité des protocoles d’évaluation portent encore sur les articles publiés dans des revues évaluées par les pairs, alors que la recherche effectuée auprès de la collectivité donne plutôt lieu à la production de divers documents et mémoires au gouvernement, à des forums publics, à des vidéos et à des trousses destinées aux groupes concernés.

Bien que la permanence et la promotion fassent partie de l’équation, certains croient qui leur accorder trop d’importance empêche de bien évaluer la situation dans son ensemble. Margo Fryer, conseillère principale, Initiatives d’apprentissage, à l’Université de la Colombie-Britannique, affirme que l’engagement universitaire dans la collectivité comporte des manières de fonctionner tellement différentes, qu’il pourrait être contre-productif de tenter de l’inclure dans le modèle universitaire actuel.

Les établissements sont de plus en plus enthousiastes à l’égard de la recherche auprès de la collectivité. Huit universités canadiennes se sont regroupées pour former un partenariat sur ce thème, dont le site Web (cescholarship.ca) propose entre autres des liens vers des organisations internationales. En plus, un groupe de travail sur l’engagement campus-collectivité, composé de membres de l’Association des universités et collèges du Canada, a été mis sur pied cette année afin de cibler des intérêts communs et des possibilités de collaboration.

La conférence internationale sur l’engagement communautaire, qui se tiendra en juin à la CU Expo de Corner Brook (Terre-Neuve-et-Labrador), présentera les pratiques exemplaires en matière de partenariats universités-collectivités du monde entier et offrira la possibilité d’établir des collaborations novatrices et fructueuses.

Rédigé par
Joey Fitzpatrick
Missing author information
COMMENTAIRES
Laisser un commentaire
Affaires universitaires modère tous les commentaires reçus en fonction des lignes directrices. Les commentaires approuvés sont généralement affichés un jour ouvrable après leur réception. Certains commentaires particulièrement intéressants pourraient aussi être publiés dans la version papier du magazine ou ailleurs.

Your email address will not be published. Required fields are marked *