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Pour la science citoyenne

Des chercheurs bénéficient de la collaboration de bénévoles enthousiastes qui se consacrent à la tâche exigeante que représente la collecte de données et d’échantillons sur le terrain.

par TIM LOUGHEED | 06 AVRIL 10

Avec ses côtes peu exploitées et ses hauteurs boisées qui abritent des dizaines d’espèces d’oiseaux, l’estuaire de la rivière Pugwash, en Nouvelle-Écosse, est un paradis pour les naturalistes. En 2004, Alice Power et d’autres résidents des environs ont formé l’association Friends of the Pugwash Estuary dans le but de protéger les richesses naturelles de cette région. Ils se sont joints, peu après, au Programme communautaire de surveillance aquatique (PCSA), une initiative du ministère fédéral des Pêches et des Océans (MPO) qui mobilise des organismes locaux pour surveiller des zones importantes dans les environs du golfe du Saint-Laurent.

C’est ainsi que, grâce au personnel du ministère et au PCSA, 
Mme Power et d’autres participants sans formation dans le domaine sont devenus des travailleurs scientifiques en plus d’être des citoyens engagés. Une fois par mois, entre mai et septembre, ils visitent six endroits de l’estuaire pour y recueillir des renseignements précis sur l’eau (température, salinité et taux d’oxygène), des échantillons sédimentaires et pour identifier diverses espèces capturés dans des filets.

« Cela semblait nous convenir à merveille, et depuis, nous participons à cette activité chaque été, explique Mme Power. C’est une excellente façon de connaître sa collectivité et d’y contribuer tout en s’amusant. »

Simon Courtenay, chercheur au MPO et professeur de recherche en biologie à l’Université du Nouveau-Brunswick, dirige le PCSA depuis sa création en 2003, et son travail l’enthousiasme toujours autant.

« Le ministère n’avait pas les ressources pour mener un tel projet », explique-t-il, en soulignant que le PCSA s’étend maintenant à quelque 35 localités de la Nouvelle-Écosse, du Nouveau-Brunswick et de l’Île-du-Prince-Édouard en bordure du golfe. M. Courtenay coordonne dans chacun de ces lieux le travail soutenu d’associations comme la Friends of the Pugwash Estuary et recueille les données pertinentes pour le milieu scientifique et les collectivités locales.

Les citoyens scientifiques contribuent aux travaux des chercheurs de nombreuses façons. Un chercheur en océanographie qui mène une étude ferait bien, par exemple, de demander la collaboration de membres de l’industrie locale de la pêche qui parcourent ces eaux chaque jour. De même, un biologiste aviaire aurait tort d’ignorer les ornithologues amateurs, qui se font un plaisir d’observer des sites de nidification et des voies de migration aux moments opportuns de l’année.

La collaboration des citoyens scientifiques présente cependant des embûches. « Il faut être conscient des limites, explique David Delaney, spécialiste en écologie des espèces envahissantes et titulaire d’un doctorat de l’Université McGill. Heureusement, le travail sur le terrain est généralement très simple. Il est donc facile de former les gens pour effectuer la plupart des tâches. »

M. Delaney a déjà rassemblé plus de 1 000 personnes sur une plage de la Nouvelle-Angleterre pour chercher des crabes hors de leur habitat naturel habituel. Ce genre de participation massive peut grandement accélérer le processus de recherche, mais M. Delaney comprend pourquoi les universitaires s’inquiètent de la qualité des observations. Il a donc réagi en rédigeant et en diffusant des techniques de préparation pour les citoyens scientifiques qui permettent de respecter certaines lignes directrices et certaines normes.

George Sorger, maintenant professeur émérite en biologie à l’Université McMaster, a déjà pour sa part consacré jusqu’à cinq semaines à enseigner la prise de mesures scientifiques à des néophytes. M. Sorger avait de bons motifs pour ce faire, car son laboratoire avait découvert des indices de problèmes de pollution qui ont fini par mener les autorités locales en cour. Ces découvertes devaient être assez solides pour tenir le coup non seulement à l’examen par les pairs, mais aussi à celui des avocats.

Les données ont effectivement tenu la route, et M. Sorger le considère comme une preuve de la place croissante que peut prendre la science citoyenne dans notre société.

« La fonction sociale que nous avons attribuée à cette participation allait bien au-delà de l’enseignement à des étudiants. Elle consistait surtout à déterminer les problèmes qui constituent un sujet d’inquiétude pour la collectivité », explique-t-il. Cet aspect de l’aide communautaire qui profite à la collectivité renforce la responsabilisation et le dévouement des citoyens scientifiques.

Rédigé par
Tim Lougheed
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